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A la une / Environnement

Forum africain d’investissements et d’affaires

Pourquoi l’accès à l’énergie est le verrou à faire sauter ?

©D. R.

Bien qu’étant la zone la plus peuplée du continent avec environ 70% de la population, l’Afrique subsaharienne (hors RAS) ne représente que 19% de la consommation énergétique totale du continent.

Alger a abrité les 3, 4 et 5 décembre un forum africain dédié aux affaires. Passons sur la cacophonie qui avait prévalu dès la séance inaugurale de cet événement censé signer, selon ses organisateurs,  le grand retour de l’Algérie en Afrique. Plusieurs analystes se sont penchés sur les raisons qui ont fait et qui font que l’Afrique ne se développe pas malgré les nombreuses richesses naturelles que recèle le continent. Dans ce registre, la faillite des élites qui n’ont fait que “se substituer au système colonial”, la négligence de l’agriculture, le système éducatif, la corruption ou l’instabilité politique en passant par  le pillage par un système financier mondial implacable contre les plus faibles,  reviennent comme des leitmotivs.   
Selon les concepteurs du Forum d’Alger, celui-ci avait comme but de développer et d’orienter les exportations algériennes hors hydrocarbures vers le continent africain (ministre de l’Industrie et des mines, Abdeslam Bouchouareb). Le patron du FCE, Ali Haddad, ajoute à propos de ce rendez-vous que “les potentialités de l’Algérie à l’export seraient présentées lors de ce forum, telles les filières des médicaments, agricole et agroalimentaire”. Plus prolifique que le ministre, il ajoute que la rencontre sera également une occasion de mettre en avant l’attractivité de l’Algérie en tant que destination de l’investissement et que le forum sera une occasion qui permettra à l’Algérie de se repositionner en Afrique, d’où l’urgence de déployer des banques algériennes à travers des pays d’Afrique et d’ouvrir des lignes aériennes liant directement Alger à différentes capitales africaines. Il s’agirait donc de conquérir un marché de consommateurs pour concurrencer Asiatiques et Européens, le tout dans une stratégie annoncée d’avance.

De quoi les Africains ont-ils besoin
Un constat sur l’état des lieux est cependant implacable. “Il existe une fracture entre l’Afrique du Nord, la République d’Afrique du Sud et l’Afrique subsaharienne (hors RAS). Bien qu’étant la zone la plus peuplée du continent avec environ 70% de la population, l’Afrique subsaharienne (hors RAS) ne représente que 19% de la consommation énergétique totale du continent” (eurogroupconsulting.fr). Or l’énergie est le soubassement de toute activité économique, une sorte de préalable à tout développement. C’est l’énergie qui permet l’accès à l’eau, aux soins, à l’éducation, au développement agricole, l’emploi industriel et de service… C’est pour cela que l’ONU et des ONG internationales érigent comme priorité de l’aide pour le  continent, l’accès des populations aux sources d’énergie. Des pays frontaliers à notre pays affichent encore des taux d’électrification inférieurs à 15%.
Le moins que l’on puisse dire est que les objectifs assignés à ce forum sont au mieux maladroits et au pire prétentieux et sans aucune connaissance des réalités souvent dramatiques de notre continent, y compris dans son inaptitude à consommer une large gamme de produits nouveaux à cause d’une part de ce verrou pour l’accès à l’énergie et du fait qu’il soit victime du déversement de nombreux produits contrefaits et bon marché comme les médicaments par exemple.

Le 7e Objectif de développement durable de l’ONU
L’ONU a clairement saisi l’impératif à tout développement que constitue l’accès aux sources d’énergies durables. Elle a donc spécifiquement adopté un Objectif de développement durable (le 7e des ODD de l’ONU) visant à garantir l’accès de tous à des services énergétiques fiables, durables et modernes à un coût abordable à l’horizon 2030. Et l’Afrique est au cœur de cet objectif de l’organisation onusienne.
À ce sujet, malgré toutes ces déclarations maladroites et parfois choquantes entendues, y compris celle de Farouk Ksentini, le président de la CCNPDH qui stigmatise les migrants africains alors que les délégations venues du continent n’avaient pas encore quitté l’Algérie, il faut relever les propos du ministre de l’Énergie, Noureddine Boutarfa, sur “la nécessité de trouver les moyens permettant d’assurer suffisamment le financement des projets visant un meilleur accès à l’énergie par les populations africaines”, ajoutant, selon l’APS qu’“il ne s’agit pas seulement de trouver des créneaux pour investir et gagner de l’argent en Afrique. Il s’agit de trouver un moyen pour prêter aux pays africains et les aider à faire un saut vers la modernité parce qu’il y va de l’intérêt de tous, y compris des pays riches”.
L’accord entre de partenariat entre la société de montage industriel (Ettarkib) du groupe Sonelgaz avec le groupe soudanais Al Salma dans le domaine des énergies renouvelables et de l’hydraulique va dans ce sens. Il doit permettre la construction d’une centrale électrique solaire d’une capacité de production de 4 MW pour irriguer les espaces agricoles au Soudan ainsi que la réalisation d’une centrale électrique fonctionnant au gaz naturel d’une capacité de production de 480 MW et la création de près de 500 systèmes solaires d’approvisionnement de puits et d’axes d’irrigation en énergie solaire en 2017 (CDER).
Fallait-il alors parrainer une grand-messe perçue dès le départ comme une rampe de lancement pour les patrons du FCE ou bien inscrire clairement le destin du pays dans son ancrage naturel, l’Afrique, et attendre de la valeur ajoutée en termes économique, de sécurité et de l’atténuation de la migration économique de notre implication et de notre investissement pour la mise à niveau de notre région ? Le choix ne souffre aucune comparaison. Autant la question de l’accès à l’énergie est le nœud de la problématique de développement, autant le seul choix durable est l’option des énergies renouvelables, comme le solaire qui offre, en plus, des solutions décentralisées (pas toujours besoin de construire des réseaux de transport coûteux) et l’hydroélectrique, en particulier pour l’ouest du continent.

R. S.


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