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A la une / Environnement

Stabilisation du climat

L’électricité nucléaire fait-elle partie de la solution ?

Pas moins de 438 réacteurs nucléaires fonctionnent à travers le monde pour une puissance de 376 gigawatts (GW). ©D. R.

À ce jour, trente pays disposent de centrales nucléaires. 438 réacteurs fonctionnent à travers le monde pour une puissance de 376 gigawatts (GW), dont 99 réacteurs aux États unis et 58 en France, selon les statistiques de 2013.  

Le Groupe intergouvernemental pour l’évolution du climat (GIEC) a défini un “budget carbone” des émissions de CO2 cumulées à ne pas dépasser pour limiter le réchauffement climatique moyen à 2° C à l’an 2100. Il évalue un total maximum (à ne pas dépasser) de 2 900 milliards de tonnes de CO2 (eq) des émissions à partir du début de l’ère préindustrielle jusqu’à 2050. Tenant compte des quantités déjà émises par le passé, l’organisme de l’ONU estime que nous avons déjà utilisé près des deux tiers de ce budget (1/3 les 40 dernières années !). C’est de là que part le calcul du plafond des émissions pouvant être émises sans remettre en cause l’objectif de rester dans une hausse de température ne dépassant pas ces 2° à la fin de ce siècle.

Quelle pourrait être la part de l’énergie nucléaire ?
De quoi sera fait le mix énergétique mondial dans la perspective d’un accord sur le climat lors de cette CoP21 ? À coup sûr on retrouvera les principales sources plus ou moins matures aujourd’hui. En revanche leurs proportions demeurent incertaines, cela dépondra de la nature de l’accord, des financements qu’il prévoit et de leur mode d’exécution, du poids des lobbyings des différentes sources d’énergie disponibles, de la perception de la sécurité énergétique, en particuliers, des grandes puissances et des avancées futures des technologies dont le captage et la séquestration du carbone (CCS-Carbon capture and storage) au niveau des centrales de production d’électricité utilisant les énergies fossiles (le charbon plus particulièrement).
À ce jour trente pays disposent de centrales nucléaires. Au total 438 réacteurs nucléaires fonctionnent à travers le monde pour une puissance de 376 gigawatts (GW) ; à titre d’illustration de grandeur, la puissance électrique installée en Algérie est de 15,16 gigawatts en 2013. En tête du hit parade du nucléaire se trouvent les États-Unis avec 99 réacteurs et la France avec 58 (chiffres de 2013). Pour cette même année, le mix énergétique mondial dans la production d’électricité est alimenté à 41% par le charbon, 22% le gaz, 5% le pétrole, 11% en nucléaire et 21% en ENR (hydroélectrique, solaire, éolien, géothermie, biomasse…).
Pour Nucluar for climate qui regroupe la Société française d'énergie nucléaire (SFEN), l'American nuclear society (ANS), et l’European nuclear society (ENS) ainsi des industriels et des scientifiques, l’énergie nucléaire fait partie de la solution pour relever le défi du changement climatique. Notons que le 5e rapport du GIEC reconnaît officiellement que l’énergie nucléaire est une énergie bas-carbone. Nucluar for climate, qui a publié une étude au début du mois de novembre dernier (nucluarforclimate.com), milite pour que les États aient notamment accès aux mécanismes de financement climatique tels que le Fonds vert pour le climat. Ce qui veut dire pour que les États qui le souhaitent pourront bénéficier des aides du Fonds vert pour le climat pour des projets de production d’électricité à partir de l’atome en tant que mesure d’atténuation des gaz à effet de serre (GES).
Par ailleurs, dans cette étude il est mentionné que “l’énergie nucléaire a permis, depuis 1971, d’éviter l’équivalent de deux années d’émissions de CO2 au plan mondial, et d’ici 2040, ce sont quatre années supplémentaires d’émissions qui pourraient être évitées”. Ajoutant que seuls 8% des 1200 scénarios analysés par le GIEC se passent du nucléaire pour rester sous la barre des 2°C. 

AIEA et AIE, une équation difficile sans le nucléaire
Pour sa part, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) estime que la puissance installée (nucléaire) pourrait passer à 632 GW d’ici 2030 et plus que doubler d’ici 2050 avec 964 GW, pendant que parmi les scénarios de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) qui limitent la hausse de la température à la fin du siècle à moins de 2° certains tablent sur une part de nucléaire de 17% en 2050. C’est le cas du scénario dit 2DS qui est en principe le moins coûteux. Toujours est-il, l’AIE préconise - pour un scénario de moins de 2° - que l’électricité représente 25% en 2050 de notre mix énergétique contre 17% aujourd’hui pour remplacer les combustibles fossiles dans les transports (2e plus gros secteur émetteur de GES) et le tertiaire (bâtiments, habitations…). Dans son dernier document Energy Technology Perspectives 2014, l’AIE estime que les scénarios à long terme compatibles avec la stabilisation du changement climatique à 2°C montrent qu’il faut une contribution solaire entre 17% et 27%. Dans le scénario “haut-renouvelables” (hi-Ren), qui parvient au même niveau d’émissions de gaz à effet de serre mais avec moins de nucléaire et moins de CCS sur des centrales fossiles, la contribution solaire s’établi à 17% pour occuper la troisième place dans le mix mondial après l’éolien et l’hydraulique. Dans ce scénario, la Chine sera largement en tête de la production d’électricité photovoltaïque, l’Afrique et le Proche-Orient en tête pour la production solaire thermodynamique. Ensemble, ces deux familles technologiques prennent la première place dans le mix, en fait vers 2040. Dans ce scénario “vertueux”, les flux financiers et les transferts de technologie vers le Sud sont considérables. En tout cas, les politiques et les experts savent que sans une révolution dans le renouvelable au sein même des pays du Sud, tout schéma pour contenir les émissions de GES est vain.

Sécurité énergétique, risques et hostilité de l’opinion publique
Par contre l’AIE souligne les risques et les appréhensions comme la sécurité, la gestion des déchets, les dangers liés à la prolifération et un une large opinion publique défavorable. Sur ce dernier point, les catastrophes de Tchernobyl et Fukushima restent vivaces. C’est d’ailleurs la panoplie des arguments des organisations écologistes qui estiment que le recours à l’électricité nucléaire est “une fausse bonne solution”. Dans cette guerre de position, ces ONG montent au créneau à la veille de cette CoP21 ; elles viennent de sortir aussi un rapport (sortirdunucleaire.org). Elles ne réfutent pas totalement l’effet de moins de CO2 de cette technologie mais insistent sur les risques de prolifération, d’accidents majeurs avec une plus grande fréquence, les risques liés aux événements climatiques extrêmes ou aux nouvelles menaces terroristes. Autre talon d’Achille de l’industrie nucléaire, l’absence d’une solution de stockage des déchets et les problèmes liés au démantèlement des sites une fois qu’ils ne sont plus en activité. Pour ces ONG, le nucléaire ne peut se poser comme une alternative aux énergies fossiles dans la lutte contre les changements climatiques.
Au final, à moins de catastrophes imprévisibles de type Fukushima ou via un ciblage terroriste, le mix énergétique mondial, notamment dans la production d’électricité, aura une part plus que significative en énergie nucléaire à l’horizon 2050. Les raisons sont multiples, le stade actuel de la technologie (état de l’art), une demande d’énergie très forte comme on l’a vu, la non maîtrise et la cherté des programmes d’efficacité énergétique et la sécurité énergétique de grands pays comme les USA, la France et la Chine qui a, pour sa part, programmé déjà la construction de près d’une dizaine de centrales, prenant même des parts, à la veille de cette CoP21, dans le capital du leader mondial dans le domaine, le français Areva, c’est aussi le cas de l’Inde. Enfin, et c’est un sujet que nous avons eu l’occasion de traiter dans cette page, la sortie du nucléaire de l’Allemagne, si elle a donné un coup de fouet à l’innovation, elle n’a pas diminué ses émissions de CO2 (ce n’était pas le but recherché). Elle a par contre accentué considérablement les inégalités dans l’accès à l’électricité et un recours massif au charbon.
Il est tout de même utile de noter, avant de clore ce tour d’horizon, que le scénario vertueux (hi-Ren) n’augmenterait que d’environ 1% le prix de l’électricité mondiale par rapport au scénario du laissez-faire (Busines as Usual – BaU), appelé 6DS et qui conduirait à un réchauffement de 6°C. Comme le répètent tous les experts, agir coûte moins que ne pas agir, sans compter les bénéfices de minimiser les changements climatiques. L’AIE estime que “globalement et en comptant l’ensemble des actions liées à l’énergie (pas seulement l’électricité), décarboniser le système énergétique mondial coûterait 44 000 milliards de dollars d’investissement d’ici 2050… mais économiserait 115 000 milliards de dollars de dépenses de combustibles, soit une économie nette de 71 000 milliards de dollars !”. Mais en l’absence d’une gouvernance mondiale, ce sont les politiques des États qui s’imposent à tous et donnent le tempo.

R. S.


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