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A la une / Environnement

Scandale des carburants suisses en Afrique

L’Algérie est-elle dans le lot ?

Le mélange d’essence et de diesel néfaste pour l’environnement en vente sur le marché africain. © D. R.

La teneur en soufre de l’essence et du diesel vendus à la pompe dans ces pays est plusieurs centaines de fois supérieure aux limites admises en Europe. Le diesel vendu contient jusqu’à près de 380 fois plus de soufre que la norme européenne.

Des négociants suisses de pétrole distribuent en Afrique des carburants conçus et préparés exclusivement pour le seul marché africain. Il s’agit de mélanges d’essence et de diesel néfastes pour la santé et l’environnement. C’est la conclusion d’une enquête publiée par Public Eye (ex-Déclaration de Berne, une association  œuvrant pour l'amélioration des relations politiques et économiques entre la Suisse et les pays en développement). Le négoce de carburants est un secteur très opaque. Public Eye a enquêté durant trois années pour mettre en évidence la nature toxique des carburants vendus par ces négociants helvétiques dans huit pays africains : le Sénégal, la Côte d’Ivoire, l’Angola, le Ghana, le Congo Brazzaville, la Zambie, le Mali et le Benin. La teneur en soufre de l’essence et du diesel vendus à la pompe dans ces pays est plusieurs centaines de fois supérieure aux limites admises en Europe.
Le diesel vendu contient jusqu’ à près de 380 fois plus de soufre que la norme européenne. “En Afrique, la qualité de l’air est pire à Dakar et Lagos qu’à Pékin. En cause, notamment, les carburants à très forte teneur en soufre vendus dans les stations-service. Des standards plus stricts permettraient d’améliorer rapidement la situation et de sauver la vie de milliers de personnes”. C’est l’une des conclusions de cette enquête qui note aussi que l’Afrique de l’Ouest exporte du pétrole brut de qualité et importe des carburants toxiques provenant d’Europe et des États-Unis. Les négociants suisses affrètent la majorité des navires pétroliers qui se rendent dans le Golfe de Guinée mais ne se contentent pas seulement de vendre des carburants toxiques, ils les produisent eux-mêmes à cette fin. L’étendu de ce trafic, à partir de la Suisse, qui intoxique l’Afrique est rendu possible du fait qu’avec ses 25% de parts de marché, ce pays  est la première place mondiale du commerce des matières premières. Dans l’industrie du pétrole et des carburants, les entreprises suisses contrôlent 35% des échanges internationaux. L’enquête cite les plus importantes firmes actives dans ce commerce illicite vers l’Afrique : Vitol, Trafigura, Glencore, Mercuria et Gunvor.  “Vitol, par exemple, a réalisé en 2015 un chiffre d’affaires de 168 milliards de dollars et possède davantage de navires pétroliers que BP ou Shell”. Les enquêteurs sont sans appel, ils imputent l’exceptionnel taux de pollution de l’air dans les villes africaines à deux facteurs concomitants, à savoir l’entrée massive de véhicules devenus indésirables en Europe et qui consomment davantage de carburant sans être dotés des dernières technologies de contrôle des émissions.
Second élément, qui est le plus important, la qualité des carburants utilisés. “Même si l’Afrique renouvelait la totalité de son parc automobile au profit de voitures neuves, la qualité de l’air de ses grandes villes ne serait pas considérablement améliorée tant que du diesel et de l’essence à haute teneur en soufre continuent d’être vendus”.
L’explication est simple : la corrosivité du soufre contenu dans ces carburants détruit les technologies de contrôle des émissions (catalyseurs et filtres à particules).
Le marché algérien est-il concerné ?
L’enquête ne motionne pas notre pays dans ce vaste trafic mais il n’est pas inutile de se pencher sur nos sources d’approvisionnements en carburant sachant qu’une partie importante des produits des stations services provient de l’importation.
En février 2016, la revue mensuelle du ministère de l’Énergie, Algérie énergie, a rapporté que pour les produits pétroliers, le marché national a consommé plus de 13 millions de tonnes soit une augmentation de +5,7%, due à la hausse de la demande sur l’essence (7,5%) et à un degré moindre sur le gasoil (+5,6%). Cela a conduit Sonatrach à importer des volumes plus importants (+64%) à hauteur de 3,4 millions de tonnes à fin septembre (2015). L’essence et le gasoil représentent plus de 80% des produits importés.
Les péripéties du fonctionnement chaotique des raffineries d’Arzew et de Skikda notamment posent de nombreuses interrogations. L’Algérie traite-elle avec des traders suisses ? Certains n’hésitent pas à faire le lien avec ces pannes à répétition des raffineries locales.
“Une grande part du pétrole acheminée par pétroliers en Europe est traitée dans de gigantesques raffineries sur les aires portuaires des Pays-Bas et de Belgique. Une part importante des combustibles et carburants utilisés en Suisse provient de ces gros centres de production. Depuis les années soixante, la Suisse dispose aussi de deux raffineries situées en Suisse romande. Elles s’approvisionnent en pétrole brut - principalement d’Afrique du Nord - par le réseau international d’oléoducs”, écrit l’union pétrolière dans un document intitulé “Les routes du pétrole” (sappro.ch).
Les carburants fabriqués retournent-ils chez nous aussi ?


R. S.

 


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