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A la une / Environnement

Extraction de sable

Dommages environnementaux et alternatives

Le sable constitue une véritable monnaie à fort potentiel. © D. R.

Durant des dizaines d'années, les extractions de sable ciblaient les carrières et les lits des rivières. Dans le monde, l’essentiel des carrières aisément accessibles s’épuise, on s’est tourné alors vers les lits des rivières et des fleuves ; résultat : plus de crues, des affaissements de berges et des inondations.

Le sable est la troisième ressource naturelle utilisée par l’homme après l’air et l’eau. De l’avis de tous, les quantifications sont difficiles à cerner. Néanmoins, en 2013, en évalue dans le monde, le  volume d’extraction à 15 milliards de tonnes
(2 tonnes environ par an et par être humain), ce qui est peut être moins connu, 70 milliards de dollars sont générés dans les échanges internationaux chaque année. La demande est tirée par des secteurs aussi variés que surprenants pour le néophyte. La construction (béton armé, routes, ponts...), l’industrie du verre (bouteilles, voitures, avions, fenêtres de toutes sortes...) sont de grandes consommatrices. Mais aussi le sable rentre dans la fabrication de produits cosmétiques, électroniques (puces, mobiles, cartes bancaires, ordinateurs…), d’hygiène...
Durant des dizaines d'années, les extractions de sable ciblaient les carrières et les lits des rivières. Dans le monde, l’essentiel des carrières aisément accessibles s’épuise, on s’est tourné alors vers les lits des rivières et des fleuves ; résultat : plus de crues, des affaissements de berges  et des inondations.
D’un autre côté, comme pour de nombreuses ressources naturelles, le rythme effréné d’extraction ne permet pas aux stocks de sable des fleuves et rivières de se reconstituer normalement. Bien plus, la construction de nombreux barrages en amont de la quasi-totalité des “bras” qui alimentent les rivières a largement tari les sources en ce sens que les barrages ne retiennent pas que l'eau, le sable aussi est empêché de parcourir son cycle jusqu'à la mer. Les nappes phréatiques ne retrouvent ainsi de plus en plus exposées à l’épuisement, la pollution et la salinité.

Partout un état des lieux alarmant
Dans le pays le plus développé, les Etats-Unis,  à côté de près de 10 000 barrages, s’ajoutent plus d’un million de retenues d’eau. En Chine, d'ici 2020, aucun cours d'eau n'atteindrait plus la mer. Pas moins de 845 000 barrages sont dénombrés dans le monde (94 en Algérie avec une projection de 140 en 2030). Un quart du volume  du sable de la planète est l'otage de ces barrages.
Les cinquante dernières années ont vu un boom sans précédent dans la construction et dans des  projets d’infrastructures. Face à cette demande tirée à la fois par la démographie, les retards immenses de la grande majorité des populations mondiales et parfois des projets extravagants, comme des iles artificielles, on se tourne vers un  gisement à portée de la main : la mer. C’est le début d’une autre catastrophe écologique dont les premiers effets visibles annoncent les conséquences sur l’équilibre de nombreux écosystèmes marins en plus des menaces sur un littoral déjà mis à mal par l’urbanisation. Le sable prélevé dans les fonds marins se renouvelle par l’action des courants et des marées. Problème, pour ce faire, c’est le sable des plages qui se retire pour aller combler cette intervention de l’homme. Le phénomène de  plages en voie de disparition est en cours partout. Plus de 70% des plages dans le monde reculent. En 2100, aucune plage ne devrait accueillir des “corps pour bronzer” sur le sable, si on puise cette ressource au même rythme qu’aujourd’hui ; c’est la conclusion de la plupart des travaux scientifiques. À ce rythme, “en 2100, les plages seront de l’histoire ancienne”, selon des géologues. Ce n’est pas l’épuisement du sable en lui même qui pose problème, mais les services écologiques qu’il procure ; protection des berges et du littoral, pollution des nappes, menaces sur les constructions côtières, équilibre des écosystèmes marins, disparition des poissons…
Pour mesurer l’ampleur des quantités de sables retirées dans les fonds marins certains climato-sceptiques (ne croient pas à un réchauffement du climat causé par l’homme) estiment que “c’est l’extraction du sable qui est une des raisons de la disparition de certaines îles et de quantités de plages tout autour du monde — et certainement pas la montée des eaux due au ‘réchauffement climatique anthropique’”.

Le sable : un enjeu économique de premier plan
L’explosion de la demande de sable à l’échelle mondiale laisse place à une véritable bataille autour de son exploitation.  Entrepreneurs, pouvoirs publics, agents illicites (contrebandiers), écologistes et populations locales se livrent une véritable guerre autour de cette ressource qui constitue une monnaie d’échange à fort potentiel  pour les uns ou qui procure et assure des services durables (écologiques) et irremplaçables pour les autres. La maffia du sable marin a prospéré avec le boom immobilier dans les pays comme l’Espagne, la Chine, Singapour, les pays du Golfe, le Nigeria, etc. Techniquement le sable marin est facile à utiliser dans la construction, il suffit de le rincer pour le débarrasser des substances corrosives (contrairement au sable des déserts qui est impropre à la construction car ne pouvant s’agglutiner). La croissance démographique à Singapour pousse les autorités et les entrepreneurs à utiliser le sable afin d'étendre la surface territoriale de l'île grâce à l'importation légale et illégale de sable marin chez ses voisins, l'Indonésie, le Cambodge, le Vietnam et la Malaisie. Sa superficie s’est agrandie de 20% en 40 ans, c’est son existence qui est liée aujourd’hui à ces apports massifs de sable. En Indonésie, une vingtaine d'îles ont été déjà englouties par la mer à cause de l'extraction du sable marin, d’autres sont en voie de l’être.
A Dubaï, la presqu’île artificielle dite  “8e merveille du monde” a nécessité 150 millions de tonnes de sable, puisé au large (12 milliards de dollars). Dans le golfe, plus de 3 000 sociétés australiennes exportent du sable pour les projets pharaoniques de la péninsule arabique ;  5 milliards de dollars pour l’Australie annuellement. Chez nos voisins marocains, le boom immobilier a été possible avec plus de 40% des prélèvements illicites.


R. S.

 


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