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A la une / Environnement

Agro-écologie et environnement

Transformation systémique ou simple démarche scientifique ?

Pierre Rabhi, pionnier de l’agro-écologie © D. R.

L’agriculture contribue lourdement au réchauffement climatique, puisque les émissions de gaz à effet de serre dues au secteur s’élèvent à 15%.

La question mérite d’être posée devant les choix sociétaux différents qu’incarnent les deux démarches. Mais dans cet article, nous évoquerons l’agro-écologie des systèmes alimentaires et laisserons le concept comme étude des rapports entre production alimentaire et société qui nécessite des développements qui touchent à des domaines plus vastes. Au niveau mondial, l’agriculture consomme 70% de l’eau extraite pour, en fin de compte, la consommation humaine. Le système agroalimentaire pris dans son ensemble est une source majeure de dégradation de la terre et des écosystémiques. L’agriculture contribue lourdement au réchauffement climatique, puisque les émissions de gaz à effet de serre (GES) dues au secteur s’élèvent à 15%. En plus de cette “contribution” importante à l’accumulation des GES dans l’atmosphère, le recours quasi systématique aux engrais et aux produits chimiques épuise et pollue les sols et a des conséquences sur l’eau et l’air. Souvent les voix qui tentent de promouvoir un mode de production durable sont confrontées à de puissants lobbies qui ont investi dans le mode de cultures intensif, les organismes génétiquement modifiés (OGM), la pétrochimie, l’industrie des pesticides… Le discours est simple : l’agriculture dite bio c’est bien pour la préservation de l'environnement et de la biodiversité, mais elle ne pourra jamais nourrir tout le monde. Pour le commun des mortels, la raison est simple : l’agriculture bio a “des rendements très en deçà de ceux de l'agriculture conventionnelle”.

Lobbying et dumping social
Deux études, l’une de chercheurs de l'université de Californie à Berkeley qui consiste en une méta-analyse de plus de 100 études comparant l’agriculture biologique et l’agriculture conventionnelle, et l’autre émanant de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA, France) permettent de relativiser les écarts de rendements entre les cultures biologiques et agro-écologiques.
L’étude de Berkeley conclut que certaines pratiques pouvaient réduire davantage l’écart de productivité entre cultures biologiques et cultures conventionnelles. Claire Kremen, professeur de sciences, politique et gestion de l’environnement et auteur principale de l’étude, indique qu’“il est critique de regarder l’agriculture biologique de plus près, car mis à part les impacts environnementaux de l’agriculture industrielle, la capacité des engrais synthétiques d’augmenter le rendement des récoltes est en déclin”. Elle ajoute que les études disponibles comparant les méthodes étaient souvent biaisées en faveur de l’agriculture conventionnelle (lobbies), ce qui fait que l’écart de rendement de 19% auquel aboutit l’étude est probablement surestimé.
La polyculture (plusieurs plantes cultivées sur la même parcelle) et la rotation pourraient réduire substantiellement l’écart entre le bio et le conventionnel, respectivement à 9% et à 8%, affirment les chercheurs (food.berkeley.edu/).
Pour l’étude de l’INRA, les systèmes de production qui articulent cultures et élevage en limitant le recours aux intrants (engrais, pesticides, fioul, alimentation du bétail…), nommés systèmes de polyculture-élevage autonomes, représentent une voie alternative d’intérêt vis-à-vis des tendances d’intensification et de spécialisation des systèmes de production agricole. Ajoutant qu’“au plan environnemental, ils favorisent le maintien de la fertilité des sols par l’introduction de plantes légumineuses dans les successions culturales et l’utilisation raisonnée des effluents d’élevage ; ils limitent également la consommation de pesticides par la diversification des successions culturales”. Dans ce modèle biologique, les engrais et aliments pour le bétail sont directement produits dans les exploitations, ils n’ont plus besoin d’être transportés de l’extérieur.
Dans le monde, le marché mondialisé (libéral) fragilise un nombre considérable d’exploitations agricoles. Le dumping social (salaires) et environnemental (droit de polluer dans certaines régions) est antinomique avec l’agréocologie. Jusque-là, le libre-échange (produits agricoles) favorise une agriculture conventionnelle portée par de puissants groupements financiers. Dans les faits et malgré une littérature abondante sur l’avancée de l’agriculture biologique, cette branche n'occupait en 2011 que 37,2 millions d'hectares dans le monde, soit seulement 0,9% de la surface agricole totale. Dans le même temps, 1,3 milliard de tonnes de nourriture sont gaspillés pour les besoins du maintien de l’hégémonie de l’agriculture conventionnelle.

États des lieux chez nous
Au plan général d’abord, le rapport sur l’état de l’environnement en Algérie souligne que “l’Algérie est confrontée à une crise écologique majeure qui menace la santé et la salubrité publique, la pérennité des écosystèmes fragiles, le développement durable du pays et la capacité des générations futures à disposer des ressources nécessaires à la satisfaction de leurs besoins socioéconomiques”. Il est indiqué que “plus de 8 millions d’hectares de la zone steppique sont désertifiés et près de 11 millions d’hectares sont menacés par la désertification”. L’érosion menace plus de 12 millions d’hectares tous localisés sur des sous-bassins où sont implantés des barrages et d’importantes agglomérations et infrastructures. La surface agricole utile qui représentait 0,82 ha par habitant en 1962 n’est plus que de 0,18 ha à l’heure actuelle.
Au plan de la pratique agricole, Lamar Hadjou et Foued Cheriet écrivent dans “Cahiers du Cread” : “L’agriculture algérienne standard souffre d’une sous-compétitivité durable et d’une faible intégration aux marchés extérieurs. Les politiques traditionnelles et les plans de développement agricole successifs n’ont produit que de maigres résultats au regard des potentialités et des besoins du pays. Face à un tel constat, l’agriculture biologique peut s’avérer comme une alternative intéressante pour valoriser les ressources locales, d’autant plus que le marché mondial ne cesse de croître, pour faire face aux crises alimentaires.”
Force est de constater que des initiatives institutionnelles pour investir dans la durabilité des productions agricoles sont noyées dans la gestion des urgences quand elles quittent le cadre de séminaires ou de thèses académiques. Pour les agriculteurs, les semences hybrides, les engrais chimiques et les pesticides ont fait apparaître de nouveaux fléaux dans les champs. À ne parler que de fruits comme la cerise, la figue, les dizaines de variétés de pommes et de poires qui poussaient dans nos terroirs n’avaient nul besoin d’additifs industriels pour prospérer.
À l’heure où des produits agricoles comme l’huile d’olive, ouvertement frelatée, ou les fruits de saison dont la qualité laisse à désirer sont cédés à des prix défiant les bourses moyenne, il est difficile de construire une demande alternative dans des circuits pervertis par le gain facile et l’informel.
Il faut tout de même saluer des initiatives privées mutualistes comme l’Association pour le maintien de l’agriculture paysanne (Amap), par le développement d’une formule de vente directe entre producteur (de légumes, fruits, fromage, œufs ou viande) et un groupe de consommateurs (Alger). Ces consommateurs s’organisent pour acheter cette production biologique et la distribuent dans des points de vente. Espérons que cela fera des émules. Ce mouvement qui a essaimé partout dans le monde expose les axes de son combat pour l’agréociologie à travers le site internet ruralia.revues.org.


R. S.

 


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