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A la une / Environnement

Annulation des projets de stations d’épuration

Menaces sur le barrage de Taksebt

Les eaux usées provenant des bourgades alentours constituent une réelle menace sur la qualité de l’eau du barrage. ©D. R.

Le déversement des eaux usées, couplé au manque de précipitations, est une menace accrue sur la qualité des eaux du site.

Le barrage de Taksebt, d’une capacité de stockage de 180 millions de mètres cubes, est situé sur la rivière de Takhoukhth, à 10 km du chef-lieu de wilaya, Tizi Ouzou. Actuellement, il alimente à hauteur de 20 000 m3 des villages de la région, mais surtout des localités du centre du pays comme Boumerdès, Alger ou Blida. Il est alimenté principalement par les eaux de pluie, de la fonte des neiges et grâce à l’appui d’une station de pompage. Les eaux usées descendant de la multitude de bourgades qui l’entourent constituent l’autre source d’alimentation. De par leur volume, le déversement de ces eaux usées est une réelle menace sur la qualité des eaux emmagasinées, encore plus maintenant que la part des eaux de pluies et de la fonte des neiges tend à être réduite à cause du manque de précipitations. Le 21 décembre 2015, la direction de l’hydraulique de la wilaya a informé que l’eau de réserve a baissé à un niveau record depuis sa mise en service en 2007 (la moitié de sa capacité).

Des alertes récurrentes, des promesses non tenues
Ce n’est pas la première fois que les médias s’alarment sur les risques de pollution réelle des eaux du barrage. Mais en l’absence d’un mouvement de la société civile capable de mobilisation, il semble bien que les autorités s’accommodent de cette situation tant qu’il n’y a pas encore eu de drame. C’est le moins qu’on puisse affirmer à l’annonce du refus de l’inscription à l’indicatif de la direction de l’hydraulique de la wilaya des projets de construction de cinq stations d’épuration prévues en amont de l’ouvrage. Manifestement, les urgences et les préoccupations des autorités centrales sont ailleurs. Certes, l’eau courante doit être à la portée de tous, mais les citoyens préféreraient de loin une légère augmentation dans les prix de la prestation pour financer la construction de ces stations d’épuration et les délocalisations de décharges de déchets aux promesses populistes du gel des tarifs que la réalité économique se chargera de rattraper au moment où on s’y attendra le moins.
Pour le cas qui nous concerne, lesdites stations d’épuration étaient inscrites en 2013 à l’indicatif de l’Office national d’assainissement (ONA). Dans le sillage de l’austérité générale prônée par les pouvoirs publics, l’ONA découvre que ce “n’est pas sa vocation d’être un maître d’ouvrage” et que son rôle se limiterait à “la gestion”. Par la suite, nous dit un élu de l’APW de Tizi Ouzou, les tentatives de la direction des ressources en eau de la wilaya pour inscrire à son indicatif ces projets urgents se sont heurtées à un refus au motif du manque de ressources financières.

Le pire est à craindre
C’est connu de tous, le barrage de Taksebt est situé au piémont d’un massif montagneux avec une très forte densité de population. Les différents cours d'eau qui descendent des montagnes ne charrient plus uniquement des produits fluviaux érosifs comme les alluvions   constitués de gravier, sable, argile ou débris de végétaux. L’explosion démographique, avec un mode de vie aussi générateur de déchets que les centres urbains, inonde les voies des cours d’eau par les eaux usées contaminées par toutes sortes d’agents chimiques. De même, les décharges publiques polluent les sols des versants qui encerclent le site du barrage. Ce sont des centaines, peut-être des milliers de villages des daïras d’Ath Yenni, Ouadhias, Ouacifs, Beni Douala et tout le versant ouest de Larbâa Nath Irathen (17 communes) dont les rejets en tous genres finissent leur course dans les eaux du barrage. La décharge des ordures ménagères de Larbâa Nath Irathen mise en service au temps de la colonisation française et qui reste le seul site qui accueille toujours les déchets des ménages avec un volume qui a été multiplié par “n” surplombe le barrage. Les lixiviats et autres infiltrations qui s’accumulent depuis un siècle ont, sans doute, eu le temps de tracer une véritable “autoroute” dont l’aboutissement naturel final ne peut être que l’assiette de Taksebt. À deux kilomètres du barrage, dans le village de Tala Khelil (commune de Beni Douala), les rejets d’eaux usées coulent à ciel ouvert et terminent leur course dans le barrage. Ce n’est rien devant un site devenu le réceptacle des rejets en tout genre. Le 29 décembre 2015, un article de Liberté alertait sur le déversement continu de déchets de trituration d’olives par les différentes huileries de la région. Les pouvoirs publics doivent prendre conscience que l’absence d’unités industrielles importantes est largement “compensée” par un tissu de petites entreprises, sources multiples de pollutions (élevage agricole, ateliers de peinture, lavages d’automobiles, huileries, abattoirs, élevages avicoles…).
Jusque-là ni les protestations des riverains ni les mises en garde des associations, la médiatisation du phénomène ou même les efforts de la direction locale des ressources en eaux, laquelle semble être victime d’une entourloupette bureaucratique par le biais de l’ONA, n’ont eu les échos escomptés auprès des autorités centrales. L’annulation pure et simple de la réalisation des six stations d’épuration prévues à Mechtras, Irdjen 1 et 2, Ouacif, Aïn El-Hammam et les Ouadhias ainsi que les linéaires de collection des eaux usées (22 km) a peut-être un sens. Les envolées lyriques sur la politique de prévention ou le développement durable à l’occasion de forums internationaux ne sont que des discours sans lendemain.

R. S.


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