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A la une / Environnement

Utilisation des insecticides systémiques

Mortalité alarmante des abeilles

Le syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles représente un véritable danger pour l’équilibre environnemental. © D. R.

Depuis la fin des années 1990, des articles de presse, nombreux, rapportent une mortalité anormale des abeilles. C’est le cas au Japon, avec moins 25% tous les ans et un peu partout dans le monde.

Cette diminution dramatique de la population mondiale d’abeilles a un nom, les scientifiques parlent de “syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles”. Elle inquiète au plus haut point car, en plus de la production de miel, de propolis ou de gelée royale dont la production mondiale a chuté de 25% en moyenne, il est connu que l’abeille est un agent d’équilibre environnemental. Elle est le pollinisateur de plusieurs espèces végétales. Elle n’échappe pas, d’une part aux perturbations climatiques et, d’autre part, à l’action directe de l’homme dans sa quête de “tirer le maximum de productivité” des récoltes et de l’élevage ; il s’agit, bien évidement, d’un profit toujours ramené au court terme.

En Algérie
Le facteur climatique agit doublement sur l’abeille domestique, les mauvaises conditions climatiques l’empêchent de sortir butiner, mais aussi les dérèglements du climat influent sur la croissance des plantes à pollen et mellifères. On estime chez nous que la rigueur de l’hiver 2011 a causé la mort de près du tiers des abeilles dans les ruchers. Contrairement à plusieurs pays qui disposent d’études précises sur l’évolution de la mortalité, de la production et du suivi des maladies, l’Algérie est dépourvue de ces instruments pourtant indispensables pour le développement de la filière. Dans cette grisaille “scientifique”, l’étude d’une équipe de chercheurs de l’université de Boumerdès et de l’Ecole supérieure d’Agronomie (El-Harrach), livre un repère sur l’état du secteur. Elle porte sur la région comprenant Alger, Blida, Boumerdès, Tipaza, Tizi Ouzou et Bouira.
C’est ainsi qu’on dénombre en 2010, que l’industrie de l’apiculture en Algérie comptait environ 1,2 million de colonies et 20 000 apiculteurs avec une augmentation remarquable entre 2002 et 2010. Par contre le rendement est faible, avec une moyenne de 5 kg par ruche pendant qu’il est de 10 au niveau mondial. Il faut tout de même rappeler que nous avons pollué génétiquement notre souche qui est l’inter misa. La “déesse du désert” (sahariasis, l’abeille jaune) résiste à la chaleur et au froid. Selon des apiculteurs, des chercheurs français et américains s’intéressent au sauvetage de cette souche.

Mortalité et désertion des ruches
À cette faiblesse dans la production qui ne dépasse pas 100 grammes par habitant (75 à 80 gr) alors qu’elle est de près d’une livre en France ou, mieux, 800 grammes aux USA, s’ajoute un phénomène important de mortalité et de désertion des ruches. Pour les spécialistes du domaine, cette situation ne peut s’expliquer uniquement par l’effet du réchauffement climatique et d’événements météorologiques extrêmes plus violents et plus fréquents (sécheresses, longues périodes de froid…) et par les impacts collatéraux des traitements phytosanitaires des cultures ; les pulvérisations de pesticides tuant directement les abeilles.
Le décret no 95-66 du 15 mars 2006  fixe cinq maladies animales à déclaration obligatoire ; la varroase, les loques, la nosémose et l’acariose des abeilles. Il est difficile d’avancer une estimation crédible sur la perte des colonies. Les surmortalités observées çà et là pourraient ne pas avoir comme causes les pratiques peu professionnelles (plusieurs fois pointées du doigt) comme la protection contre l’humidité, la fausse teigne en été, le respect de l’orientation ou le recours à l’additif protéique. Parmi les symptômes qui conduisent au dépeuplement des ruches, certains sont troublants.
Des apiculteurs constatent des phénomènes anormaux ou du moins inhabituels ; la perte du sens d’orientation des abeilles, les plus affectées sont incapables de revenir à la ruche et meurent dans les champs, ou alors des abeilles mortes près de la ruche alors que “la règle” est que les autres abeilles l’éloignent pour ne pas attirer les prédateurs… Ces constations ne sont pas propres à un pays ou un autre, elles sont observées un peu partout. Les apicultures de la région de Bouira, Tizi Ouzou et de la Mitidja pratiquent la transhumance vers des localités mellifères de Djelfa (Birine) ou d’El-Bayadh ; plusieurs le font pour fuir un environnement infesté par les insecticides et des conditions climatiques très aléatoires.
L’arrivée des insecticides systémiques
L’engouement aux néonicotinoïdes remonte aux découvertes du début des années 1990. Depuis, ces traitements constituent plus de 40 % des insecticides vendus chaque année dans le monde. La raison est simple, ce sont des insecticides systémiques. Une fois appliqués sur les cultures, ils pénètrent dans les plantes et restent durant toute sa durée de vie pour la protéger. La nocivité pour les prédateurs est sans faille, même à des quantités très faibles. Les apiculteurs en Europe ont été les premiers à se plaindre. En 2015, une enquête d’un journal français dédié à l’écologique (Reporterre.net, avril 2015) révèle que les pertes sont impressionnantes. “Dans certaines régions, les apiculteurs ont perdu 50 à 60% de leurs ruches, et la production de miel a chuté en dessous des 10 000 tonnes. En cause, un hiver catastrophique, et surtout l’utilisation de pesticides agricoles”.
Dans la même période, une étude de la revue Nature (avril 2015) montre que les abeilles ne sont pas repoussées par les fleurs intoxiquées. Le lien est d’apparence évident. On s’achemine en Europe, au courant de 2016, vers une interdiction de ce type d’insecticides après le moratoire de 2013 sur trois insecticides de cette famille.
Il existe quatre principales méthodes d’application de ces produits, parmi lesquelles l’enrobage de semences et le traitement des sols, la plus utilisée étant l’enrobage qui consiste à agir sur les graines d’insecticide avant de les semer.
Les toxines passent dans la sève du jeune plan et tout insecte qui grignoterait n’importe quelle partie de la plante meurt. Les molécules du poison agissent sur le système nerveux et entraînent leur paralysie jusqu’à la mort. Les néonicotinoïdes sont présent dans les céréales, les légumes, les arbres fruitiers mais aussi les animaux domestiques contre les puces. Depuis quelques années il est très difficile de se procurer des semences non enrobées !

Menaces sur la biodiversité et la santé humaine ?
Pour beaucoup, il ne faut pas braquer uniquement sur le syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles ; c’est l’arbre qui cacherait la forêt.
Tous les insectes pollinisateurs subissent ces produits. Les oiseaux disparaissent car il n’ya plus d’insectes à manger. La solubilité dans l’eau de ces insecticides les fait voyager dans l’environnement terrestre et aquatique. Les ruptures de la chaîne alimentaire sont l’autre menace sur la biodiversité en général.
“Toutes les études confirment que les pesticides en général sont liés à la maladie de Parkinson et à l’autisme. Des publications japonaises observent également des liens avec les troubles neuro-comportementaux et l’hyperactivité, d’autant plus que l’exposition se fait jeune”. Au Japon, précisément, où la population est grande consommatrice de thé dont la culture est “très productiviste, chargée en pesticides”, l’inquiétude s’installe. Solubles dans l’eau, les néonicotinoïdes sont libérés par les feuilles de thé imbibées.
Des études montrent l’intoxication d’individus, et les médecins prescrivent “un anti-poison neurotoxique et la suppression de la consommation de thé et de fruits pendant quelque temps”. Mais les effets à long terme des néonicotinoïdes ne seront connus que dans les années à venir.
Il faut tout de même savoir que sans les abeilles la production de plusieurs aliments est impossible, et que 35% de la nourriture produite dans le monde serait impossible sans les abeilles et les autres insectes pollinisateurs.


R. S.


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