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A la une / Environnement

Projet de cimenterie d’Ighzar N’taka

“Zéro émission” : leurre ou erreur de communication?

Les populations d’Ighzar N’taka (Oued Taga) protestent contre l’implantation de la cimenterie. © D.R.

En réalité, pour tout conducteur d’une étude d’impacts,  la notion “zéro émission” n’a aucun sens. L’impact est défini comme étant la différence entre l’état initial du milieu récepteur et  la projection de son devenir après l’exécution (travaux de réalisation) et la mise en exploitation de la cimenterie.

La presse a rapporté la forte mobilisation des populations d’Ighzar N’taka (Oued Taga) dans la wilaya de Batna pour s’opposer à l’implantation d’une cimenterie. En effet, après plusieurs sit-in sans résultats, les associations de défense de l’environnement et les habitants ont organisé une imposante marche, le vendredi 8 juillet. Devant cette détermination affichée, les promoteurs dudit projet ont annoncé son gel après avoir plaidé que l’infrastructure qu’ils comptent implanter n’est pas nocive pour l’environnement. “Il s’agit d’une cimenterie ultra moderne à zéro émission” avaient-ils indiqué dans une précédente conférence de presse. Pour l’Association de protection de l’environnement et de la nature (Arris) et l’Association culturelle Assirem n’Massila (Mérouana) qui activent pour la sauvegarde et la promotion du patrimoine de la région, c’est une première victoire.

Quels seraient les impacts environnementaux du projet ?
Les impacts de l’implantation d’un projet industriel ne sont pas mesurés ex-nihilo et seules les performances technologiques des installations ont été prises en considération. Ce n’est pas les mêmes effets environnementaux et sociaux d’implanter une cimenterie dite “zéro émission” dans  une zone désertique ou  dans une zone habitée jouxtant des terres agricoles et à  l’orée d’une forêt, précisément l’endroit choisi  pour ce projet.  À vrai dire, pour tout conducteur d’une étude d’impacts,  la notion zéro émission n’a aucun sens. L’impact est défini comme étant la différence entre l’état initial du milieu récepteur et  la projection de son devenir après l’exécution (travaux de réalisation) et la mise en exploitation de la cimenterie. Bien évidemment, pour la région, ce n’est pas les le volume des émissions de gaz à effet de serre (GES) qui est déterminant ; le procédé de fabrication du ciment libère des gaz à effet de serre, principalement du CO2 mais aussi des oxydes d’azote (NOX) et du dioxyde de soufre SO2 qui participent à l’acidification de l’atmosphère. Mais il n’y a pas que cela. Dans notre cas, il s’agit d’identifier les impacts de l’exploitation de la carrière, des travaux de construction de la cimenterie et de son fonctionnement, une fois mise en service. Une étude d’impact sérieuse s’intéressera aux effets de l’extraction des matières premières de la carrière qui doit approvisionner le site pour mesurer les nuisances sonores, les impacts sur les eaux pluviales de ruissellement, la nappe phréatique, les sols, la végétation,  la faune,  le paysage… et les apports  socio-économiques attendus. En terme d’émissions de la  future cimenterie, il faut estimer les émissions de métaux lourds, du transport du combustible, de l’expédition du ciment ensaché ou en vrac,du transport des sacs pour ciment et du personnel, de la protection de l’eau, de la qualité des eaux de surface, des ressources végétales et des sols,  des impacts sur le paysage, du bruit, de la santé et de la sécurité et enfin des apports  socio-économiques.

Le contre-exemple par la cimenterie d’Aïn Touta (Batna)
Située à 30 km du chef-lieu de la wilaya de Batna, la cimenterie d’Aïn Touta est entrée en production en 1986, elle couvrait les besoins nationaux en ciment à hauteur de 10% dans les années 2000. Certifiée ISO 9002 en 2000, elle échoue dans la  certification aux normes environnementales ISO 14000 et se contente de “se doter au cours du premier semestre de l’année en cours (2011) de deux filtres à manches en remplacement aux précédents électro-filtres pour réduire le rejet de poussière et la consommation de l’énergie”, selon son chargé de la communication, Salim Bada, cité par l’APS (16 juin 2011). Une  étude conduite par Riçal Khelifa-maître assistant, Laboratoire de mécanique des sols et structures, université Mentouri de Constantine (2004) indique que “les résultats obtenus ont montré et d'une manière catégorique que la cimenterie de Aïn Touta peut être une source de pollution ayant des effets néfastes sur la santé de la population et sur la végétation de toute la zone qui l'entoure… des maladies respiratoires apparaissent de plus en plus chez les habitants des villages voisins”. Concernant les sols, les résultats font état d'une augmentation considérable de calcaire, de silice et d'alumine. Quant à la végétation nous avons constaté un flétrissement apparent, lit-on dans le rapport.
Sur un autre plan, la multiplication de l’ouverture de carrières dans la région d’Aïn Touta (16 sites) pour l’extraction de toutes sortes d’agrégats a fini de défigurer les paysages, de faire fuir les habitants et les agriculteurs. La route Aïn Touta-Barika, sur la RN 28, est constamment plongée dans des nuages de poussière. Selon un habitant du village de Taffrent, la pollution générée par les carrières avoisinantes menace aussi bien la santé des habitants  que leurs terres agricoles. Les explosions (dans les carrières) “polluent l’air, l’eau et les nappes phréatiques et provoquent la fuite des eaux superficielles vers des nappes  profondes”, ce qui aggrave le  déficit en eau. La direction de l’environnement de la wilaya est désarmée car les études d’impact commandées par  la direction des mines de la wilaya et  l’Agence nationale des mines au niveau du ministère (dont dépondent les activités)  sont faites par des bureaux d’études  agrées par le ministère de l’Aménagement du territoire et de l’environnement !

Une politique de développement locale incohérente
Amar Barki, agriculteur dans la région ne mâche pas ses mots. Pour lui la localité d’Ighzar N’taka est à vocation agricole et touristique. Comment expliquer aux centaines d’agriculteurs (arboriculteurs) qui on investi lourdement dans les techniques du goutte-à-goutte (arrossage) et dans la confection de voiles anti-grêle très coûteux que du jour au lendemain leurs vergers seront la proie de poussières de toute sorte, au va-et-vient des camions et aux risques du détournement des eaux de surface à cause des explosions pour extraire les minerais, s’indigne-t-il. De plus, la région n’est pas uniquement à vocation agricole, elle recèle une forêt avec une riche biodiversité. Par ailleurs et, ce n’est pas la moindre des richesses, le lieu choisi pour l’implantation de la cimenterie est à mi-chemin de la ville de Batna et du site historique des ruines de Timgad (10 km). Il est à se demander comment les promoteurs du projet ont obtenu le feu vert à la fois du ministère de l’Agriculture, des ressources en eau, du tourisme, de la santé et de l’environnement- si tel est le cas-, ajoute notre interlocuteur qui nous fait remarquer aussi qu’il n’y aucun autre moyen alternatif au transport terrestre des agrégats et du produit fini (pas de port, pas de chemin de fer). Selon ses promoteurs, la cimenterie emploiera 250 travailleurs à plein temps avec probablement une main-d’œuvre additionnelle pour les carrières. Il est évident que cet apport social et économique est à prendre en compte. Mais il n’est pas le seul. Les atouts agricoles et touristiques de la localité sont de loin beaucoup plus porteurs  de développement économique, d’insertion sociale pour les habitants et de meilleures perspectives de développement durable, préservant par là l’intégrité archéologique de la périphérie de Timgad.
La catastrophe écologique de Aïn Touta n’est pas un simple accident généré par la “mauvaise gestion environnementale”. Elle est d’abord dans le choix du site. Elle s’est aggravée à cause d’une tutelle bureaucratique dans le seul leitmotiv est l’extraction de ressources. Selon les habitants de la région, les carrières sont ouvertes non pas uniquement pour alimenter la cimenterie mais pour puiser toutes sortes d’agrégats pour le bâtiment et les travaux publics. Avec de telles pratiques, il est difficile de demander aux citoyens qui s’opposent à l’implantation d’une autre cimenterie de croire aux promesses. D’autant que prétendre qu’un tel projet est à zéro émissions pour le vendre relève au minimum d’une faute de communication qui en dit long sur la qualité du futur management.


R.S.


 


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