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A la une / Environnement

Sommet Business&Climate

Faire-valoir ou impact réel ?

La deuxième édition du sommet business & climat, qui s’est tenue à Londres les 28 et 29 juin 2016, a réuni les hommes d’affaires, les chefs d’entreprise, le monde de la finance et des responsables politiques de haut niveau.

Au programme, selon les organisateurs, “le Sommet établira une feuille de route pour les entreprises, à court, moyen et long termes, pour tirer profit d'une transition rapide vers une économie zéro carbone”. Parmi les communicants on retrouve Christiana Figueres, secrétaire exécutive de la Convention cadre des Nations unies pour les changements climatiques (CCNUCC) ; Laurence Tubiana, représentante spéciale du gouvernement français pour la CoP21 ; Felipe Calderón, ancien président du Mexique et président de la commission mondiale sur l’économie et le climat ; Ségolène Royal, ministre de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer en charge des relations internationales sur le climat (France) ; John Danilovich, secrétaire général de la Chambre de commerce internationale ; ou encore Miriem Bensalah-Chaqroun, président de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), pays hôte la CoP22 en novembre prochain.
La raison d’être de ce regroupement qui a déjà tenu sa première réunion en 2015 est la croyance que les États dans la configuration de l’économie mondiale, en œuvrant seuls, ne seront pas en mesure de parvenir à contenir les émissions de gaz à effet de serre au niveau que prévoit l’Accord de Paris. Le Forum est donc censé réunir les entreprises suffisamment engagées dans la transition énergétique et les solutions technologiques dans le but d’entraîner le reste de l’industrie sur cette voie vertueuse pour le climat. C’est en quelque sorte un lobbying pour montrer “le rôle positif” qu’elles peuvent jouer dans la lutte contre le changement climatique, sachant qu’elles sont responsables d’une grande partie des émissions de CO2.

Quel est le mode d’emploi ?
C’est une idée de partenariat appelée concept d’initiatives coopératives et sortie du plan d’actions Lima-Paris préparatoire à la CoP21. Il s’agit “de coopérations volontaires entre acteurs non étatiques pour développer en commun des solutions bas carbone” autour d’une technologie ou d’une industrie communes. Pepsico, Unilever, Red Bull ou encore Coca-Cola développent des techniques de réfrigération bas carbone, ou encore Cement Sustainability Initiative, qui regroupe 25 producteurs de ciment (30% de la production mondiale), propose une plateforme d’échanges pour le même objectif bas carbone dans la chaîne de production. Études et chiffres à l’appui, les projections portent sur les énergies renouvelables, l'intensité énergétique ou la lutte contre la déforestation. Les organisateurs prévoient l’engagement de près de 3500 entreprises dans le futur “si les gouvernements mettaient en place des politiques incitatives pour les accompagner (comme le fait d'aider les entreprises à construire leurs propres installations d'énergies renouvelables, de soutenir la R&D des technologies bas carbone, de créer des incitations pour les producteurs et consommateurs de produits durables)”. On est tenté de dire “rien de nouveau à l’horizon” puisque cette initiative qui croyait-on visait à “contourner les lourdeurs étatiques” pour permettre aux acteurs au fait des enjeux climatiques d’agir demande aux pouvoirs publics de consentir les investissements les plus lourds sous l’euphémisme des “incitations”. Pour rappeler le rôle central des États dans cette problématique, Christiana Figueres relativise les envolées discursives en soulignant : “Je pense que vous pouvez vraiment dire : nous accélérons l’action climatique !”

L’incontournable responsabilité des États
Beaucoup d’acteurs économiques comme Global Climate Coalition (GCC), qui regroupe entre autres Exxon, Shell, Texaco, General Motors, BP, Daimler-Chrysler ou Ford et Esso, ne veulent pas que les États légifèrent sur les questions climatiques pour laisser le marché corriger lui-même ces externalités négatives (impacts sur l’environnement). Des personnalités connues comme Richard Perle ou Dick Cheney sont membres de plusieurs think tanks ou instituts qui popularisent de telles approches à la limite de la négation du facteur anthropique (activités humaines) dans le changement du climat. À la veille de la tenue de la CoP21 à Paris, un groupe d’ONG pour le climat a recensé plusieurs fausses solutions préconisées par les firmes internationales ; le but étant d’éviter de subir une réglementation jugée contraignante par les grands groupes industriels (corporateeurope.org). On citera entre autres le captage et stockage du dioxyde de carbone (CCS) qui consiste à enterrer les émissions de CO2 des centrales électriques, grâce à des moyens technologiques expérimentaux et coûteux, l’idée en filigrane est le maintien de la dépendance par rapport aux énergies fossiles, alors que toute solution viable pour le climat est d’accélérer la transition énergétique vers le renouvelable. La constitution d’un marché du carbone qui, de fait transfère la question de la réduction des émissions aux gros pollueurs lesquels, avec les banques, domineront ce marché qui ne peut que se dresser devant la promotion des énergies renouvelables. La promotion du gaz naturel en tant qu’alternative moins polluante qui suggère sans ambiguïté l’exploitation du gaz de schiste. Les agrocarburants qui de fait induisent l’accaparement des terres, la déforestation. La multiplication des initiatives de contournement d’objectifs de réduction d’émission contraignants est sans doute le signe des grandes difficultés d’appliquer les décisions prises sous la pression des sociétés civiles comme l’accord de Paris à la CoP21. En effet, les choses sont loin d’être simples. À titre d’exemple et pour rester dans le pays qui a accueilli cette CoP21, le gouvernement français détient 33% des parts du groupe Engie (ex-Suez), ce groupe possède 30 centrales électriques à charbon (dans le monde), qui émettent l’équivalent de la moitié des émissions françaises ! Il projette d’investir dans 7 nouvelles centrales de ce type, notamment en Inde et en Allemagne. Il a dépensé 2,5 millions d’euros pour mener un lobbying contre des cibles européennes dans le domaine des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique. En parallèle, il est l’un des sponsors du sommet sur le climat.
En attendant, les vraies solutions sont bien connues de tous.  

                     R. S.


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