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A la une / Environnement

Boom de l’aquaculture

Menace sur l’alimentation des populations du Sud

©D. R.

L’aquaculture, qui avait comme objectif à l’origine d’atténuer les risques d’épuisement de la ressource halieutique à cause de la surpêche, va bouleverser cette pratique sous l’effet d’un marché dominé par la logique commerciale.

Après les cultures pour la production des agro-carburants au détriment de l’alimentation humaine et du tissu forestier, c’est au tour de l’aquaculture d’accaparer des produits de la pêche pour la fabrication de farines qui servent de “fourrage” pour l’élevage de poissons carnivores (en haut de la chaîne alimentaire comme le saumon, le bar, la dorade…). En effet, l’ONG Bloom (bloomassociation.org) qui travaille pour “créer un pacte durable entre la mer et l’homme” a publié, le 14 février, une étude alarmante sur la “pêche minotière”, qui capture les poissons situés en bas de la chaîne alimentaire comme les sardines, les anchois ou les merlans bleus afin de les réduire en farines et en huiles pour alimenter les poissons d’élevage, voire les porcs et les volailles : “90% des poissons ciblés sont parfaitement comestibles par les humains.” Dans le rapport de cette analyse du secteur de la pêche à laquelle s’est livrée Bloom, intitulé L’envers du décor de l’aquaculture, ses rédacteurs écrivent : “La population mondiale est de plus en plus gourmande de protéines animales. Il lui faut de plus en plus de farines et d’huile de poisson. Et les sardinelles africaines, réduites au rôle de fourrage, vont nourrir des saumons norvégiens, des truites polonaises, des anguilles chinoises, des crevettes thaïlandaises, mais aussi des carpes a priori herbivores, des volailles, ou encore des visons, des chiens, des chats…”

La logique commerciale bouleverse la donne
Historiquement, la farine de poisson était un sous-produit de l'extraction de l'huile de poisson et constituait un moyen de tirer parti des surplus et des poissons invendables pour la consommation humaine. C’était en quelque sorte un moyen de recycler cette ressource extraite de la mer quand elle ne pouvait servir d’alimentation pour les humains. L’aquaculture, qui avait comme objectif à l’origine d’atténuer les risques d’épuisement de la ressource halieutique à cause de la surpêche, va bouleverser cette pratique sous l’effet d’un marché dominé par la logique commerciale. Depuis 2012, l’aquaculture produit environ les mêmes quantités de poisson que celles extraites des hautes mers. La Chine est aujourd’hui le géant du marché : elle produit la moitié des poissons, des crustacés et des mollusques d’élevage. De là, les petits poissons qui n’étaient pas surexploités jusque-là vont devenir un enjeu pour constituer un fourrage dans l’aquaculture.
La production de ces fermes culmine à plus de la moitié de la consommation mondiale en poisons carnivores et fruits de mer.
Résultat : la pêche minotière représente actuellement 37% de l’ensemble de la pêche dans le monde (8% dans les années 60). Sous le label de “pêche durable” (MSC, Marine Stewardship Council) que s’arrachent les grandes firmes internationales, la course à la “pêche minotière” détruit donc le substrat constitué par ces poissons dits “non nobles” nécessaires à la vie marine et aux poissons prisés par l’homme en premier lieu : “Par nature, ces pratiques déstabilisent les écosystèmes et grèvent le possible rétablissement des stocks de poissons.” Le développement des élevages a donc encouragé la surexploitation des stocks des poissons de moindre valeur (pour la consommation humaine directe) aux dépens des oiseaux, des phoques et des poissons carnivores (dans la mer) qui disparaissent tous des zones surexploitées par manque de nourriture. Au Sénégal, où la mer (océan Atlantique) procure l’essentiel des protéines animales dans l’alimentation humaine, les usines de transformation de poissons en farine poussent comme des champignons pour alimenter en fourrage les fermes aquacoles de Chine, de Corée du Sud ou de Russie. La conséquence est qu’en plus de la rareté du poisson pris dans la pêche artisanale, les prix offerts par ces multinationales détournent la production au détriment de la consommation humaine.

Quelques chiffres
Selon le Fonds mondial pour l’alimentation et l’agriculture (FAO, 2012), les pêches de capture et l’aquaculture ont produit approximativement 148 millions de tonnes de poisson en 2010 dans le monde (pour une valeur totale de 217,5 milliards de dollars), dont 128 millions de tonnes environ pour l’alimentation humaine, et les données préliminaires montrent que la production a augmenté en 2011, atteignant 154 millions de tonnes, dont 131 millions de tonnes destinées à l’alimentation. La même source estime que la moyenne mondiale de consommation de poisson est de 19 kg par habitant et par an. Elle est de 27 kg en Europe alors que l’Algérie peine à atteindre 6 kg. En fin 2016, l'Algérie produisait quelque 110 000 t/an de poisson, dont 11 500 t issues de l'aquaculture. Il existe en Algérie 22 fermes aquacoles dont 17 fermes marines d'une capacité de production de 10 000 t/an, selon les chiffres du ministère de l'Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, qui relève qu'une centaine de fermes aquacoles sont actuellement en cours d'étude, ce qui permettra à l'avenir d'augmenter la production (APS, 14/11/2016). Sur ces 110 000 t, il y a une forte proportion de production classique et très peu de production aquacole. Pas moins de 100 000 t supplémentaires sont prévues, dont 80 000 t à partir de l'élevage de poisson en mer ou dans des fermes continentales : barrages, plans d'eau… L’ancien ministre du secteur, Sid Ahmed Ferroukhi, avait annoncé l’objectif de la production de 200 000 t/an pour 2020 dont la plus grande part viendrait de l’aquaculture. “La mer Méditerranée est très pauvre en poisson”, avait-il dit (Forum de Liberté, 23 mars 2015). Encore une fois, la fiabilité de tous ces chiffres est soumise à débat. Sur le terrain, une majorité d’Algériens ont un problème d’accès à ce marché (40%, selon le ministre ?). Les causes sont nombreuses, à commencer par les prix, l’absence d’un véritable circuit de distribution et la multiplication des intermédiaires. Un autre problème, et non des moindres, est la mainmise de l’informel sur le secteur (50% selon toujours le ministre) et les transactions en haute mer dont il est difficile de mesurer l’ampleur.

R. S.


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