Scroll To Top

A la une / Environnement

Il faudra nourrir 9 milliards d’humains en 2050

La ferme verticale est-elle la solution ?

Les fermes verticales, une alternative incontournable. © D.R.

Pour André Torre, directeur de recherche à l’INRA (Institut national de la recherche agronomique-France), “des fermes verticales pourraient être utiles dans les pays en voie de développement ou en proie à la désertification…à condition d’inventer des systèmes simples et bon marché”.

Les années passent mais les préoccupations matérielles de l’humanité restent les mêmes depuis la nuit des temps : comment se procurer la nourriture, l’eau, le gîte et la protection ? Ce qui a sans doute changé c’est la capacité de faire des projections à long terme, grâce, notamment, aux progrès scientifiques. Parmi les défis, à court terme, c’est comment pouvoir nourrir plus de 9 milliards d’êtres humains, dont 80% seront des citadins, à l’horizon 2050 ? En d’autres termes c’est comment assurer eau et nourriture pour tout le monde? En matière de chiffres, il s’agira de doubler la production alimentaire d’ici à cette date, en à peine 35 ans donc. Une des pistes qui semble être destinée à un certain avenir, au vu des progrès technologiques récents, serait l’agriculture hors-sol ou les cultures hydoponiques. Le microbiologiste américain Dickson Despommier, professeur de santé publique et environnementale à l’université Columbia de New York qui a théorisé cette technique a estimé, en se basant sur les données fournies par les Nations unies, qu’il faudrait, avec les techniques agricoles actuelles, 1 milliard d’hectares de cultures supplémentaires (environ la superficie du Canada) pour échapper à une crise alimentaire en 2050. Le seul recours est de raser les forêts pour les transformer en champs de culture car 80% des terres arables sont déjà exploitées, sans compter l’expansion urbaine qui consomme de plus en plus des terres qui accueillaient les cultures. Les conséquences seraient incalculables pour la biodiversité et l’environnement. C’est le sens de l’encouragement accru à l’agriculture urbaine par l’ONU.
Pour faire pousser des fruits et des légumes à grande échelle on emprunte les techniques employées dans les serres. La différence est que les végétaux croissent par hydroponie (pas de terre), on utilise comme substrats du sable ou de la laine de verre avec une irrigation au goutte à goutte par une solution composée d’eau distillée et de nutriments : cela réduirait de 70% la consommation d’eau ! Pas besoin  de pesticides, et la maturité des cultures est accélérée grâce à la température constante maintenue artificiellement dans les bâtiments qui font office de serres géantes pour assurer des cultures tout le long de l’année avec un rendement de quatre à six fois supérieur à celui de l’agriculture classique.

Avantages environnementaux
Le premier avantage de la multiplication de ces fermes verticales (sur plusieurs étages) est de faire retourner les terres cultivées à leur état naturel et de réduire la déforestation (la forêt constitue un puits naturel d’absorption du CO2) qui a un lien direct avec l’extension de l’agriculture traditionnelle.
Un autre gain est l’élimination d’une partie importante de l’usage du transport du fait que les lieux de production des aliments sont des sites urbains près des populations consommatrices. La réduction du transport permet à la fois de réduire les coûts et les risques sanitaires mais aussi les émissions de CO2 et la pollution. Les défenseurs des tours agricoles estiment aussi qu’elles seraient les lieux par excellence pour l’utilisation (et donc la production) d’énergies renouvelables (éoliennes, panneaux solaires) et le recyclage des eaux usées et des déchets, après méthanisation ou compostage.
La diminution de l’’épandage de pesticides sur les sols réduit dans le même temps le risque de contamination des nappes d’eau souterraines. Le chercheur américain évalue à 50 000 individus le nombre de personnes qui peuvent être nourries par une seule ferme de trente étages.

Petit panorama
Dans les pays développés, la course à l’innovation est lancée dans ce domaine. En l’état actuel, les technologies nécessaires à la réalisation d’une ferme urbaine géante sont disponibles.De grandes villes américaines installent des serres sur des toits d’immeubles, le pionnier en la matière, The Plant, a installé depuis 2010 dans une ancienne usine de Chicago une ferme sur trois étages et les différentes productions fonctionnent dans un écosystème (les cultures dépendent les unes des autres), elle produit plus d’énergie qu’elle n’en consomme. Le Japon qui souffre du manque de terres agricoles construit de véritables usines à légumes.
La Chine, dont la dépendance alimentaire vis-à-vis de l’étranger ne cesse de croître, a déjà créé près de 80 exploitations géantes. À Singapour,  les premières véritables «tours» maraîchères sont nées en 2012.
L’île qui ne compte que 1,1% de surfaces cultivables et affiche l’une des plus fortes densités de population au monde importe 97% de son alimentation. “La société Sky Greens y a inventé des serres de 9 mètres de haut, l’équivalent de trois étages qui  s’insèrent aisément dans l’espace urbain”. Elles peuvent même être érigées sur les toits. Pour le moment “550 tours construites à ce jour produiraient 1 tonne de légumes par jour, soit 1% des besoins locaux”.

Y a-t-il un avenir pour de tels projets chez nous ?
L’Algérie se classe parmi les pays les plus pauvres en matière de ressources hydriques. Ses potentialités dans ce domaine sont limitées et inégalement réparties géographiquement, elles sont aussi très sensibles aux fluctuations du temps.
Cette situation, somme toute fruit de la nature, est aggravée par des retards considérables dans les infrastructures de mobilisation et de stockage d’eau, même si des efforts certains ont été entrepris par les pouvoirs publics durant les quinze dernières années. À cela s’ajoutent encore des pratiques d’allocation qui n’encouragent ni l’économie de la ressource ni des initiatives décentralisées de dispositifs de captage des eaux de pluie pour des besoins domestiques ou dans l’agriculture (Économie de l’eau : les bonnes pratiques, Liberté du 27-01-2016).
Dans l’agriculture qui consomme 68% des ressources mobilisées, les réseaux vétustes et le refus de nombreux paysans de se doter des procédés de goutte à goutte grèvent le déficit. Dans une étude-bilan sur les résultats (2009) du PNDA intitulée “La mise en œuvre du plan national de développement agricole dans la première tranche du périmètre de la Mitidja ouest” et conduite par les chercheurs de l’Institut national d’agronomie (INA), A. Hadibi, F. Z. Chekired-Bouras, B. Mouhouche expliquent que malgré l’acquisition de matériel adéquat dans le cadre de ce plan, les paysans persistent dans le recours aux techniques traditionnelles. “L'abandon de cette technique peut être expliqué par le niveau d'instruction des agriculteurs, ces derniers imaginent mal qu'un goûteur puisse suffire aux besoins d'un oranger, par la qualité du matériel fourni, le manque de technicité des agriculteurs et le manque d'accompagnateurs qui a rendu ces derniers vulnérables face aux entrepreneurs d'installation”. Ils notent d’autre part que “pour un bon nombre de pays en voie de développement, il est indispensable d’améliorer les performances de l’agriculture irriguée pour assurer la sécurité alimentaire et éviter les pénuries d’eau. Jusqu’à l’an 2000, la quasi-totalité des surfaces irriguées l’étaient par les techniques d’irrigation par gravité, à la raie ou la seguia, connue pour sa faible efficience. Le développement agricole se heurte à différentes contraintes d’ordre historique, auxquelles il faut ajouter des contraintes structurelles et organisationnelles, la faiblesse des terres cultivables et l’appauvrissement des sols, les conditions climatiques, le problème du foncier, le financement”. Pour André Torre, directeur de recherche à l’INRA (Institut national de la recherche agronomique-France), “des fermes verticales pourraient être utiles dans les pays en voie de développement ou en proie à la désertification…à condition d’inventer des systèmes simples et bon marché”. Une chose est sûre, la dépendance de notre pays vis-à-vis de l’étranger pour la nourriture de ses habitants vire au drame car on estime que 3 calories consommées sur 4 proviennent de l’extérieur (la faille alimentaire de l’Algérie, “Les cahiers du CREAD” n°105/106-2013). Les perspectives climatiques et l’absence de courage politique-appelons-le ainsi- pour mettre fin au morcellement mortel des terres agricoles dictent de ne négliger aucune piste. À la condition de bâtir un projet s’appuyant sur un transfert technologique qui s’insère dans une perspective d’intégration valorisant nos atouts.          

 

R. S.

 


Publier votre réaction

Nos articles sont ouverts aux commentaires. Chaque abonné peut y participer dans tous nos contenus et dans l'espace réservé. Nous précisons à nos lecteurs que nous modérons les commentaires pour éviter certains abus et dérives et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à notre charte d'utilisation.

RÉAGIR AVEC MON COMPTE

Identifiant
Mot de passe
Mot de passe oublié ? VALIDER