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Auto / Événement Auto

LE DG DE AS MOTORS À “LIBERTÉ” ET AU “MENSUEL DE L’AUTOMOBILE”

Walid Khebaba : “Notre projet est d’arriver au vrai stade industriel”

© D. R.

Dans cet entretien exclusif accordé à Liberté-Auto et au magazine spécialisé Le Mensuel de l’Automobile, Walid Khebaba revient sur l’aventure industrielle de son entreprise et le marché du deux-roues et explique les contraintes et les projets d’avenir, d’autant que cette société est pionnière dans le motocycle pour personnes handicapées.

Liberté-Auto: Pouvez-vous présenter à nos lecteurs, en quelques mots, l’histoire de la société AS Motors, depuis sa création à aujourd’hui ainsi que votre partenaire chinois ?
Walid Khebaba : AS Motors a lancé sa première production en janvier 2011. Rapidement, nous nous rendons compte de la complexité du marché algérien dominé par l’informel à plus de 90%, notamment avec l’absence des normes de sécurité. Pour AS Motors, la seule solution était de se placer sur des marchés de  niche, comme le motocycle pour personnes handicapées. En 2013, ce travail a été couronné par le Prix national de l’innovation décerné par  le ministère de l’Industrie. Et nous nous plaçons comme la référence nationale en motocycles pour personnes handicapées. En 2014, la crise survient pour l’entreprise, car nos contrats avec l’Onaaph (Office national des appareils et accessoires pour personnes handicapées) ont été annulés au profit de l’entreprise nationale Cycma. Après négociations, AS Motors est réintégré comme sous-traitant de Cycma. Nous avons fabriqué pour leur compte 1 000 véhicules. À la fin de ce contrat, j’ai décidé de ne plus le renouveler, ni de participer à leur appel d’offres. Notre vocation était de fabriquer nos propres produits. Depuis, nous maintenons une petite production annuelle de véhicules pour personnes  handicapées (entre 150 et 300 unités) qui est cédée à un prix coûtant  pour les associations et gratuitement pour de nombreux cas qui se présentent à nous régulièrement. En 2016, nous lançons la production des scooters deux-roues et nous avons atteint, en 2018, 10% de parts de marché malgré la concurrence déloyale.

Vous évoluez dans un environnement très contraignant, pouvez-vous nous le décrire ?
Le mot contraignant est faible pour décrire notre environnement. D’un côté, les pouvoirs publics mettent la pression sur les fabricants pour algérianiser les produits, ce qui une très bonne chose en soi, de l’autre cela est accompagné d’une réglementation floue et non équitable parfois, une règlementation qui ne tient pas compte forcément des contraintes de l’entreprise algérienne, comme la main-d’œuvre sous-qualifiée, un système financier lent et non adapté à l’entreprise moderne, une administration lourde et souvent contre-productive et un traitement de masse qui ne tient pas  compte des spécificités des métiers. Nous sommes au troisième cahier des charges, même si beaucoup  de choses n’ont pas changé dans le fond, ce qui représente des temps d’arrêt supplémentaires. De l’autre côté, on a une importation que je qualifie de sauvage et d’opportuniste, sans aucune contrainte. En 2018, nous avons eu 4 mois d’arrêt. Cette année encore, et depuis le 7 novembre, nous ne pouvons plus importer de pièces pour la fabrication de scooters! Les importateurs, eux, n’ont eu aucun arrêt. Bien au contraire, nous observons  de nouveaux opérateurs régulièrement. L’ensemble des fabricants ne représentent guère 30% de part de marché alors que nous avons besoin de quantité industrielle pour pouvoir rentabiliser les investissements nécessaires et continuer sur la voie de l’algérianisation des produits.

Vous avez réussi à convaincre votre partenaire chinois. Qu’en est-il de cette aventure industrielle ?
Notre partenaire commercialise 3 marques vendues en Europe et aux USA (Riya et Fox) et Tianying en Chine. Mais depuis 2010 et depuis notre première collaboration, nous avons  voulu travailler sous le nom de AS Motors. De plus, ni nos partenaires chinois ni aucune  entreprise dans le monde n’acceptera de vous donner son savoir-faire, car la technologie ne s’achète pas  et ne se donne pas. Nous avons proposé au Chinois un deal simple, à savoir nous vous achetons vos pièces à condition que vous  nous aidiez à acquérir du savoir-faire et de la maîtrise.
Nous sommes loin d’être leur client idéal, ils ont besoin d’un plan de charges, donc leur seul choix était de nous suivre. Grâce à notre partenaire et son expérience, nous avons pu acquérir les bons équipements et au bon prix, mais aussi être introduits chez les plus grands fabricants de robots en Chine. De plus, il ne faut pas sous-estimer nos jeunes cadres qui n’ont pour objectif que montrer leurs talents.

Le marché algérien est un marché de prix. Quelle est votre démarche pour y répondre efficacement ? L’intégration locale ?
Pendant de longues années, le consommateur algérien a été considéré comme la vache laitière  et beaucoup en ont profité. Le meilleur de la technologie au juste prix était notre stratégie. Notre objectif est de proposer un véhicule de très bonne qualité à deux chiffres, c’est-à-dire moins de 99 000 DA. L’intégration  joue beaucoup sur le prix. Algérianiser les produits, si on atteignait les quantités  industrielles requises, ferait en sorte que les produits soit compétitifs et exportables.

Vous proposez une gamme riche et diversifiée et vous avez constitué un réseau de distribution dans tout le pays. Exigez-vous pour ce réseau un cahier des charges trois S ?
Notre gamme est composée de quelques modèles. En 2019, trois de nos produits auront un taux d’intégration de 65% en moyenne. Cet effort sera maintenu et nous comptons produire 15 modèles (moules propres) d’ici trois ans et ainsi passer à une autonomie de 100% dans les années à venir. Notre circuit de distribution obéit à une charte claire et un cahier de charges. Chaque concessionnaire doit fournir des garanties de professionnalisme de taille minimale du showroom et qualification du service après-vente.
 
Malgré les difficultés que vous rencontrez, vous investissez en équipements et infrastructures pour améliorer les conditions de travail ?
Chaque équipement et chaque machine crée au minimum un nouvel emploi. Investir, c’est d’abord faire confiance à son pays. L’Algérie c’est mon pays et je lui fais confiance. Donc, je n’ai pas de mérite particulier. Je pense que tout le monde voit dans la même direction. Pour preuve, les terrains nous ont été attribués par la  wilaya presque gratuitement, les banques jouent le jeu et financent les projets, les universités forment des compétences et l’administration fait de son mieux pour nous accompagner. Je suis optimiste et je veux voir le verre à moitié plein.

Quels sont vos objectifs et vos ambitions pour le moyen et long termes ?
En premier lieu, finaliser notre projet et d’arriver au vrai stade industriel, c’est-à-dire fabriquer plus de 250 000 unités/an et devenir un acteur mondial dans les deux roues. D’autres projets liés à notre métier seront entamés au moment opportun, comme la fabrication de machines à  outils et de machines spéciales.         


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