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A la une / Environnement

Gestion des déchets et des déchets ménagers en particulier

Tout sur la stratégie “Zéro déchet”

“Zéro déchet” est un concept qui doit éviter la décharge. ©D. R.

Dans notre pays, la problématique de la gestion des déchets, en général, et des déchets ménagers, en particulier, s’apparente à soulager les rues et les agglomérations des immondices générées par la consommation et les activités économiques diverses. Si tous les acteurs de la chaîne “déchets” savent  que sans une approche intégrée rien de durable ne peut être mis en œuvre, ils doivent gagner à ne pas imposer des schémas standard “d’Alger à Tamanrasset” en promouvant des approches par territoire esquissées timidement par le schéma national d’aménagement du territoire (Snat).

“Zéro déchet” est un concept de gestion des déchets directement influencé par le fameux “Zéro défaut” du modèle japonais Total Quality Management (TQM) ou Gestion intégrale de la qualité. La stratégie “Zéro déchet” vise à ne pas  produire de  déchets plutôt qu’à les détruire. Tout se joue alors dans la conduite de la transition entre un système qui produit des déchets et cherche à les éliminer (mise en décharge) et le “Zéro déchet” qui considère que rien ne doit arriver en décharge puisque la matière dont un agent (ménages, commerces…) se débarrasse est immédiatement orientée vers une filière valorisante qui génère des revenus ou, à défaut, moins coûteuse pour le détenteur du déchet (ménages, commerces…) considéré comme un bien marchant.
Etant un concept anglo-saxon “Zéro Waste”  est mieux traduit par “Zéro déchet et zéro gaspillage”, ce qui veut dire qu’on ne met rien en décharge. Au plan formel, la première stratégie “Zéro Waste” est née en 1995 dans la ville de Canberra, en Australie. L’objectif retenu de cette initiative est d’arriver à une situation “Zéro Waste” vingt-cinq ans après, c'est-à-dire  en  2010. Le concept s’est vite propagé en Nouvelle Zélande, au Danemark, à Otawa (Canada), en Californie et en Europe. Des entreprises l’adoptent aussi, à l’image de  Xerox, Sony, Mitsubishi, IBM, Hewlett Packard ou Toyota. Le succès des conversions des individus et groupes à cette pratique est tributaire de la mise en place d’un environnement local (municipalités, wilayas…). En effet, une remise à plat de la politique de gestion des déchets exige la mobilisation des acteurs du territoire concerné pour porter et piloter la démarche.

Pédagogie d’une initiative décriée mais réussie
Chaque localité a sa spécificité en termes de production de déchets, dans leur volume, leur composition et même leur traitement traditionnel (compost, reprises…). Il est donc important de commencer par une initiative mobilisatrice dans toute innovation. Le projet emblématique “Zéro déchet” est porté par la ville de San Francisco en Californie. La ville se fixait, en 2002, l’objectif  “zéro déchet” pour 2020 avec un point d’étape de 75% en 2010. Dans la capitale de la Californie, le département de l'Environnement a commencé par les hôtels et les restaurants, très nombreux à San Francisco et qui génèrent énormément  de déchets. Jared Blumenfeld qui pilote l’opération explique. “Nous avons commencé par un hôtel test, le Hilton, qui sert 7 500 repas par jour, et nous avons mis en place un système simple : les poubelles des recyclables et des compostables coûtent beaucoup moins cher, chaque mois sur la facture, que celles des déchets non recyclables. En d’autres termes si vous recyclez et compostez tous les déchets, alors vous aurez besoin de moins de poubelles dites ‘normales’, ou alors des plus petites, au bout de course c’est une économie de l'argent. En un an, le Hilton économise 200 000 dollars et l'initiative est alors étendue à l'ensemble des professionnels de la restauration. Le système est également proposé, sur une base volontaire, aux habitants qui le souhaitent.” “En quatre ans, entre 2001 et 2005, nous sommes passés de 42% à 60% de nos déchets qui étaient recyclés”, ajoute l’heureux directeur du département de l’Environnement. Il a fallu ensuite deux ans de négociations pour que  la ville oblige en 2006 tous les professionnels du bâtiment à recycler au moins 65% de leurs débris tels le béton, le métal et le bois, dans des centres agréés. Une suspension de six mois est infligée pour les contrevenants. En parallèle, la ville s'engage à n'utiliser que des matériaux recyclés pour des travaux publics comme l'asphalte, les trottoirs ou encore les gouttières - une alternative durable à l’extraction de gravats dans les carrières ou les plages et rivières. En 2007 et 2008, le taux de récupération des déchets est autour de 70%, alors que la ville s'était fixé 75% en 2010. Pour donner un coup de fouet, les sacs plastiques sont  bannis des supermarchés, avec obligation d'utiliser des sacs en papier ou en plastique compostable et payants, dans le but d’inciter les clients à ramener leurs propres sacs. En 2009, le recyclage et le compostage sont rendus obligatoires pour tous les habitants (même système que les hôtels et restaurants), d’autres mesures comme la fin des bouteilles en plastique (sauf événements majeur) ont été édictées. C’est le succès de la première cible qui a permis d’embrayer sur les autres en gagnant l’adhésion des populations.

Comment agir en amont ?
Partout des initiatives zéro déchet, zéro gaspillage se prennent, elles sont boostées par des innovations pour minimiser la production de déchets en amont (moins d’emballage, produits de plus longue durée de vie…). C’est un mouvement mondial qui concerne les individus (mode de vie), les acteurs publics (territoires) et les entrepreneurs qui conçoivent et mettent en œuvre  de nouvelles solutions pour faciliter le passage au zéro déchet. En France en juillet 2014, Ségolène Royal, ministre français de l 'Environnement, de l'Energie et de la Mer avait lancé un appel à projets “territoires zéro gaspillage zéro déchet”, qui avait suscité près de 300 manifestations d’intérêt dans les territoires.  En décembre 2014, 58 territoires ont été sélectionnés. Depuis, ces territoires ont lancé leurs projets avec une gouvernance participative pour progresser dans l’objectif “zéro déchet, zéro gaspillage”. Cette opération a été reconduite à plusieurs reprises sur la base d’un cahier des charges. Les territoires candidats sont accompagnés dans leur démarche par l’Agence de l’environnement et de la maitrise de l’énergie (ADEME). Enfin tous ceux qui pensent que la technologie peut suppléer aux pratiques non durables comme les incinérateurs pour éliminer les déchets, doivent méditer les propos de Joan-Marc Simon, directeur Zéro Waste Europe : “Des collectivités ont investi dans des décharges et les incinérateurs... Ces collectivités sont ensuite liées par contrat aux incinérateurs pendant vingt ou trente ans et doivent alimenter ce monstre en fournissant des déchets, sinon elles doivent payer des amendes. Cela conduit à des situations paradoxales dans lesquelles les villes ne sont pas incitées à recycler, puisque cela enlève des déchets à l'incinérateur et peut au final leur coûter plus cher !”

R. S.


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