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A la une / Environnement

Dessalement de l’eau de mer

L’heure est-elle aux procédés moins coûteux et moins polluants ?

Les stations de dessalement déversent des résidus chimiques en mer, fragilisant ainsi les écosystèmes. © D. R.

Des solutions moins coûteuses et plus respectueuses de l’environnement sont désormais à portée de main. L’écueil de la forte consommation d’énergie est en passe d’être dépassé ;  les nombreuses expériences menées ne peuvent que réduire cette contrainte même si le passage au stade industriel peut prendre plus de temps.

À Paris, au mois de juin passé, lors du concours de start-up technologique, Soros, une société  américaine de dessalement de l’eau de mer, a présenté un projet d’extraction d’eau douce de la mer grâce à la seule force des vagues. C’est une solution qui n’émet pas de CO2 et qui est peu coûteuse. Elle sera testée  incessamment dans les Caraïbes. Sur un autre plan, les pays qui souffrent de rareté de l’eau sont en général bien ensoleillés. En Arabie Saoudite, la première usine de dessalement à grande échelle fonctionnant à l’énergie solaire est en cours de construction. Elle dessalera  60 000 m3 d'eau de mer par jour. Son coût de réalisation est de 130 millions de dollars. Guillaume de Souza, le fondateur de la société AquaOmnes, a une autre idée qui est déjà en cours de concrétisation dans un projet pilote au Moyen-Orient. La technique de l’osmose inverse qui a révolutionné le processus de production de l’eau douce à partir de l’eau saumâtre consiste à extraire l’eau douce de l’eau de mer salée. AquaOmnes inverse le procédé “retirer le sel de l’eau plutôt que de retirer de l’eau douce de l’eau salée”. Les masses à déplacer seraient alors bien moindres, puisque le sel ne représente que 3 à 4% de la masse de l’eau salée. L’énergie nécessaire s’en trouverait donc réduite. Par là même elle peut provenir facilement des énergies renouvelables. Des solutions moins coûteuses et plus respectueuses de l’environnement sont à portée de main. L’écueil de la forte consommation d’énergie est en passe d’être dépassé ;  les nombreuses expériences menées ne peuvent que réduire cette contrainte même si le passage au stade industriel peut prendre plus de temps.
C’est connu, les procédés de dessalement de l’eau de mer sont coûteux et très polluants. Non sans raison, ils sont affabulés par des expressions telles que “de l’électricité en bouteille” ou “l’eau douce par la pollution”.

Panorama actuel
Deux familles de techniques sont utilisées à travers le monde. La distillation dans laquelle  l’eau est portée à ébullition, la vapeur obtenue est récupérée par condensation pour obtenir de l’eau sans saumure. L’osmose inverse où la séparation de l’eau et de la saumure se fait par pression à travers une membrane qui ne laisse pas passer le sel. Les coûts sont nettement différents, la distillation consomme plus d’énergie, le mètre cube revient entre  0,65 à 1,80 €. Dans le cas de l’osmose inverse, il se situe entre  0,40 et 0,80€. Il faut comparer ces chiffres aux coûts de la potabilisation des eaux de surface ou souterraines  qui sont de  0,1 à 0,5 €/ le mètre cube (UE, 2007). La production mondiale d'eau dessalée s'élève à environ 70 millions de mètres cubes par jour, soit 0,5 % de la consommation d'eau douce journalière sur notre planète. Elle progresse de l'ordre de 10% chaque année. Il faut savoir que ce volume dessalé ne vient pas uniquement de la mer. Les eaux saumâtres fournissent 40% de ce volume par le recyclage. Jusque-là, le hit parade du dessalement est dominé par le Moyen-Orient ; les riches pays du golfe, avec l’Arabie Saoudite en tête, se sont lancés tôt dans cette technique pour pallier la rareté de l’eau dans la région. Mais l’évolution se fait maintenant ailleurs, dans le pourtour de la Méditerranée, dont notamment l’Algérie, l’Espagne et Israël, le Sud-Est asiatique et l’Australie. Dans notre pays, la station d’El-Mactâa, dans la région d’Oran, inaugurée en 2014, passe pour être la plus grande (capacité) au monde avec  une capacité de production de 500 000 mètres cubes par jour à l’horizon 2017. Elle utilise la technique de l’osmose inverse (la technique d’évaporation par distillation étant quasi abandonnée à cause de la consommation d’énergie).

Une pollution multiple
En termes de problématique environnementale, la consommation excessive d’énergie qui dans la quasi-totalité des cas est d’origine fossile, n’est pas le seul impact ; la pollution du milieu marin est présente quelle que soit la méthode utilisée. Le dessalement produit d’importantes quantités de saumure avec un avantage pour l’osmose. D’une part, la température des rejets est sensiblement la même que celle du milieu dans l’osmose inverse (+10 degrés en moyenne pour la distillation) et pour chaque mètre cube d’eau douce produit, le rejet de saumure est de même volume alors qu’il est 9 fois plus dans la distillation. Dans les deux cas, des résidus chimiques et des particules de métal se déversent en mer et peuvent être très nocifs, surtout pour des écosystèmes fragiles. C’est le cas du marais de Mactâa classé Ramsar (zone protégée internationale) qui est une zone de  nidification de certaines espèces rares. Les énormes quantités de sels déposées sur le fond de l’oued ne seront probablement pas sans conséquences.

L’heure est aux stations de moyenne taille
Manifestement, la course au gigantisme dans la transformation de l’eau de mer sera freinée par des solutions économiques et plus respectueuses de l’environnement. L’avenir s’écrira avec des stations de moyenne taille et des infrastructures de distribution de moindre coût, plus faciles à gérer et à entretenir. Il en est de même des sources d’énergies que des installations de renouvelables peuvent alimenter en raison de la faible demande. Autre avantage et non des moindres, les agglomérations côtières plus ou moins enclavées peuvent s’autonomiser dans ce domaine.


R. S.
ravehsaid@gmail.com

 


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