Liberté Algérie Liberté Algérie - Le Quotidien http://www.liberte-algerie.com Liberté Algérie 2011 fr Liberté Algérie - Le Quotidien http://img.liberte-algerie.com/liberte_logo_black.jpg http://www.liberte-algerie.com « Ma prochaine fiction sera un thriller » http://www.liberte-algerie.com/entretiens/ma-prochaine-fiction-sera-un-thriller-safinez-bousbia-la-realisatrice-d-el-gusto-a-liberte-170201 http://www.liberte-algerie.com/entretiens/ma-prochaine-fiction-sera-un-thriller-safinez-bousbia-la-realisatrice-d-el-gusto-a-liberte-170201 2012-01-19 09:00:00 Entretiens Arezki Mokrane Safinez Bousbia, votre documentaire « El Gusto » vient d’être présenté à Bruxelles et il a rencontré un franc succès…
C’est exceptionnel car en arrivant ici j’ai demandé au « desk » si la salle était pleine et on m’a répondu : « à moitié » mais en entrant dans la salle , je me suis aperçue qu’elle était « full ». Les musiciens, qui n’avaient pas encore vu le film, était devant. On avait tenu à ce qu’ils puissent le voir dans de bonnes conditions et sur grand écran. Et c’était rigolo : certains pleuraient, d’autres rigolaient et faisaient plein de commentaires. Surtout Tahmi qui disait « Tu as découvert ma vraie vocation qui est d’être acteur ! » …Il était super mignon ! Et juste avant la projection, c’était déjà exceptionnel car on revenait de Paris …

Et à Paris, le succès était aussi important si on en juge par les articles de presse…

A Paris, je n’en reviens pas parce qu’au début personne ne voulait parler de nous et ça a pris d’un seul coup ! On a eu une « com » exceptionnelle, du jamais vu ! Et après les deux concerts se sont remplis en l’espace de trois jours. On a fait 5 600 places ! J’ai toujours l’image de la fin au « Rex » avec les trois balcons levés et remplis. Je n’oublierai jamais cette image et j’en avais les larmes aux yeux.

À travers ce film, c’est un formidable hymne à la Casbah…

Pour moi, il était important de présenter la Casbah et Alger comme un autre protagoniste du film car, pour beaucoup de ces musiciens, la Casbah, c’est la mère protectrice, la source d’inspiration. Et, pour moi, il était donc incontournable de donner ce rôle à la Casbah.

-Mais c’est la Casbah vue avec le prisme de l’architecte…

-Oui, plein de gens m’ont dit « mais ça se voit que t’étais architecte »…Oui, bien sûr, j’adore l’architecture de ce pays et le choix du « steadycam » et du voyage dans la ville, c’était beaucoup plus parce que c’était pour moi un voyage avant tout, dans une ville que je ne connaissais pas. Je suis née à Alger mais je n’y ai pas grandi et pour moi c’était donc un voyage de découverte. C’était aussi un peu cela que je voulais partager avec le public.

D’où ce choix d’une caméra constamment en mouvement avec de nombreux travellings ?
À la Casbah, les ruelles son tellement étroites et le passage de la lumière  tellement particulier qu’en filmant « en fixe », il est difficile de capturer cet aspect de labyrinthe de la Casbah. Dès que vous tournez un peu, vous découvrez quelque chose d’insoupçonné et c’est un peu cela le choix du « steadycam ».

Mais le choix de cette caméra à l’épaule induit aussi une certaine attitude du spectateur…
Je l’espère. Pour beaucoup c’est une découverte mais ce qui fait surtout la force de ce film ce sont les personnages qui ont des histoires extraordinaires à raconter. Ils ont une version de l’Histoire que notre génération ne connaît pas. C’est une version qui n’est pas racontée par les victimes ou des soldats mais par le peuple. Il n’y a pas que le cri, le malheur, la mort en Algérie. Il y a aussi des gens qui ont vécu, fêté, joué de la musique et qui se sont marrés ensemble. Pour moi, entendre ces versions-là, c’était très important. Et leurs personnages sont tellement captivants ! Ils m’ont livré un joli plateau pour travailler !

Depuis la découverte de ce miroir dans la Casbah, point de départ du film, vous avez rencontré pas mal de difficultés pour réaliser ce documentaire y compris jusqu’à vendre vos biens immobiliers…

-Tout à fait. Ce projet n’a pas été facile du tout. Quand je me suis proposée à Monsieur Firkioui de retrouver ses amis, je me suis dit « Allez, on va ouvrir l’annuaire, trouver les noms, découvrir les adresses et c’est tout »… Mais ce n’est pas du tout comme cela que ça s’est passé. Déjà, il  fallait trouver le nom complet et pas décomposé. En quelle année, il a été délogé…En 1968 ; Et où est-ce qu’il a été relogé ? Après il fallait aller dans le quartier et faire du porte à porte. Parler à l’épicier, qui vous envoie chez le boulanger qui pense qu’il le connaît…Et cela pendant deux ans et demi à trois ans. C’était compliqué. Après c’était la logistique parce que tourner à Alger…Tous les gens qui font pratiquement partie de ce métier savent qu’Alger c’est une forteresse et qu’il est très compliqué de tourner dans cette ville. Les autorisations ont été un enfer. Et puis, il y avait aussi le fait que je n’étais pas de ce métier, que j’étais architecte et que je me suis retrouvée à réaliser et produire, négocier des contrats de management, des contrats d’albums. C’était un métier complètement différent et j’ai fait plein d’erreurs que je ne commettrai plus aujourd’hui. Ca a été dur, très dur mais ce qui était touchant, c’est que les musiciens étaient toujours là. Quand j’avais des difficultés et que j’étais toute seule, ils me disaient : « Mais ça ne fait rien, on n’a pas besoin de manger, pas besoin d’être logé. On va chanter et ça c’était très touchant ». Si vous voyez le film, vous allez entendre l’histoire qu’ils ont à raconter. Ils ont quand même vécu des vies très dures et devant tous ces obstacles que j’ai rencontrés, ce n’était rien par rapport à ce qu’eux avaient vécu.

Et les autorités algériennes comment ont –elles réagi ? Elles ont soutenu votre projet ?

Non. Le problème avec les autorités algériennes c’est qu’on ne vous dit jamais quel est le problème. Ils ne vous disent rien. On a demandé, il y a des mois, le permis d’exploitation et on n’a répondu ni oui, ni non…Mais ça veut dire « non ».

Aucune distribution n’est donc envisagée en Algérie...
-J’ai beaucoup de distributeurs qui veulent distribuer le film mais il faut un permis d’exploitation et deuxièmement, on n’a pas tourné avec des autorisations de tournage du ministère de la Culture…

Mais la télévision algérienne y a contribué…

Parce que nous avons tourné avec des ordres de mission de la télévision algérienne car on n’a jamais obtenu les autorisations de tournage. Pourquoi ? Il faut leur demander parce que je n’ai jamais obtenu de réponse à cette question.

Et maintenant, je lis sur votre « facebook » que le film est en danger. Qu’est-ce que cela veut dire ?

En France, il est très difficile de sortir un documentaire en salle et on ne possède que dix copies  de ce documentaire. Si on fait du chiffre dans les jours qui suivent, on aura beaucoup plus de copies qui vont sortir et on aura la possibilité de partager cela avec plus de gens…Nombreux sont ceux qui sur facebook écrivent : « Pourquoi le film ne vient pas à Grenoble ? » Pourquoi il ne vient pas dans telle ou telle ville ? C’est tout simplement parce que les exploitants n’ont pas confiance dans un produit qui est un documentaire…Mais, si le film fait du chiffre la première semaine cela rassurera les exploitants. En démarrant le chiffre était un peu bas et c’est la raison pour laquelle on a encore mobilisé les gens qui nous soutiennent. Vous savez ce projet a été créé par les gens, monté par les gens, soutenu par des gens…C’est comme une grosse fourmilière …Chacun y a mis de son côté…Et puisqu’on évoquait le rôle des autorités dans une précédente question, je tiens juste à dire quelque chose en parlant de facebook : , j’étais un peu malade parce que je n’avais pas dormi et je suis entré dans facebook. Ce qui m’a fait chaud au cœur ça a été la réaction des Algériens. Déjà le 10 janvier, les musiciens m’ont fait monter sur scène et j’entendais tout un groupe d’Algériens devant qui s’écriaient « Vivent les Juifs d’Algérie ! » Honnêtement, moi ça m’a fait plaisir car qu’on puisse entendre des Algériens dire des mots comme ceux-là et trouver sur facebook des « Salam, Shalom , ça fait longtemps qu’on n’a pas été fiers d’être Algériens » ou « L’Algérie nous manque »… Je trouve que ce projet a commencé par un hasard et il finit par un hasard. En 2012, le 50ème anniversaire, ça n’a jamais été programme. Peut-être qu’il y a un signe symbolique pour dire que le peuple veut cette Algérie…

Le problème se résume à un conflit entre juifs et musulmans ?
Non, ce n’est pas cela. Il y a une nouvelle génération qui tient un discours très différent mais tout le reste de l’Algérie tient un discours de réconciliation. Quand vous parlez du « Gusto » à un passant, dans la rue, s’il a un certain âge, sa première réaction a été de dire « Mais ils ont toujours vécu avec nous ! » Et pour les jeunes, c’est : « Mais, pourquoi vous travaillez avec des Juifs ? » Je me pose la question de savoir pourquoi on est confronté à ces deux réactions. Et le problème de ce pays, ce sont les slogans qui sont imposés à ce peuple. Il est peut-être temps de remettre certaines choses en question. Je ne dis pas que quelqu’un a tort ou raison mais je trouve que des actes ont été entrepris, qui ont donné des résultats et dont le peuple n’est pas content aujourd’hui. Cinquante ans plus tard, on peut remettre en question certaines choses, certains fonctionnements du système. Je trouve que c’est le moment et on verra ce que cela donnera.

Votre film pose aussi toute la problématique du statut de l’artiste en Algérie…

Avec ce projet, j’espère de tout cœur qu’on pourra apporter une réponse à cette question. Tous les dix ans, un nouveau lobbying annonce qu’on va régler le problème du statut de l’artiste. Personnellement, je ne comprends pas pourquoi il est si compliqué de donner un statut aux artistes. L’ONDA, l’Office National des Droits d’Auteurs, existe en Algérie….même s’ils ont des manières de travailler un peu particulières en apposant des timbres sur des produits piratés…Pour eux, le fait de mettre des timbres justifient le piratage des trucs…Enfin , je ne comprends pas et peut-être que je ne suis pas assez renseignée mais ce que je sais c’est que je ne vois aucun obstacle à mettre ce statut en place. On espère qu’avec ce projet on met le « spotlight » sur le sujet pour qu’on puisse traiter cela le plus rapidement possible.

Maintenant, nous sommes en pleine « renaissance » de cet orchestre …
Pour moi, ces musiciens vont maintenant voler de leurs propres ailes. Ils vont continuer à tourner. On va espérer préparer leur troisième album. Maintenant, après toutes ces années,  j’ai trouvé une bonne structure, une bonne équipe technique et en terme d’orchestre, « El Gusto » va continuer à partager le plus possible cette musique avec le plus de publics dans le monde. Et je resterai, bien sûr , en contact car on a tellement vécu des choses ensemble qu’on est pratiquement une « famille » maintenant. Les musiciens ont réalisé leur rêve et, de mon  côté, ce métier du cinéma est réellement une découverte. Je souhaite donc vraiment continuer et je viens de finir d’écrire ma prochaine fiction qui sera un thriller.

AM

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« Au Canada nous sommes tous des Immigrants » http://www.liberte-algerie.com/entretiens/au-canada-nous-sommes-tous-des-immigrants-jose-bonyeme-170200 http://www.liberte-algerie.com/entretiens/au-canada-nous-sommes-tous-des-immigrants-jose-bonyeme-170200 2012-01-18 20:01:01 Entretiens OUYOUGOUTE M. José Bonyème, conseiller en gestion territoriale auprès du ministre des Ressources Naturelles du Québec (Canada), était présent séminaire de formation sur l’approche par compétences, tenu fin décembre, à l’Institut supérieur de management, INSIM-Béjaïa. Liberté l’a approché pour avoir son avis sur plusieurs sujets.


Vous avez des origines africaines, vous êtes européen d’adoption et à présent vous êtes Conseiller en gestion territoriale auprès du ministre des Ressources Naturelles du Québec. Vous comptez poursuivre votre périple ou vous fixer définitivement au Canada ?
Je ne me considère pas fixé quelque part, au Canada ou ailleurs. Après près de trente ans au Canada, j’irai partager l’expérience y acquise partout où c’est nécessaire, notamment en Afrique.

Il est donc possible aux migrants des pays du Sud dans le Canada d’aujourd’hui d’accéder à des responsabilités. Comment s’effectue l’intégration, des Maghrébins en général et des Algériens en particulier ?
Le Canada est un pays ouvert, avec une profonde culture d’immigration. Les immigrants, d’où qu’ils viennent, peuvent accéder à n’importe quel niveau de responsabilités car, selon l’adage populaire, au Canada nous sommes tous des Immigrants.
L’intégration des Maghrébins, Algériens ou autres, s’effectue tant bien que mal car cela ne dépend pas que du pays d’accueil, cela dépend aussi, et de beaucoup, de celui qui décide d’immigrer dans ce pays.

Vous, qui aviez été ministre dans l’ancien Zaïre (actuellement République Démocratique du Congo), n’êtes-vous pas gêné du fait que l’élite africaine, formé à coup de milliards, soit ainsi happée par des pays développés ?

Loin de moi un quelconque gêne, pour autant que cette élite sache faire profiter l’Afrique de son expérience acquise dans les pays développés et pour autant que l’élite émigrée de l’Afrique serve de pont entre leur continent d’origine et leurs pays d’accueil.  L’élite émigrée d’Afrique doit être pour celle-ci ce que la diaspora vietnamienne a été pour la reconstruction du Vietnam.
N’oublions pas que beaucoup d’Africains sont formés dans les pays développés, par les fonds des pays développés, sans que cela n’en coûte aux pays africains.  Tout compte fait, l’Afrique en sort gagnante.
Revenons à la raison de votre présence en Algérie. Vous n’êtes surement pas pour les vacances de fin d’année ?
Non, je ne suis pas en vacances de fin d’année.  Ç’aurait été idéal de les passer en famille plutôt que seul dans une chambre d’hôtel ; je n’ai pas l’âme d’un moine. Je suis là pour donner un séminaire en «Approche par compétences».

Expliquez-nous en quoi consiste cette formation sur l’approche par compétences. Elle aurait des origines américaines, non!
L’approche par compétences est née d’une réalité universelle, celle de la rencontre d’une double attente du monde de l’entreprise — disposer d’une main d’œuvre adéquatement formée et rationaliser ses coûts de formation — et de conceptions pédagogiques axées sur le résultat individuel plutôt que centrées sur les savoirs tel que prône la pédagogie par objectifs inspirée du behaviorisme anglo-saxon et du cognitivisme.
Les travaux théoriques de chercheurs relatifs à la «competency based education» remontent pour la plupart au début des années 1970 (Houston et Howsam 1972, Schmiedler 1973, Burns et Klingstedt 1973). Dans le monde anglo-saxon, l’approche par compétences a occupé le devant de la scène depuis la publication du rapport «A nation atrisk» en 1983, sur l’état calamiteux de l’enseignement américain (US Department of Education 1983), on a commencé alors à parler plus d’éducation axée sur les résultats (outcome-basededucation), de performances, d’excellence, de standards de contenu (ce qu’un individu doit être capable de réaliser ou d’accomplir) et de standards de performance ou benchmarks (repères de niveau qui permettent d’expliciter un standard de contenu au regard d’un niveau de formation). C’est dans ce contexte que l’approche par compétences a réoccupé le devant de la scène, qu’elle a émergé à nouveau avec fracas.

Pourquoi l’approche par compétences ? Quelle est, selon vous, sa plus-value ?

Grosso modo, ce qui constitue la principale caractéristique de l’approche par compétences, c’est que les objectifs d’enseignement n’y sont plus de l’ordre de contenus à transférer mais plutôt d’une capacité d’action à atteindre par l’apprenant. Une compétence ne se réduit ni à des savoirs, ni à des savoir-faire ou des comportements. Ceux-ci ne sont que des ressources que l’apprenant ne doit d’ailleurs pas forcément posséder, mais qu’il doit être capable de mobiliser d’une façon ou d’une autre, en vue de la réalisation d’une tâche particulière.
Une compétence, vue dans ce contexte pédagogique, est une réponse originale et efficace face à une situation ou une catégorie de situations, nécessitant la mobilisation, l’intégration d’un ensemble de savoirs, savoir-faire et savoir-être.
Beaucoup de spécialistes en approche par compétences s’entendent également sur le fait que la tâche à réaliser pour prouver sa compétence doit être «inédite» : l’apprenant (ou l’employé) compétent doit pouvoir se débrouiller dans des situations nouvelles et inattendues, quoique relevant d’une même «famille de tâches» déterminée.

Parmi les critiques de cette approche par compétences, il y a ceux qui estiment que, derrière le discours généreux et moderniste, se cache une opération de mise au pas de l’enseignement à savoir sa soumission aux besoins d’une économie capitaliste en crise. Quel est votre avis ?
L’approche par compétences est un courant des sciences pédagogiques véhiculant des nouveaux paradigmes d’apprentissage et d’enseignement. Il est normal qu’elle suscite de la résistance, à l’instar de tout changement. Mais, ce que je trouve déplorable est que l’argumentaire critique de l’approche par compétences se nourrisse toujours de l’idéologie. Naturellement, dans le meilleur ou le moins mauvais des mondes, les arguments scientifiques sont dépourvus de tout accent idéologique. Naturellement, ils s’imposent par pur pragmatisme et révèlent, bien sûr, la seule réalité objectivement et efficacement. En matière d’idéologie, une chose sûre et à retenir, le capitalisme contemporain et le néo-libéralisme qui le soutient ne dispensent aucune vision de l’homme, de la société, ni du sens de l’existence. Actuellement, l’idéologie capitaliste n’est fondée que sur la concurrence, la compétition, la consommation, l’accumulation des richesses et l’individualisme. Quoiqu’il en soi, l’approche par compétences, de par les stratégies et pratiques pédagogiques qu’elle privilégie, prépare les apprenants à pouvoir s’adapter, se débrouiller dans des situations nouvelles et inattendues, qu’elle que soit l’idéologie, quel que soit le type d’économie, capitaliste ou autre, en crise ou non.


M O

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“On ne limitera pas le nombre d’observateurs pour les législatives” http://www.liberte-algerie.com/entretiens/on-ne-limitera-pas-le-nombre-d-observateurs-pour-les-legislatives-mourad-medelci-ministre-des-affaires-etrangeres-a-liberte-169571 http://www.liberte-algerie.com/entretiens/on-ne-limitera-pas-le-nombre-d-observateurs-pour-les-legislatives-mourad-medelci-ministre-des-affaires-etrangeres-a-liberte-169571 2012-01-10 09:00:00 Entretiens Abrous Outoudert /Salim Tamani Le chef de la diplomatie algérienne revient, dans cet entretien, sur la phase pratique de la venue d’observateurs étrangers pour les législatives de mai prochain, parle de la spécificité algérienne, du rôle du Qatar, du Sahel, de l’Iran et du cinquantenaire de l’Indépendance nationale.

Liberté : Vous avez évoqué la venue d’observateurs de l’UE pour les législatives. Pouvez-vous nous en dire plus sur le déroulement concret de cette opération ?

Mourad Medelci : Chaque organisation a son propre cadre normatif et ses propres contraintes. Par exemple, l’ONU ne vous enverra pas plus de 10 personnes. La Ligue arabe et l’Union africaine peuvent en envoyer davantage. Mais l’Union européenne peut envoyer beaucoup plus. Le problème de savoir combien seront les observateurs ne dépend pas de nous. Il dépend de chacune des organisations. Ce que nous avons nous-mêmes reçus en tant que directives du président de la République, c’est de faire en sorte qu’il n’y ait aucune contrainte. Si l’un des observateurs veut envoyer 1 000 personnes, alors elles sont les bienvenues. Ce n’est pas l’Algérie qui va contraindre et limiter. Bien au contraire. Quant aux conditions matérielles qui vont prévaloir, elles permettront à chaque organisation de venir s’informer sur le cadre dans lequel les élections vont avoir lieu. L’aspect juridique, les commissions, ainsi que le cadre organisationnel. Ce sont des missions de précurseurs qui vont venir, et au terme de ces missions, dans certains cas, et c’est le cas de l’UE en particulier, il est prévu que nous puissions signer un mémorandum d’entente qui fixe les conditions dans lesquelles ces observations doivent se dérouler. Nous sommes en train de travailler dans ce sens-là. Il y a maintenant bientôt un mois que nous avons saisi officiellement l’ONU, l’UE, l’UA, la Ligue arabe et l’OCI pour leur dire que vous êtes les bienvenues. Nous souhaitons que vous soyez présentes pour nous accompagner dans cette échéance électorale. L’UE a d’ores et déjà répondu, l’UA également. Nous n’avons aucun doute que l’ONU s’associera à cet effort et que la Ligue arabe et l’OCI le feront également. Ce n’est pas la première fois que ces organisations viennent en Algérie pour jouer le rôle d’observateurs. Mais, peut-être que la conjoncture peut influencer les observateurs dans le cadre de l’exercice de leur mission.
En même temps, nous sommes nous-mêmes intéressés par l’amélioration du cadre et des conditions dans lesquels ces observateurs vont travailler. Encore une fois, nous sommes dans une conjoncture où ce que nous appelons le Printemps arabe a exercé des pressions positives sur tout le monde pour mieux faire, y compris sur l’Algérie.

L’Algérie s’est retrouvée seule dans les années 1990 dans sa lutte contre l’islamisme armé. Elle se retrouve aujourd’hui encore dans une situation assez paradoxale vu que les islamistes sont devenus fréquentables dans l’Occident. Quels arguments use la diplomatie algérienne pour défendre cette spécificité algérienne ?

Je ne crois pas que l’objectif de la diplomatie algérienne soit de démontrer la spécificité de l’Algérie. Lorsque cette spécificité relève simplement de l’observation, on ne peut y échapper. Mais ce qui est important, par contre, c’est de souligner que chaque cas est particulier. Sortons un moment du champ de notre pays et observons ce qui s’est passé dans d’autres pays. Qu’il s’agisse de la Tunisie, de la Libye ou de l’Égypte, il y a un tronc commun qui peut nous permettre d’avoir une clé d’analyse et comprendre ce qui s’est passé dans ces pays. Ce tronc commun dans ces pays-là s’est fait durablement connaître par le caractère centralisé de leur gouvernance, pour ne pas dire le caractère excessivement centralisé. Ils se sont fait connaître en même temps par le fait que la liberté d’expression était extrêmement relative, voire réduite.
Il y a aussi un autre point commun qui concerne le caractère conjoncturel, à savoir les difficultés sociales et économiques liées à la crise économique mondiale. Ces facteurs-là sont en partie présents en Algérie, mais pour une autre partie, ils ne le sont pas. Pour les facteurs qui sont présents, ce sont les implications de la crise économique. Vous avez vu que notre dépendance au marché extérieur ne s’exprime pas simplement en termes d’évolution du prix du baril, mais elle s’exprime aussi par l’évolution des prix de tous les produits pour lesquels nous sommes structurellement importateurs, en particulier les produits alimentaires. Nous avons observé au début 2011 que les prix d’un certain nombre de produits alimentaires de base avaient augmenté. Donc, nous n’avons pas été à l’abri de la conjoncture. Par contre, nous avons les moyens de riposte, d’abord à travers une volonté politique de façon à faire en sorte que les contrecoups de cette crise ne soient pas dommageables pour le pouvoir d’achat des familles algériennes, et ensuite à travers des capacités financières afin d’y faire face.
Sur les questions où l’Algérie est différente. D’abord le caractère pluraliste de son système de gouvernance. Ce qui n’est pas le cas dans aucun des pays que j’ai cités auparavant. Nous avons un grand nombre de partis dont la majorité est présente à l’assemblée et il y a un parti qui siège au gouvernement depuis 12 ans et qui est d’obédience islamiste. Nous n’avons pas de problème dans notre pays avec une opposition qui serait privée de liberté ou qui serait emprisonnée. Nous pouvons dire que nous avons fait des progrès énormes en matière de liberté d’expression. Et ces progrès-là signalent à l’attention du monde entier, du monde arabe et africain l’Algérie comme un cas singulier. Bien sûr, dans tous les domaines que je viens de mentionner, il y a encore des progrès à faire. Qu’il s’agisse du pluralisme politique ou de la jonction entre ce pluralisme et l’expression populaire sur le plan politique, les conditions dans lesquelles les Algériens doivent voter en particulier, et qui doivent grâce à vous, grâce à l’effort du gouvernement et grâce aux partis politiques et de la société civile être mobilisés davantage pour que la démocratie basée sur l’urne et le vote soit effectivement utilisée par une majorité d’Algériens.
Cela est important, et de ce point de vue-là, nous avons encore des progrès à faire. Nous avons aussi des progrès à faire du point de vue de l’expression télévisuelle et radiophonique, et là, la loi qui vient d’être votée donne la possibilité désormais au secteur privé national de s’investir dans ce champ à partir de cette année. Je dois, en revanche, vous dire que nous ne sommes pas à l’abri de la crise économique qui, malheureusement, perdure et qui pourrait se traduire demain, il ne faut pas l’exclure, par une réduction de la demande sur les produits pétroliers qui pourrait être le corollaire d’une crise économique prolongée, y compris en Europe. C’est un scénario qui nous placerait devant une situation de moindre revenu du fait de notre qualité de mono-exportateur. Nous avons, à travers notre histoire, vécu un moment particulier en 1986, lorsque les prix du baril ont chuté de manière importante. Bien sûr, les sociologues et les historiens auront chacun un regard. Mais nous sommes plusieurs à penser que cette période et cette chute brutale du pétrole ont été la cause de ce que nous avons vécu en 1988. C’est une expérience. Nous l’avons traversée pour pouvoir s’en prémunir. Nous avons de cette expérience tiré un nouveau système politique puisque 1988 est venu conclure une sorte de malaise au sein des forces sociales algériennes qui s’est transformé en une révolte, et cette révolte a donné une nouvelle Constitution, le multipartisme et la liberté d’expression.
Mais nous n’avons pas oublié 1986 pour autant. Et lorsqu’en 2000, le premier gouvernement du président de la République a été mis en place, l’une des premières décisions a été de créer le Fonds de régulation des recettes qui permet de gérer les évolutions drastiques des prix du baril. Nous sommes aujourd’hui dans une position qui nous permet de faire face à des évolutions de conjonctures puisque, d’un côté, nous avons des réserves de changes qui sont confortables et des réserves en dinars qui le sont aussi. La lisibilité de nos plans de développement est mieux assurée. Et nous sommes à notre troisième plan de développement qui est financé par des fonds propres sans recourir à l’extérieur ni à l’endettement.

Mais qu’en est-il des IDE ?

Nous espérons que les investisseurs soient plus nombreux en tant que nationaux, mais aussi en tant qu’étrangers. C’est vrai que la situation sur 10 ans a évolué de manière positive et que les investissements (publics, privés, nationaux et investissements étrangers) ont évolué à la hausse. Mais cela reste insuffisant. Alors, la question est de savoir pourquoi ? Est-ce que cela est dû aux répercussions de la crise financière internationale ou au cadre juridique existant en Algérie ? Il est vrai aussi que la compétition n’est pas facile à assumer, y compris pour un pays comme le nôtre qui a fait énormément de progrès au niveau du droit économique et des infrastructures économiques qui sont offertes aujourd’hui dans de meilleures conditions et qui peuvent donner la possibilité aux opérateurs d’être plus performants. Parce que lorsque vous avez de bonnes infrastructures, cela signifie que vous pouvez produire et transporter dans de meilleures conditions, et lorsque vous avez un bon système éducatif, cela signifie que vous pouvez être performant au niveau des ressources humaines.
Tous les efforts qui ont été faits, aussi bien au niveau du droit des infrastructures que des ressources humaines ont eu des effets sur les investissements, mais des effets que nous considérons comme étant insuffisants en volume et en structures.

Je suis convaincu que, lors de vos discussions avec vos homologues, certains évoquent le climat d’affaires qui demeure à leurs yeux défavorable… Qu’en pensez-vous ?
C’est le cas du ministre allemand qui vient de nous rendre visite. Mais il faut reconnaître que lorsqu’on est investisseur, on aime pouvoir disposer d’un cadre juridique stable et lisible. Il faut reconnaître que lorsque, dans un pays, et il n’y a pas que l’Algérie où le cadre juridique est remis en cause, d’autres l’ont fait avant nous, ce cadre juridique évolue de manière impromptue, car c’est considéré comme tel par les partenaires étrangers, cela peut changer leur calcul économique.
Pour ceux qui sont là, le problème ne se pose pas, mais ceux qui veulent venir diront que s’il y avait un changement aujourd’hui, il se pourrait qu’il y en ait un autre demain. Et nous risquons de nous retrouver dans une situation qui pourrait troubler l’équilibre économique du projet dont nous sommes porteurs. Mais en même temps, nous leur expliquons que nous avons notre analyse et que cette analyse nous a conduits à prendre nous-mêmes plus d’engagements pour pouvoir booster les investissements et notamment les investissements étrangers.
Jusqu’à présent, nous étions en train d’attendre les IDE, maintenant nous allons les chercher et c’est là la différence. Et pour pouvoir les chercher, il faut que dans le tour de table de l’investissement, vous soyez vous le porteur le plus important d’actions. C’est pour cela que nous avons pris 51% pour pouvoir aller nous-mêmes chercher celui qui va porter les 49% et le porteur des 49%, nous demandons à ce qu’il soit le manager de l’entreprise. Parce que ce dont nous manquons aujourd’hui, c’est le savoir-faire et non l’argent. Et les 51% pourraient être répartis entre plusieurs actionnaires algériens, publics et privés.
Cette explication commence à porter ses fruits et beaucoup parmi les partenaires qui étaient sceptiques quant à cette évolution du cadre juridique commencent à mieux comprendre et à y adhérer.

Beaucoup reprochent à la diplomatie algérienne son absence ou son manque de réactivité dans les évènements qui se sont déroulés dans les pays arabes ?
Certains auraient souhaité que nous allions voler, nous, au secours de révolutions de pays voisins. Ce n’est pas dans la tradition algérienne. Et la discrétion qui a été celle de la diplomatie algérienne à l’endroit de ce que nous appelons aujourd’hui les révolutions tunisienne, libyenne ou autres, c’est simplement la résultante d’un respect que nous portons à chacun de ces peuples et nous allons respecter ce que le peuple veut se donner comme système politique et comme gouvernants. Lorsqu’ils l’auront fait, nous travaillerons avec ce que ces peuples auront désigné comme système et comme gouvernants. Parce que la tradition de la diplomatie algérienne est de travailler d’État à État et non pas avec des régimes. Nous ne défendons aucun régime pas plus le tunisien, le libyen que l’égyptien.
Soyons logiques, nous ne voulons pas que les autres s’immiscent dans nos affaires alors ne comptez pas sur nous pour aller nous immiscer dans les affaires des autres. La souveraineté des États est une question importante. Nous avons des relations excellentes avec les Tunisiens, avec les Égyptiens et nous allons reprendre contact avec les Libyens dès l’instant où les Libyens auront commencé à y voir clair dans leur propre stratégie de retour au calme.

Le Qatar joue un rôle prépondérant au Proche-Orient. Serait-on en train de vivre un changement des équilibres régionaux ?
ll Les pays du Golfe de manière générale ont fait plus de progrès que les pays du Maghreb en termes d’intégration et de coordination de leur politique. C’est un constat qui n’échappe à personne. Le Qatar au sein des pays du Golfe joue un rôle qui le met en pole position afin de se spécialiser dans les médiations pour dénouer les crises. Ils l’ont fait pour le Liban et le font aujourd’hui pour la Syrie. Mais ce qu’il faut ne pas perdre de vue, c’est qu’à chaque fois qu’ils l’ont fait l’Algérie était là.

Pas tout le temps du moins pas dans le cas de la Libye…
Dans le cas de la Libye, le Qatar n’a pas joué un rôle de médiation. Le Qatar a joué un rôle de médiation au Liban, pour la Syrie et le Soudan. Et sur ces trois opérations, l’Algérie était là. Je peux vous dire que personnellement j’étais là pour ces trois opérations. Le Qatar était le coordinateur de notre groupe. Pour le Soudan, c’était un groupe arabo-africain. Pour le Liban, c’était un groupe de la Ligue arabe, et pour la Syrie c’est la même chose. Et à chaque fois que le Qatar est intervenu, il ne l’a pas fait en son nom. Dans la plupart des cas, il intervient au nom de la Ligue arabe.
Dans le cas de la Libye, nous nous sommes retrouvés dans une situation de conflit. Pourquoi ? Parce que la Libye est à la fois un pays africain et arabe. Et notre position devait être cohérente en étant nous-mêmes Africains et Arabes. À un moment donné, nous avons milité en faveur d’une cohésion entre la Ligue arabe et l’UA. Et malheureusement nous n’avons pas réussi. Nous n’étions pas pour aller vers le Conseil de sécurité de l’ONU en tant que Ligue arabe à moins que cela ne soit une conclusion de la Ligue arabe et de l’UA. Nous avons alors demandé un peu plus de temps. Et puis, nous avions espéré que le régime du colonel Kadhafi puisse évoluer sans qu’on ait besoin de faire couler le sang ou de détruire. Avec ce qui s’est passé en Tunisie et en Égypte, nous avions les arguments pour plaider pour un changement pacifique en Libye. C’était notre position.
Malheureusement, la Ligue arabe, ce n’est pas un seul pays puisqu’il y en a 22. La Ligue arabe a transmis un message à l’ONU qui l’a transformé en résolution, la création d’une zone d’exclusion aérienne. La réalité entre la résolution et sa traduction sur le terrain et les dérives qui ont été constatées avec la mort de dizaines de milliers de personnes ont été la destruction d’une partie de la Libye.  Aujourd’hui, nous ne voulons pas revenir sur le passé. Nous avons travaillé dans un cadre arabe où chacun a donné son point de vue. Nous avons donné le nôtre. Mais lorsqu’aujourd’hui se pose le problème de la création ou de l’avènement d’une Libye nouvelle, nous disons : nous sommes là pour aider les Libyens.

Pourquoi ce choix du Qatar dans les médiations ?

Parce qu’il est disponible. Parce qu’il s’est donné vocation d’apporter un soutien et on ne peut pas le lui reprocher. Ce n’est pas une volonté d’hégémonie. Ce qu’il faut savoir, c’est que ce n’est pas évident d’être plusieurs et de se mettre d’accord sur quelque chose. Il n’est pas simple de coordonner un groupe où chacun a son point de vue. La tâche du Qatar dans cette coordination qu’il s’agit du Liban, de la Syrie ou du Darfour n’a pas été simple.

Quel constat faites-vous du Maghreb, de nos relations avec le Maroc qui ne cesse de demander la réouverture des frontières ?
La cohésion dans le Maghreb est en devenir. Cette question du bilatéral et du régional se pose au Maghreb de façon différente. Nous avons un couple algéro-marocain qui du point de vue économique pouvait constituer un moteur pour l’avènement du Maghreb. Ce couple n’a pas fonctionné pour différentes raisons. On évoque souvent le problème du Sahara occidental. Il n’y a pas que cela. Il y a aussi les approches économiques. Le Maroc a adopté un système libéral où le soutien des prix n’existe pas. En Algérie, on était dans un système centralisé où l’État soutient les prix. Il n’était donc pas facile de rouvrir les frontières et de fédérer à l’intégration.
Il y a aussi les dix années où les Algériens ont vécu seuls les pires des situations. Évidemment, le Maghreb, s’il avait été créé avant, aurait pu apporter une solution maghrébine à la crise algérienne. Mais la crise, les Algériens l’ont vécue seuls. Pendant dix ans, on a aussi oublié les objectifs de l’UMA. Maintenant on y revient. Le système économique est un peu plus harmonisé puisqu’on est tous plus au moins inscrits dans le libéralisme. Il y a aussi à la faveur du Printemps arabe, je crois, un peu plus de républiques dans les systèmes politiques de la région et il devrait normalement se créer un mouvement de confortement de l’UMA à partir de 2012. Je ne connais pas un pays du Maghreb aujourd’hui qui ne porte pas en lui l’espoir que cette nouvelle situation ne puisse donner enfin la possibilité au Maghreb de se mettre en ordre de marche.

La guerre en Libye a créé une situation d’instabilité au Sahel. Nos partenaires européens expriment de plus en plus leurs inquiétudes dont la dernière en date émane du MAE allemand. Quelle lecture faites-vous des menaces et qu’attend l’Algérie de ses partenaires occidentaux ?
D’abord qu’ils comprennent que la question de la sécurité concerne les pays eux-mêmes. Ils ont bien compris que les pays du pays veulent bien s’approprier les questions de sécurité et développements, et ce, à la faveur d’une coopération à l’intérieur des pays du champ plus importante que par le passé. Mais les pays du champ chacun d’entre eux séparément a des relations avec les pays partenaires, américains, européens asiatiques ou autres. Nous avons pensé qu’au niveau des pays du champ qu’il serait bon de discipliner un peu la relation avec les partenaires et ne pas les laisser simplement sur un plan bilatéral. Mais il faut leur donner sur le plan multilatéral plus de lisibilité et plus de force. C’est cela le sens de la Conférence de septembre 2011. Aujourd’hui, ce que nous demandons aux pays partenaires, c’est de mieux former nos cadres en termes de développement et de sécurité, de mieux gérer le renseignement avec nous parce qu’ils ont des moyens techniques que nous n’avons pas. Et de nous aider à acquérir des équipements parce que cela est nécessaire.
C’est ce que nous avons demandé aux pays partenaires et ils l’ont bien compris. Bien évidemment, nous leur avons également demandé de faire en sorte que l’aide publique au développement puisse considérer le Sahel comme une priorité. C’est la région où sont situés les foyers de tension et de pauvreté les plus lourds.
Maintenant, nous avons un accord sur la démarche, nous savons qui doit faire quoi. Il faut maintenant faire. Et faire en sorte que chacun des pays puisse accompagner la déclaration qu’il fait par des gestes.

Le débat sur l’histoire attendu pour le cinquantenaire a été entamé à l’occasion de la polémique franco-turque sur le génocide arménien. L’Algérie s’est-elle préparée à faire face à la campagne de l’extrême droite surtout que la présidentielle française ne manquera pas d’utiliser le thème de la mémoire pour ramasser des voix ?

La mémoire n’est pas une affaire classée. La mémoire des peuples est inviolable. Personne n’a le droit de la violer et personne n’a le droit d’oublier. La vérité s’imposera et s’impose déjà et s’imposera encore davantage à tout le monde. Maintenant, le cinquantième anniversaire, c’est d’abord pour nous en Algérie. Nous devons faire le point de ce qui a été fait en 50 ans. Voir quelles sont les lignes de force, les lignes de faiblesse et comment nous améliorer dans le futur. C’est cela le plus important. C’est de faire en sorte que notre génération qui va disparaître puisse passer le témoin à la génération qui vient. Et le cinquantième anniversaire est une formidable occasion de transférer sur les générations montantes l’esprit de Novembre et le sacrifice du peuple algérien et c’est cet esprit que nous sommes en train de constater avec grand plaisir de solidarité entre Algériens et d’ambitions portées par les Algériens pour aller vers l’émergence.
Le problème de la mémoire et des conflits que la mémoire a pu engendrer dans les relations entre tel ou tel pays ne dépend pas d’un anniversaire. C’est quelque chose qui est de l’ordre du constat.

Quel est l’état de nos relations avec l’Iran sachant que l’Algérie a constitué un canal de discussion dans le cadre du conflit sur le nucléaire ?
Le problème de la limite entre le nucléaire civil et militaire est géré par l’AIEA. Et c’est à l’AIEA de trouver les solutions pour mieux le gérer. Je crois que pendant longtemps, nous avons géré les doutes. Peut-être que nous ne savons pas gérer les faits. Et parce que nous ne savons pas correctement gérer les faits, nous gérons les doutes. Le cadre normatif dans lequel fonctionne l’AIEA est lui-même sujet à évaluation, autoévaluation et amélioration. Nous devons réduire le champ du doute et gérer les faits. Parce que le droit international peut être à l’origine d’erreur monstrueuse s’il devait être actionné sur la base de doutes seulement.

Comme la guerre contre l’Irak…
Je ne vous le fais pas dire.

L’élargissement de l’aéroport d’Alger a été décidé et l’un des objectifs est de préparer l’Algérie à l’Open Sky. Qu’en est-il des discussions avec l’OMC ?
Comment faire en sorte qu’une ouverture dans le domaine de l’aviation puisse se faire sans que le pavillon algérien ne puisse pas lui-même évoluer dans le bon sens. Cela suppose que le pavillon algérien se renforce pour aller à l’Open Sky.


A. O./S. T.

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“en 2014, Sanofi produira 80% de ses médicaments destinés au marché algérien” http://www.liberte-algerie.com/entretiens/en-2014-sanofi-produira-80-de-ses-medicaments-destines-au-marche-algerien-mm-antoine-ortoli-et-thierry-lefebvre-responsables-du-groupe-sanofi-aventis-a-liberte-168568 http://www.liberte-algerie.com/entretiens/en-2014-sanofi-produira-80-de-ses-medicaments-destines-au-marche-algerien-mm-antoine-ortoli-et-thierry-lefebvre-responsables-du-groupe-sanofi-aventis-a-liberte-168568 2011-12-24 09:00:00 Entretiens Farid Abdeladim Dans cet entretien, accordé exclusivement à Liberté, le vice-président international et porte-parole du leader international du médicament, Sanofi-Aventis, M. Antoine Ortoli, et le directeur général de Sanofi-Algérie, M. Thierry Lefebvre, défendent avec fierté, leur choix d’investir en Algérie.

Liberté : En votre qualité de responsable n°2 du groupe, comment évaluez-vous, aujourd’hui, les activités de Sanofi Aventis ?

M. Antoine Ortoli : Ma responsabilité est sur un périmètre géographique qui est relativement large incluant l’Amérique latine, l’Afrique, le Moyen-Orient, une partie de l’Asie, l’Inde, la Turquie qui remonte sur la Russie, l’Ukraine, etc. Donc, la plupart de ces pays sont des pays dits émergents. je n’aime pas tellement ce mot parce qu’il y a plein de pays qui ont déjà émergé, mais beaucoup plus de pays à forte croissance où nos marchés sont en développement rapide, donc c’est une responsabilité sur l’ensemble de ces opérations, c’est à peu près sur 15 000 personnes et un chiffre d’affaires très conséquent. Les pays émergents étant pour le groupe ce qu’on appelle une plate-forme de croissance, c’est-à-dire un axe de développement important et nous y sommes aujourd’hui les leaders incontestés, tout simplement parce qu’effectivement depuis très longtemps, on est convaincu qu’une partie de l’avenir se déroulera dans ces territoires.

Vous avez dit un chiffre d’affaires “très conséquent”, pouvez-vous nous révéler le montant exact ?
M. Antoine Ortoli : Sanofi, qui devrait être la première compagnie mondiale en 2012, puisque Pfizer nous laisse la première place, fait un chiffre d’affaires d’un peu plus de 30 milliards d’euros pour 110 000 personnes, et nous sommes présents dans plus de 100 pays.

Quelle est la part du chiffre d’affaires de Sanofi en Algérie ?
M. Thierry Lefebvre : En Algérie, notre chiffre d’affaires, en 2011, est de l’ordre de 21 milliards de dinars, soit 210 millions d’euros. Avec les partenariats, on arrive à produire aujourd’hui 50% des volumes et l’an prochain à 60% des volumes.

Quel est le but de votre visite en Algérie, M. Ortoli ?

M. Antoine Ortoli : Le but de mon voyage c’est évidemment de rencontrer mes équipes locales, ce que j’aime bien faire. Ici, nous avons une équipe importante de 650 personnes au total. Ceci, d’une part. D’autre part, c’est aussi une occasion de rencontrer un certain nombre d’autorités en particulier le ministre de l’Industrie, et celui des finances, et bien sûr nous avons rencontré notre partenaire unique et privilégié qui est Saidal. Pour ma part, l’objectif est clair : il s’agit de reformuler ou formuler la confiance et notre engagement sur le marché algérien qui est pour nous stratégique ; c’est un marché important, c’est un marché de plus de 2 milliards d’euros, c’est un marché en croissance, c’est un marché où les produits sont remboursés. En Algérie, il y a effectivement des besoins dans nos domaines d’excellence, à savoir le diabète, l’oncologie et bien d’autres domaines. Je dis confiance, c’est parce que c’est un marché que nous connaissons bien, nous y sommes depuis plus de 20 ans, quelles que soient les circonstances. Nous avons fait le choix d’investir et de rester même durant les moments les plus difficiles qu’a traversés l’Algérie, contrairement à d’autres groupes, parce que le nôtre a une certaine éthique, une certaine culture. on n’est pas simplement là pour être opportunistes et partir au moment où les choses deviennent compliquées. Donc à un certain moment, on a accompagné nos patients et les autorités de santé dans une logique de partenariat pendant toutes les années difficiles qu’avait connues l’Algérie, et nous en sommes fiers parce que l’industrie pharmaceutique n’est pas une industrie comme les autres ; elle est là pour accompagner les gens qui sont malades et ayant besoin de soins ; les patients sont au centre de nos préoccupations et tous les professionnels qui les entourent, les médecins et bien sûr les autorités de la santé qui sont pour nous un partenaire de premier niveau.

Pouvez-vous nous dire sur quoi ont porté vos entretiens avec les autorités algériennes ?
M. Antoine Ortoli : Après cet engagement renouvelé, cette confiance aussi, les autorités nous ont demandé d’avoir une nouvelle approche du marché pharmaceutique, c’est-à-dire de ne plus être simplement un importateur de produits finis, créant des valeurs ajoutées à l’extérieur de l’Algérie, mais d’être un partenaire capable de fabriquer dans une très grande majorité les produits qui sont vendus sur le marché algérien, et de créer à la fois de l’emploi parce que je pense que c’est la vocation profonde d’un groupe et notre président qui a été son fondateur (aujourd’hui en retraite) disait : “Je fais ce groupe pour les hommes et les femmes qui le constituent pour les pays où nous serons implantés.” Il disait au passage : “je veux être algérien en Algérie et brésilien au Brésil”, et je pense que ceci reste un élément très fort de notre culture. Je considère, aujourd’hui, que nous sommes des algériens en Algérie. Ne nous sommes pas une multinationale qui est là simplement pour tirer profit, pour être purement opportuniste. Nous sommes là dans la durée, dans la continuité et dans l’engagement et la confiance.

Quels sont vos projets futurs en Algérie ?

M. Antoine Ortoli : Dans ce cadre-là, effectivement, nous avons décidé, (et c’est une décision lourde pour notre groupe), d’élargir notre capacité de production et de la remettre au niveau des technologies des plus modernes. Notre grand projet consiste en la construction d’une nouvelle usine dans la ville nouvelle de Sidi-Abdallah. C’est un projet qui entre dans le cadre d’extension des activités de Sanofi-Aventis en Algérie. La construction de cette usine coûtera quelque 77 millions d’euros. Elle nous permettra, dès qu’elle sera opérationnelle, de couvrir environ 80% des volumes des médicaments distribués sur le marché algérien. Aujourd’hui, plus de 60% des médicaments vendus par notre groupe en Algérie sont produits ici, dans nos usines ou par nos partenaires. Mais, on veut aller plus loin pour atteindre plus de 80% avec la construction de cette usine, d’ici à 2014, c’est un outil qui garantira la qualité de nos produits et qui permettra la création d’emplois ; ce sera une fierté pour nous mais aussi pour l’Algérie. c’est un bel investissement. À présent, nous travaillons à la partie d’engineering, c’est-à-dire à la conception de cette usine. En parallèle, nous travaillons également sur l’obtention du terrain qui sera l’objet d’une concession, le dossier ayant été approuvé par l’Andi. La démarche administrative suit son cours et on espère signer cet accord de concession à peu près d’ici le 2e trimestre de l’année 2012. Ce qui nous permettra de déposer le permis de construire, et de donner le premier coup de pioche avant la fin de l’année 2012, et de faire une inauguration comme il se doit. Logiquement, on fabriquera les premiers lots de médicaments, après validation, avant fin 2014.

Quelle est la quantité de médicaments fabriqués et distribués par votre groupe aujourd’hui, en Algérie ?
M. Thierry Lefebvre : Aujourd’hui, on parle de 70 millions de boîtes de médicaments distribuées, c’est-à-dire 35 millions de boîtes fabriquées localement, et l’année prochaine on sera à 38 ou 40 millions de boîtes. Avec l’ouverture de la nouvelle usine, en 2014, on espère atteindre entre 70 et 80 millions d’unités. Elle a été agréée pour avoir une capacité plus importante et faire face à notre croissance future pendant les années qui suivent.

Une fois cette usine (sera) ouverte, en 2014, allez-vous cesser d’importer vos produits ?
M. Antoine Ortoli : Non ! On continuera toujours à importer certains de nos produits parce qu’une usine ne peut pas maîtriser toute les technologies ; il y a des technologies sophistiquées dans les domaines de l’oncologie et/ou des biotechnologies qui nous pousserons, pour des obligations industrielles ou de raisons de maîtrise de la technologie, à continuer à importer. Reste que notre souhait le plus secret, c’est qu’on puisse aussi utiliser cette usine pour exporter vers d’autres pays. Je pense qu’aujourd’hui il y a quatre préoccupations majeures qui sont l’environnement (c’est-à-dire avoir une usine propre), la création d’emploi, le transfert des technologies, deux choses que nous faisons déjà, et enfin la contribution sous forme d’exportation. C’est quand même le souci de tous les pays, en particulier l’Algérie, de rééquilibrer sa balance commerciale, et nous étudierons en temps utile les opportunités pour pouvoir exporter à partir de cet outil qui sera de niveau tout à fait international.

Avez-vous été approché par les autorités algériennes pour la production des vaccins, notamment ceux destinés aux enfants ?

M. Antoine Ortoli : Dans notre organisation, Sanofi-Pasteur qui est leader mondial dans le vaccin, est une entité autonome, donc elle n’est pas directement sous ma responsabilité. C’est pour cette raison que je n’aime pas trop parler au nom de mes collègues. Je sais qu’il y a un souhait, à un moment donné, de trouver des partenariats dans le domaine du vaccin, mais je ne peux pas vous en dire beaucoup plus aujourd’hui. Je laisserai mes camarades, mes collègues en charge du vaccin s’exprimer. Mais, effectivement, c’est un domaine stratégique autant pour les autorités de santé algériennes que pour nous. Pour nous, tout souhait de localisation de production est à regarder avec beaucoup d’attention et également beaucoup d’engagement.

Par ailleurs, vous n’êtes pas sans savoir que des ruptures cycliques des anticancéreux sont signalées en Algérie. Avez-vous été sollicité, en tant que producteur spécialisé dans le domaine d’oncologie, par les autorités pour contribuer à remédier à cette situation ?

M. Thierry Lefebvre : Ce que je dirai concernant les problèmes d’oncologie, c’est que nous avons livré nos produits tout au long de l’année, à chaque fois que des commandes nous ont été données. Tous les produits nous les avons livrés de façon systématique, et nous les avons livrés malgré des retards de paiement énormes que la PHC avait avec nous. Pour nous, l’éthique et la santé du patient est notre préoccupation en permanence, donc les produits d’oncologie ont été livrés à chaque fois que nous avons eu des commandes. Aujourd’hui, cette question de dette a été réglée.

Alors, la PCH ne vous doit plus rien aujourd’hui ?

M. Thierry Lefebvre : Aujourd’hui, je confirme que la PCH a honoré toutes ces dettes envers le groupe. Juste avant, nous avons eu une très bonne surprise d’apprendre qu’un autre co-client sur la PCH, soit effectivement apuré. Ce qui est véritablement appréciable. mais, néanmoins, à aucun moment nous n’avions posé la question de savoir si nos patients devaient être soignés ou pas. Ils devaient être soignés et on a été confiant aussi que cette dette importante serait liquidée un jour. C’est arrivé juste avant nous, et ça était une bonne date.

En matière de gestion du médicament, comment trouvez-vous l’Algérie par rapport à d’autres pays ?

M. Thierry Lefebvre : D’abord, je crois que tous les pays ont leurs règles et leurs modes de fonctionnement et qu’il nous appartient de nous adapter. L’Algérie où je vis depuis maintenant 18 mois est un pays qui fonctionne très bien et j’y fonctionne avec plaisir. Après qu’il y eut des difficultés ici ou là, cela fait partie des affaires, ça fait partie de nos rôles de savoir les gérer et aider l’entreprise à les gérer.

M. Antoine Ortoli : Si je compare l’Algérie à d’autres pays, je dirais que, pour moi, l’Algérie n’est pas un pays qui me crée plus de problèmes que les autres pays. Et, j’ai une bonne base statistique parce que je gère 90 pays. Les difficultés qu’on peut y avoir sont parfois la conséquence d’un défaut de communication et de dialogue, mais ni plus ni moins.

Un dernier message pour conclure…

D’abord, nous sommes le groupe Sanofi, mais nous sommes algériens en Algérie. Deuxième chose, notre métier c’est vraiment d’être au service des patients, et c’est ça qui est véritablement notre vocation et ce qui est au cœur de nos préoccupations. Troisièmement, effectivement nous sommes en Algérie depuis longtemps, nous y sommes bien, nous y sommes en confiance, et notre engagement est un engagement à long terme. Il est évident que dans cet engagement c’est l’investissement qu’on est prêt à faire au travers cette usine nouvelle qui sera pour nous un fleuron et je l’espère également pour la santé publique en Algérie. Donc, ce sont des messages positifs…
F. A.

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Hadja Labib : « Pourquoi pas l’Algérie ? » http://www.liberte-algerie.com/entretiens/hadja-labib-pourquoi-pas-l-algerie-d-origine-algerienne-elle-presente-le-jt-de-rtbf-168531 http://www.liberte-algerie.com/entretiens/hadja-labib-pourquoi-pas-l-algerie-d-origine-algerienne-elle-presente-le-jt-de-rtbf-168531 2011-12-22 21:00:00 Entretiens Arezki Mokrane On la voit présenter régulièrement le journal télévisé de la chaine publique francophone belge la RTBF. Le gardien qui surveille l’entrée du siège de la radio et de la télévision se montre néanmoins stupéfait d’apprendre que cette journaliste qu’il apprécie tant pour ses reportages est d’origine algérienne. « Liberté » l’a rencontrée entre la présentation du Journal de 13 heures et sa réapparition sur le petit écran belge au JT de 19h30

Hadja Labib, vous êtes née en Belgique le 21 juin 1970 dans cette région minière qu’était le Borinage où votre père, originaire de petite Kabylie, avait trouvé du travail. Comment avez-vous vécu cette période de votre prime enfance à Boussu ?

Ce sont des souvenirs très vagues puisque je suis partie vers  deux ans et demi. Le seul souvenir que j’ai encore ce sont les cochons dont j’avais peur. Je me souviens même que j’étais tombée à la renverse alors qu’ils se dirigeaient vers la baignoire  qui leur servait de mangeoire. On est retourné dans cette région par la suite et j’ai vu des amis de parents, Lucienne et Marius, ça fait petite Belgique de dire cela, mais, pour la petite histoire je suis née le même jour que Lucienne. Elle avait dit à ma mère « Ah ! Il faut que tu accouches le 21 juin ; c’est un chouette jour. C’est le premier jour de l’été ! » Et puis ma mère, le matin même est partie à l’hôpital de Warquignies pour accoucher. Lucienne, sachant que ma mère ne savait pas très bien s’exprimer en français à l’époque, avait précisé que c’était de l’humour et qu’il ne fallait pas le faire, mais elle devait vraiment accoucher donc je suis née le même jour que Lucienne et pendant des années on a gardé une correspondance d’anniversaire avec cette charmante Lucienne qui est décédée depuis malheureusement. J’ai des souvenirs imprécis de campagne éloignée mais où il y a toujours une communauté algérienne présente sur place. Ensuite, on est allé à Bruxelles, à Saint-Josse, très exactement, dans l’immeuble « Coca Cola » du boulevard Emile Jacqmain. En fait, j’ai donc grandi plutôt à Bruxelles.

Et là, à Bruxelles, il y a des figures marquantes comme celle de cet instituteur Etienne ?
Je vois que vous êtes bien renseigné ! En fait, j’étais dans une petite école à Saint-Josse et après, je suis allée à l’école du Canal, l’Ecole 12-20.C’était une école avec 99% d’immigrés, essentiellement des Marocains-, et puis quelques Belges perdus dans cette jungle de l’immigration .Il y a là des professeurs qui m’ont marqué au début mais ces souvenirs sont plus estompés. Je me souviens de cette première enseignante qui m’a appris à écrire. Et puis celui avec qui j’ai fait mes deux dernières années, la cinquième et la sixième, Monsieur Etienne, qui était un grand voyageur. Il avait le mérite de nous faire partager ses photos. Il projetait des diapositives à chaque rentrée scolaire. Il avait parcouru des pays fabuleux : l’Inde, l’Ile de Pâques, et, pour nous qui restions en Belgique, ou qui allions au bled, c’était extraordinaire ! Peut-être est-ce lui, du reste, qui m’a donné un peu le goût du voyage, de la découverte et de l’ouverture au monde !


Après cela, vous entreprenez des études supérieures en entrant  à l’Université Libre de Bruxelles où vous allez achever, en 1992, une licence en journalisme. Un passage à RTL et vous entrez à la télévision publique belge, la RTBF…

Le hasard a voulu que je fasse un stage à RTL. J’ai été ensuite repérée par RTL qui m’a engagée et m’a donné des piges et, ensuite, des contrats. Mais pendant mon congé de maternité, j’ai appris qu’il y avait un examen de recrutement à la RTBF Liège. Comme j’étais dans les couches, cela me demandait une petite préparation et une mise à niveau. Vous savez que lorsqu’on a un premier bébé, on décroche du monde et j’ai passé cet examen. Après on m’a contactée en me disant que j’étais première lauréat. Je n’y croyais pas trop en répondant « envoyez-moi le diplôme et je l’afficherai ! » et je croyais que cela allait s’arrêter là. Mais, contre toute attente, on m’a téléphoné en me fixant rendez-vous et le rédacteur en chef de l’époque, qui était Michel Konen, a demandé à me voir et puis on a parlé plus sérieusement d’un éventuel transfert. Ca s’est fait.

Il est quand même rare- et les statistiques le montrent- que des enfants issus de l’immigration, ou des enfants issus d’un milieu ouvrier tout simplement, aient accès à l’Université. Vous avez conscience d’appartenir à une catégorie de « privilégiés » ?


Je ne sais pas si…

Mais vous avez quand même franchi pas mal d’obstacles. Et votre famille comment a-t-elle réagi en apprenant votre orientation ?
Très simplement. Je pense qu’avec beaucoup de réserve, sans doute propre à ma famille et à l’éducation qu’on m’a donnée, on  reste « nous ». J’ai vu une fois mon père.  Au tout début de ma carrière,  un reportage qui  avait été enregistré  passait sur antennes  alors que je me trouvais chez mes parents. On annonce un reportage d’Hadja Labib et j’ai vu mon père légèrement frissonner des narines et je me suis dit qu’il était fier. Mes parents doivent être fiers mais ils ne me l’ont jamais dit. Je crois qu’avant tout pour eux, je suis leur fille et cela me fait du bien parce que je sais que lorsque  je franchis la porte de la maison de mes parents, je ne suis pas Hadja Labib.Je suis Hadja, leur fille et c’est tout ! Après, ils sont contents si cela va bien pour moi et ils sont tristes si ça ne va pas et qu’ils me voient tracassée, angoissée…ou qu’ils apprennent que je vais loin, dans des pays où il y a la guerre. Ca les inquiète mais très peu de mots sont  exprimés. Ils auraient sans doute préféré que je sois médecin ou infirmière , ce qui aurait été davantage ce qu’ils avaient imaginé me concernant , ou simplement…mère de famille, bien mariée, tranquille chez elle, pourquoi pas. Je pense que ce qu’ils veulent avant tout c’est que je sois heureuse.

Quand on voit vos reportages, il n’y a pas mal de pays  parcourus : le Bengladesh, la Turquie, l’Afghanistan, la Tchéquie, la Slovaquie, le Tchad, le Pakistan, la Palestine, l’Inde, le Maroc, mais pas l’Algérie…

C’est le hasard ! En fait quand je suis arrivée à la rédaction internationale l’actualité n’était plus en Algérie. Sans doute que si j’y avais été pendant les « événements » comme on les a appelés, les élections confisquées du FIS, la violence qui a suivi et tout cela, sans doute que je serais partie. Mais ça s’est passé au début des années quatre-vingt-dix et je ne suis pas encore diplômée à l’époque .J’étais à peine arrivée à RTL où je m’occupais des faits divers et c’est un moment de l’Histoire que je n’ai pas pu « couvrir ».
Après j’étais tout le temps « envoyée spéciale » et il fallait être dans l’actualité « chaude » qui se trouvait dans les territoires, dans la deuxième intifada ou en Afghanistan par la suite. C’était dans les années 2000.

Vous savez que l’Algérie est en pleine métamorphose. Des projets audiovisuels sont en cours. Si l’Algérie faisait appel à vos compétences, comment réagiriez-vous ?
J’avoue que j’aime la nouveauté. J’aime la découverte. Je ne connais pas l’Algérie. Je connais juste le village de mes parents dans la région de Blida et de Sétif dont ils sont originaires. Je dirai « oui » sans aucun doute ! Peut-être avec un petit pincement au cœur en plus parce que c’est l’Algérie et que peut-être …Je n’ai toutefois pas l’impression d’être le porte-drapeau d’une nationalité. Je vais rester honnête .J’ai  toujours affirmé que je ne me sentais pas représentative de l’immigration plus qu’une autre. Je n’ai pas choisi d’être femme ou d’être issue de l’immigration. C’est le hasard. C’est comme ça et après, moi, je me sens bien partout où je rencontre des gens que j’aime. Où il y a un challenge à emporter. Où il y a de la découverte. Où je peux exercer mon métier et faire évoluer. Donc pourquoi pas ! Mais comme je pourrais répondre oui pour le Burkina Faso mais ce serait pour moi l’occasion de renouer avec un pays où je n’ai plus mis les pieds depuis mes 19 ans ; Ca remonte donc à une période lointaine déjà parce que j’ai d’autres choses à découvrir et que j’ai toujours voulu me rendre dans des contrées étrangères et lointaines. Mais pourquoi pas l’Algérie, bien sûr.

Boussu, c’est une région intéressante à plus d’un titre, mais c’est proche de la ville d’Hornu où s’est déroulé un Congrès important réunissant les leaders nationalistes algériens en juillet 1954, quelques mois avant le déclenchement de la lutte armée pour l’indépendance. Vous avez connaissance de cela ?
Vous me piégez là. Je vais paraître tout-à-fait bête…

Ce Congrès a été important …

Eh bien ! Vous me l’apprenez. J’ai appris quelque chose aujourd’hui. Merci ! Mais j’ai toujours soupçonné quelque chose. J’ai fait mon mémoire sur le « silence de la guerre d’Algérie » avec une historiographie de 1962 à 1992. Mon père ne m’a jamais parlé de cette guerre. Jamais ! Pas  un mot ! Et quand le mémoire a été publié en sortant tout chaud de la photocopieuse, j’en ai gardé un exemplaire et je l’ai montré à mon père. J’étais sidérée de constater qu’en commençant à tourner les pages et  qu’il a vu toute la documentation mentionnée à la fin de l’ouvrage et au vu des noms de tous les fondateurs du FLN, il les connaissait tous ! Je lui ai fait remarquer qu’il n’avait jamais parlé de cela et il m’a répondu « C’est le passé ! ». Voilà. C’était le silence de la guerre d’Algérie. C’est mon père et le premier fruit de ce silence c’est nous, les enfants qui ne savent pas ce qui s’est passé, ni en Belgique, ni à Hornu, ni même en France. Voilà. Moi, c’est une guerre que j’ai dû découvrir comme n’importe qui, comme si j’avais été Turque ou que sais-je. En puisant dans les livres mais certainement pas par un savoir transmis par mes parents. C’est comme ça…


Propos recueillis à Bruxelles par Arezki MOKRANE

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“L’Algérie n’a pas aujourd’hui de véritable stratégie Énergétique http://www.liberte-algerie.com/entretiens/l-algerie-n-a-pas-aujourd-hui-de-veritable-strategie-energetique-chems-eddine-chitour-professeur-a-polytechnique-et-directeur-du-laboratoire-de-valorisation-des-energies-fossiles-a-liberte-168405 http://www.liberte-algerie.com/entretiens/l-algerie-n-a-pas-aujourd-hui-de-veritable-strategie-energetique-chems-eddine-chitour-professeur-a-polytechnique-et-directeur-du-laboratoire-de-valorisation-des-energies-fossiles-a-liberte-168405 2011-12-21 09:00:00 Entretiens Said SMATI Cet éminent spécialiste des questions énergétiques aborde dans cet entretien l’état de nos réserves en pétrole et gaz, la question du développement du potentiel de gaz de schistes et suggère des pistes pour mettre en œuvre une politique énergétique beaucoup plus efficiente.

Liberté : Quel est l’état des lieux de nos réserves de pétrole et de gaz ?

Chems Eddine Chitour : Nous avons à peu près en ce qui concerne l’énergie 12 milliards de barils sur des réserves mondiales de l’ordre de 1300 milliards de barils, donc moins de 1%. Chaque année on fait de nouvelle découvertes 10, 15, 20. Mais ces nouvelles découvertes ne couvrent pas la production annuelle. En clair, nous entamons les réserves. Globalement, les découvertes sont de l’ordre de 60 à 70% de la production. Ce qui veut dire que 30% sont puisés dans les réserves. Nous avons donc des réserves de pétrole sur le déclin. Et l’AIE disait, 2009, que les réserves de l’Algérie lui permettraient d’exporter jusqu’à 2030. Au-delà de 2030, sa production suffirait à peine à ses propres besoins. C'est-à-dire autour de 0,7 million de barils jour. Actuellement, nous sommes à peu près à 0,2 million de barils jour. L’équivalent de 10 millions de tonnes. Nous serons en 2030 à 0,7 c'est-à-dire 35 millions. Ce qui veut dire qu’à partir de 2030, l’Algérie ne sera pas un exportateur de pétrole. C’est un peu ce qui est arrivé à l’Indonésie. Sauf que l’Indonésie avait préparé son développement. En 1970, l’Algérie était à peu près à 60% de dépendance du pétrole, comme l’Indonésie. Quarante ans plus tard, l’Algérie est à 98% de dépendance. L’Indonésie est à 10%. Pourquoi ? Parce que, entre-temps, l’Indonésie est devenue un dragon de l’Asie du Sud-Est. Donc du point de vue pétrole, je crois que le destin de l’Algérie est scellé. Il reste naturellement le gaz. Le gaz, là aussi, les statistiques varient, mais globalement on dit que nous aurions l’équivalent de 4000 milliards de m3 de gaz. Les réserves sont à peu près de 180 milliards de tep, c’est-à-dire l’équivalent de 3% à 3,5% des réserves mondiales. Donc, notre destin est plutôt gazier que pétrolier. Ceci étant dit, le problème du gaz, c’est que nous sommes en train de gaspiller d’une façon frénétique une ressource qui n’est pas durable. Nous exportons l’équivalent de 80 milliards de m3. Nous consommons à peu près 20 milliards. Donc globalement cela fait 100 milliards de m3 par an. Sur des réserves de l’ordre de 4000 milliards, cela fait quarante ans. Ce qui veut dire que là aussi vers 2040, 2050, le gaz naturel ne sera plus un facteur déterminant de la production de richesses. La rente ne sera pas au rendez-vous.

Mais on dit que le domaine minier national n’est exploité qu’à une faible proportion. N’y aurait-il pas des possibilités d’augmenter les réserves si le domaine minier national était exploité convenablement ?

C’est mon vœu le plus cher. Il est vrai que l’exploitation de puits aux états-Unis est d’un puits tous les 100 km2. Ici nous avons un puits tous les 10 000 km2. Nous avons 100 fois moins exploité notre domaine minier que ne l’ont fait les Américains. Cependant, la nature géologique du sous-sol algérien est assez connue. Il est possible de trouver de petits gisements, mais ce n’est pas demain qu’on trouvera un super géant comme Hassi Messaoud. Ça c’est à l’échelle mondiale. Il y a un déclin des géants. Tous nos puits actuellement, la plupart en tout cas, travaillent avec des méthodes de récupération. Le pétrole ne jaillit plus. Vous êtes obligé d’aller le chercher soit par pompage soit par injection d’eau ou de gaz. Vous payez et le prix du baril extrait est évidemment plus cher. Mais ce qui est favorable, c’est que le prix du pétrole n’ira qu’en augmentant. L’AIE a dit que nous avons dépassé le peak oil en 2006 2007. Nous sommes actuellement dans ce qu’on appelle un plateau ondulé. Nous entamons en fait le déclin, et Christophe de Margerie, PDG de Total, dit qu’en 2030 nous serions très heureux si nous arrivions à 100 millions de barils/jour de production mondiale de brut. Actuellement, nous sommes à 88 millions de barils/jour. Cela veut dire que c’est poussif. En mettant en œuvre des méthodes, on arrivera peut-être aux 100 millions de barils/jour. Avec des prix qui, semble-t-il, tourneront autour de 300 dollars le baril. Donc,100 millions de barils/jour c’est une possibilité, mais on n’est pas sûr d’y arriver. Ceci étant dit, il ne faut pas vivre sur des hypothèses d’avenir. Je mets en garde en quelque sorte le citoyen contre le fait qu’il se dise : “J’ai le temps. Il n’y a pas le feu. Je peux encore continuer à gaspiller.” C’est une erreur. Ça permettra de reculer des échéances mais la facture à payer sera encore plus chère le moment venu. Il y a en Algérie un gisement qu’on ne connaît pas et qui fait 30% de la consommation d’énergie. Si on mettait en œuvre une politique d’économie d’énergie, 30% de l’énergie qu’on consomme soit qu’on la laisse dans le sous-sol, soit qu’on la vende à l’extérieur. Cela nous permettra de faire plus avec moins. Mais ceci suppose que la société adhère à cette politique d’économie d’énergie. Pour cela, il n’y a pas de miracle. Il faut expliquer les enjeux. Ce que nous disons malheureusement actuellement, c’est que l’Algérie a des gaz de schiste. Les gaz de schiste, c’est une calamité.

Justement, en Algérie on songe sérieusement au gaz de schiste et c’est présenté comme étant un palliatif...

Il faudrait d’abord revenir à l’histoire. Les gaz de schiste existent depuis une dizaine d’années. Depuis que les Américains ont mis en œuvre cela au début des années 2000. Je rappelle que l’Algérie durant ces années exportait du GNL aux états-Unis. Brutalement, en 2008, on s’aperçoit, ou du moins les Américains nous disent : “Nous n’avons plus besoin de GNL parce que nous avons du gaz de schiste.” En clair, nous avons mis en place toute une politique basée sur le GNL pour un marché qui n’existe plus. On a même investi alors que les Américains investissaient eux dans le gaz de schiste. Ce qui fait que du jour au lendemain les terminaux de gazéification américains ont été fermés. Donc, on s’est retrouvé avec des cargaisons de GNL en haute mer en attendant de trouver acquéreur. Ça c’est un problème. Le deuxième problème plus important, c’est qu’on présente le gaz de schiste comme un second eldorado. C'est-à-dire que nous allons avoir encore pour cinquante ans de rente, donc cinquante ans de farniente, cinquante ans où on ne fait pas travailler nos neurones. On va continuer à être des tubes digestifs et on va être en quelque sorte des consommateurs. Pas des créateurs ou des concepteurs. C’est une erreur. D’abord, les gaz de schiste c’est une technologie très difficile. En quelques mots, on va fracturer la roche avec 600 kilos par Cm2 avec de l’eau sous pression. Une roche qui est à 2000 m de profondeur. En la fracturant, il va falloir faire remonter les bulles de gaz qui est à l’intérieur du matériau schisteux. Pour les faire remonter, on envoie de l’eau mais aussi des produits chimiques. Les études ont montré qu’on envoyait plus 600 produits chimiques tous aussi cancérigènes les uns que les autres. Et cela a fait de gros dégâts aux états-Unis. Indépendamment du fait aussi que ça crée ce qu’on appelle une sismicité qui fragilise la structure géologique. Ces gaz de schiste sont décriés partout. Pour le moment, il n’y a que les états-Unis qui sont en train de faire le forcing. Çà et là, il y a des états qui essayent de moraliser. Vous avez un état comme le Canada qui a carrément décidé de faire un moratoire. On va voir ce que ça donne. Mieux encore, la France a carrément supprimé à l’Assemblée nationale les permis d’exploitation. Parmi ces permis, il y a ceux de Total à qui on a enlevé tous les permis du sud-est de la France, au nom du principe de précaution. Cette même compagnie est sur les rangs en Algérie pour faire ce qu’elle n’a pas fait en France. Il faut savoir, pour terminer, qu’un forage de gaz de schiste, c’est 14 000 m3 d’eau. Pour un pays qui est en stress hydrique permanent comme l’Algérie, il faut choisir entre la bulle de gaz ou la goutte d’eau. C’est là le vrai débat. Il eut été important à mon sens de prendre la société civile à témoin. On dit que les gisements seraient de l’ordre de 15 000 milliards de m3 de gaz potentiels à un coût très élevé, puisqu’il faut pousser de l’eau. Voyez donc les dégâts que nous allons faire. Vous voyez aussi les quantités d’eau faramineuses utilisées et la destruction de l’environnement qui va forcément avoir lieu. Je pense que c’est une erreur de vouloir lancer les Algériens sur une fausse piste. Il eut été préférable de dire : “Nous sommes un petit pays avec de grandes ambitions.” Or nous donnons l’impression d’être un grand pays avec de petites ambitions. C’est là toute la différence.

Comment faire pour relever le défi face aux contraintes imposées à la fois par la demande interne et les engagements internationaux ?
Il est important de partir du principe que le plus grand engagement que nous devons avoir, c’est vis-à-vis des gens qui vivent en Algérie et des générations futures. L’engagement que j’ai avec la partie étrangère, c’est en fait l’engagement que j’ai avec les citoyens de ces pays-là. Je préfère avoir d’abord des engagements avec les citoyens de mon pays. Donc, c’est un faux argument de dire nous avons des contraintes. à quoi sert-il d’amasser des dollars qui s’effritent au soleil, alors que notre meilleure banque c’est notre sous-sol ? Pourquoi voulez-vous qu’on sorte 100 milliards de m3 de gaz, alors que nous ne n’avons pas l’utilisation même en termes de développement ? Pourquoi ne pas les laisser, d’autant plus que le prix de l’énergie n’ira qu’en se valorisant de plus en plus ? Mais pour revenir à votre question, le plus important c’est que nous n’avons pas de stratégie. En 2030, notre population atteindra 45 millions d’habitants. Actuellement, nous sommes à 1000 KWh par habitant et par an. Nous sommes le dernier pays, juste avant la Somalie et la Mauritanie dans le monde arabe en termes de consommation d’énergie. Donc, il ne faut pas se donner des airs que nous n’avons pas. Nous sommes un petit pays. Quelle est notre ambition ? Arriver à 2500 KWh. Nous seront 45 millions, donc il nous faut 120 TWH. Comment les construire ? Actuellement, nous sommes à 40, donc il faut multiplier notre parc. C’est ça les modèles énergétiques. Et on sait y faire. Ce n’est pas approximativement, et je dis bien cette stratégie énergétique est une stratégie multiforme. Ce n’est pas l’affaire du ministère de l’énergie. C’est l’affaire de tous les départements ministériels. Chacun a sa responsabilité. Est-ce que c’est normal que l’Algérie, qui a 65 barrages construits, aucun d’eux n’est hydroélectrique ? Donc nous n’avons pas de stratégie. Imaginez une stratégie où tout le monde est partie prenante. Le ministère du Commerce : est-ce que c’est normal qu’il permette la rentrée de voitures à 160 g de CO2/km et plus ? Elles sont interdites en Europe. La norme est à 120 g. Donc nous perdons 30% d’essence chaque fois que nous consommons un kilomètre. Vous imaginez le gisement d’économie d’énergie ? Mieux encore : nous avons du Sirghaz. Mais on ne dit pas aux constructeurs venez avec la double carburation. Par contre, l’Algérie achète du gasoil. L’année dernière (2010), nous avons acheté pour 250 millions de dollars de gasoil à l’Italie. En termes d’économie d’énergie, est-ce qu’il est normal que le prix du KWH soit de 6 DA ? Alors qu’en Europe il est de 10 fois plus. Est-ce que c’est normal qu’un m3 d‘eau soit de 6 DA ? Il faut une vérité des prix et un accompagnement des couches défavorisées. Le prix de l’eau, par exemple, doit être exponentiel…
S. S.

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Khalil Sakhri : « l’Algérie n’a pas besoin de changer le système mais plutôt à le mettre à jour » http://www.liberte-algerie.com/entretiens/khalil-sakhri-l-algerie-n-a-pas-besoin-de-changer-le-systeme-mais-plutot-a-le-mettre-a-jour-il-etait-parmi-les-rares-algeriens-presents-au-forum-de-l-alliance-des-civilisations-de-l-onu-168156 http://www.liberte-algerie.com/entretiens/khalil-sakhri-l-algerie-n-a-pas-besoin-de-changer-le-systeme-mais-plutot-a-le-mettre-a-jour-il-etait-parmi-les-rares-algeriens-presents-au-forum-de-l-alliance-des-civilisations-de-l-onu-168156 2011-12-17 14:56:45 Entretiens Salim KOUDIL

Il est algérien, il n’est pas septuagénaire, il n’a pas de cheveux blancs, et il s’est retrouvé au milieu des personnalités politiques de renommée internationale. Lui, c’est le docteur Khalil Sakhri, 29 ans, médecin praticien, chercheur universitaire, et consultant pour les agences de l’ONU, l’UNOCD et UN-Habitat. Dans cet entretien, accordé à liberte-algerie.com, il parle de sa participation au 4ème forum de l'Alliance des Civilisations des Nations Unies qui s’est déroulé au Qatar entre le 11 et le 13 décembre dernier.


Khalil Sakhri, vous venez de rentrer de Doha après avoir participé au quatrième Forum de l'Alliance des Civilisations des Nations Unies. Étiez-vous le seul algérien sur place?
Plus de 2500 participants, dont des chefs d’états, des ministres, des dirigeants politiques et des entreprises, des militants de la société civile, des groupes de jeunes, les communautés religieuses, les centres de recherche, des fondations et des journalistes, se sont réunis pour convenir d'actions conjointes pour améliorer les relations entre les cultures, lutter contre les préjugés et construire une paix durable.
Plus que jamais, notre monde est façonné par l'interaction intense entre les diverses communautés culturelles, religieuses et linguistiques. Cette diversité croissante est une source d'enrichissement et d'opportunité, mais peut aussi conduire à des tensions, des malentendus et de l'hostilité. L'établissement de relations pacifiques entre les diverses cultures est devenu l'une des tâches les plus importantes et difficiles auxquelles sont confrontées les sociétés modernes. Effectivement, j’ai été le seul jeune algérien lors du Forum de Doha à côté d’une journaliste et deux professeurs d’université. Alors que les autres pays été représentés par pas moins de sept jeunes. Il me semble que les Nations Unies ne voulaient pas avoir des figurants ou des touristes lors du Forum, vu que l’anglais est l’handicap major de la jeunesse algérienne.

Vous êtes président du club scientifique de la Faculté des Sciences Médicales de Sétif et vous vous êtes retrouvé, au Qatar, aux côtés du secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-Moon, de la femme de l'Emir du Qatar, Cheikha Mouza, et de l'ex président Portugais, Jorge Sampaio. Comment s’est déroulée cette rencontre?
Les 500 jeunes présents au Forum de l’Alliance des Civilisations des Nations Unies UNAOC ont été répartis en plusieurs groupes afin de partager les idées, apprendre les uns des autres et d’écouter les besoins de la base dans les différentes communautés à travers le monde. À l’issue de ces ateliers, j’ai été désigné le seul représentant de la région MENA (Middle East and North Africa). En ma qualité d’expert sur les questions de la jeunesse, j’ai été invité pour intervenir au nom de la région MENA où j’ai abordé le sujet du leadership et le rôle de la jeunesse dans les prises de décisions et plus particulièrement dans la période post-révolution, où en trouve que la révolution dans la Tunisie et l’Egypte était menée par des jeunes, mais on constate actuellement que les jeunes sont évincés par la suite. A la fin de mon intervention, M.Ban Ki-Moon est venu me saluer, accompagné de son altesse, Cheikha Mouza, et son excellence M. Jorge Sampaio (l’ex-président du Portugal), il m’a dit : « Monsieur Sakhri, vous êtes un vrai leader, mes félicitations…je vous encourage », Alors que Cheikha Mouza m’a déclaré : « Je suis agréablement surpris que vous êtes algérien ». L’ex-président du Portugal m’a confié « Ah, vous m’avez rappelé ma période de jeunesse, continuez ». Tous les trois m’ont invité à prendre une photo de souvenir avec eux.

À Doha, c’était le quatrième forum. Qu'en est-il des trois rendez-vous qui se sont déroulés auparavant? Croyez vous que les recommandations prises lors de  ces éditions ont été suivies?
Votre question m’a rappelé l’entretien que j’ai eu avec l’économiste américain et conseiller spécial de Ban Ki-Moon où j’ai été choisi pour discuter des questions relatives à la jeunesse et la situation contemporaine dans les différents pays. Professeur Jeffrey Sachs, qui est par ailleurs directeur du projet des Nations Unies, « Millénaire pour le développement », nous a bien expliqué que les différentes recommandations des Nations Unies ont toujours des objectifs à long terme. Il me reste à vous dire que certainement il y a un succès quelque part, sinon on ne se serait pas retrouvé à la quatrième édition. À noter que 128 pays ont pris part à ce conclave, et cela n’est qu’un autre point positif pour le forum, surtout lorsqu’il s’agit du dialogue culturel.

Pour l'édition de Doha, quelles ont été les recommandations?
Il est judicieux de vous parler uniquement des recommandations des jeunes, centrées principalement sur les thèmes suivants : identité et diversité, dialogue interculturel, éducation, média, les minorités et les migrants, la société civile et le bénévolat, et l'approche ascendante.
Dans les recommandations on trouve que la diversité culturelle à un impact sur le développement d'une manière positive, à condition que les gens de diverses cultures aient une compréhension et un respect mutuels où dans un contexte de mondialisation croissante, nous reconnaissons l'importance de maintenir et de soutenir l'unicité de chaque culture. La cohérence des politiques est essentielle pour assurer que le développement est sensible à la spécificité culturelle et les besoins des populations locales. Les gens ont besoin d'être éduqués pour assurer la tolérance, la confiance, le respect mutuel, le dialogue inter-religieux et inter-culturel, la coexistence pacifique et la résolution des conflits pour une meilleure appréciation de la diversité. Pour le dialogue interculturel doit être un outil efficace pour la coexistence pacifique, il est essentiel de s'élever au-dessus du niveau de tolérance et de parvenir à une compréhension et une acceptation de l’autre. Pourtant, nous devons assurer la diversité culturelle et éviter l'assimilation. L'éducation formelle, et non-formelle, ont besoin de construire l'attitude, les compétences et les connaissances nécessaires pour mieux comprendre et promouvoir la diversité culturelle où les stratégies éducatives doivent habiliter les jeunes à participer et à s'engager dans le dialogue interculturel et la compréhension. Les médias doivent contribuer à promouvoir la diversité culturelle et ne doivent pas propager, en revanche, des images stéréotypées de toute culture. Les médias ont besoin de produire et de publier des pièces qui célèbrent les cultures nationales, pont entre les cultures et les instruments pour une meilleure compréhension des différences. Ils doivent œuvrer à promouvoir la citoyenneté mondiale. Du point de vue des jeunes, les minorités et les groupes marginalisés doivent être représentés, compris et impliqués dans les processus de décision, de sorte à ce que leurs intérêts soient identifiés et pris en compte. Les travaux de la société civile doivent être encouragés. Des outils tels que les arts visuels et d'interprétation, travaux de bénévolat, les jeunes et la collectivité, les activités sportives et récréatives, doivent être encouragés et développés dans les communautés locales. Ces efforts doivent être reconnus et soutenus à la fois aux niveaux local, national et international. Il est nécessaire de s'assurer que les intervenants au niveau de la base soient impliqués dans l'identification des priorités pour le développement durable.

Concrètement, comment voyez-vous les résultats de cette rencontre? Ne serait-elle pas une énième rencontre de "souhaits" sans qu'on puisse sentir les résultats sur le terrain?
Il est indéniable qu’il y avait, dans ce forum, plus de philosophie que de pratique. Néanmoins, les discussions formelles et non-formelles étaient très fructueuses et très riches surtout qu’il y avait plus de 130 pays participants. Le principal résultat de discussions au cours de cet événement dédié à la jeunesse consistait en l'élaboration de recommandations aux dirigeants du monde sur des politiques spécifiques concernant la vie des jeunes, et sur les moyens d'améliorer les réalisations des jeunes à même de combler les fossés culturels. Ces recommandations ont été présentées le 11 décembre au cours d'une séance plénière. Les jeunes participants iront ensuite chercher à développer des partenariats avec les gouvernements pour mettre en œuvre ces recommandations.

Vous, en tant que jeune algérien de 29 ans, qu’est-ce qui vous a le plus impressionné sur place?

Permettez-moi de vous dire que j’ai visité plus de 20 pays où j’ai rencontré toutes les classes sociales y compris des chefs d’états et des ministres. Je n’ai pas été particulièrement impressionné. Je l’étais peut être par rapport à la nouvelle stratégie du Qatar, un pays qui commence à rendre effectives des nouvelles politiques après les avoir révisées. Mes activités de consultant et de conférencier m’ont permis de rencontrer plusieurs leaders surtout dans les sessions des Nations-Unies. Dans chaque rencontre, je pensais souvent au fait que l’Algérie était le premier pays qui a eu les plus jeunes et dynamiques ministres où son Excellence, le président Bouteflika était ministre à l’âge de 23 ans.

Comment voyez-vous le rôle de l'Algérie dans ce genre de rencontres?
Le rôle de l’Algérie dans ce genre de rencontres ne pourra se faire sans des leaders réels. Nous devons bien réfléchir et même revoir la politique de la jeunesse. Nous avons besoin d’une jeunesse polyglotte, une jeunesse déterminée et courageuse. Et cela n’est pas impossible. La situation dans le monde arabe, avec tous les bouleversements vécus cette année, a-t-elle été abordée dans ce forum? Pratiquement toutes les sessions ont abordé la situation dans les pays arabes où ils ont tiré les leçons du printemps arabe. Ils ont relevé que les transitions ont trop duré et la construction institutionnelle est donc d'une importance primordiale et ne doit pas être retardée dans la phase de transition. Aussi, l'économie ne peut être laissée de côté, dans ce processus. La restauration de l'économie est nécessaire pour consolider les institutions. Moi-même, j’ai posé une question à M. Ban Ki-Moon sur le devenir des jeunes qui se retrouvent marginalisés dans le processus démocratique. Il m’a répondu que c’est parmi l’un de ses cinq objectifs de son prochain mandat. Il a terminé par me dire que "votre génération a un énorme avantage, grâce à votre niveau sans précédent d'éducation et l'accès à l'information, vous pouvez en juger. Vous êtes les ingénieurs de votre conscience ".  J’ai répondu à plusieurs participants que l’Algérie n’a pas besoin de changer le système mais plutôt à le mettre à jour. Les réformes politiques s’avèrent urgentes, vu qu’on n’a pas encore une relève expérimentée.

Entretien réalisé par Salim KOUDIL

 



BIO EXPRESS
Docteur Khalil Sakhri, Médecin praticien et chercheur dans une université française. Il est président du Club Scientifique de la Faculté des Sciences Médicales de Sétif, enseignant dans les écoles paramédicales, initiateur et coordinateur de plusieurs projets au niveau local et international. Formateur des pairs éducateurs, et consultant pour les agences des Nations Unies (UNODC et UN-Habitat), il est reconnu internationalement pour son travail comme expert sur les questions de la jeunesse.

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"Cette année sera importante dans l'histoire moderne des pays arabes" http://www.liberte-algerie.com/entretiens/cette-annee-sera-importante-dans-l-histoire-moderne-des-pays-arabes-entretien-exclusif-du-pr-ahmed-djebbar-165231 http://www.liberte-algerie.com/entretiens/cette-annee-sera-importante-dans-l-histoire-moderne-des-pays-arabes-entretien-exclusif-du-pr-ahmed-djebbar-165231 2011-10-27 20:41:45 Entretiens Salim KOUDIL Abordant plusieurs sujets à la fois, le professeur Ahmed Djebbar se confie à liberte-algerie.com dans un entretien exclusif. Que ce soit le « printemps arabe », la formation, la récupération du patrimoine nationale, ou encore ses activités, celui qui est considéré comme l’un des meilleurs spécialistes de l’histoire des sciences du monde arabo-musulman se « lâche » à sa manière. A lire.

Entretien réalisé par Salim KOUDIL

Professeur Ahmed Djebbar, en tant qu'un des spécialistes de l'histoire des sciences du monde arabo-musulman, croyez vous que l’Algérie a donné assez d’importance à ce domaine ?

Si votre question concerne les institutions de l'Etat, ma réponse est non. Mais, parallèlement, il y a eu, dans notre pays, de nombreuses initiatives en faveur de l'enseignement et de la recherche en histoire des sciences. Cela s'est fait au niveau d'institutions universitaires (E.N.S. de Kouba, Université de Constantine, Université Houari Boumediene, etc.), sous forme de cours, de colloques internationaux, de publications et, surtout, de mise sur pieds de Magisters et de Doctorats. Actuellement, il y a une quinzaine de travaux universitaires, réalisés par mes anciens étudiants en Magister ou en Doctorat, qui n'attendent que les subventions nécessaires pour être publiés. Cette publication est d'autant plus nécessaire que nous sommes entrés dans une phase nouvelle, celle du L.M.D. (Licence-Master-Doctorat) qui prévoit un enseignement obligatoire d'histoire des sciences dans toutes les licences scientifiques. Or, au dire même des responsables de certaines universités que j’ai pu rencontrer ces derniers temps, le déficit dans ce domaine est flagrant. Pourquoi ? Parce qu’on a mis, encore une fois, la charrue avant les bœufs. On a demandé aux institutions universitaires d’appliquer le L.M.D. (qui prévoit l’enseignement de l’histoire des sciences en Licence) sans avoir préparer la mise en application de cette décision importante sur le plan culturel et pédagogique, c'est-à-dire sans avoir formé les futurs enseignants de cette nouvelle discipline. Ce n’est pas encore trop tard, mais il faut faire vite.

Vous mentionnez l’enseignement, un secteur que vous connaissez bien. En plus d’avoir été conseiller du défunt président, Mohamed Boudiaf, vous avez été aussi ministre de l’enseignement supérieur et de l’éducation. 17 ans après votre dernier poste officiel en Algérie, que faut-il revoir, selon vous, dans les systèmes éducatif et universitaire algériens ?

Depuis l'ordonnance de 1976, le système éducatif algérien a bénéficié d'un certain nombre de mesures pour en améliorer le fonctionnement et le rendement. Mais la plupart de ces mesures n'était que du replâtrage. L'école algérienne a donc besoin, plus que jamais, d'une réforme profonde qui se fasse dans la durée et qui mobilise toutes les énergies de la famille de l'éducation. Le chantier étant tellement énorme, il n'est pas possible, ici, de détailler les initiatives que beaucoup de professionnels de l’éducation, d'observateurs et de parents d’élèves jugent nécessaires de prendre. Sur un plan très général, il s'agit, en premier lieu, de concevoir et de mettre en place une politique éducative favorisant l'émergence d'un nouveau profil de citoyen, mieux formé, plus éclairé et plus cultivé. En second lieu, les apprentissages doivent inculquer des savoirs et des savoir-faire permettant une véritable insertion dans le marché du travail au sens large.

D'une manière plus précise, une future réforme devraient privilégier certains axes fondamentaux. En particulier, l'enseignement des langues pratiquées dans notre pays, langues dont le niveau technique et le contenu culturel laissent beaucoup à désirer. Il y a aussi le contenu des programmes d'histoire, la pédagogie de l'enseignement des matières scientifiques, l'élévation du niveau des enseignants et la redéfinition de la fonction d'inspecteur.  Mais, pour réussir une réforme écrite sur le papier, il faut des conditions minimales pour en assurer l'application : un suivi par les plus hautes instances de l'Etat, un financement prioritaire des secteurs qui ont accusé du retard, comme les bibliothèques et les laboratoires, une évaluation régulière par des institutions indépendantes du Ministère de tutelle.

Quant à l'université, elle souffre, en particulier, du niveau des étudiants qui s’y inscrivent pour la première fois (et cela renvoie aux médiocres performances du système éducatif), du niveau d'une partie non négligeable de l'encadrement, de l'état réel de la recherche qui y est pratiquée et du manque d'autonomie dans le fonctionnement de ses institutions. Là aussi, un vaste chantier est à prévoir. Bien sûr, et malgré la situation que je viens de décrire, l’université algérienne arrive quand même à produire une élite. Mais cette élite est infime au regard du nombre de bacheliers entrant à l’université et au regard des investissements de l’Etat. Plus grave encore, les meilleurs diplômés de nos universités sont, dans une proportion inquiétante, absorbés par des pôles scientifiques étrangers. C’est comme si nos universités avaient été spécialisées pour produire, à grand frais, des élites sur mesure pour des pays qui n’ont pas investi un seul centime dans leur formation.

Concernant la formation, une, spécialement, semble vous tenir à cœur, celle des journalistes scientifiques. Vous aviez abordé le sujet lors de la conférence que vous aviez animée à Alger le 25 août dernier. Qu’en est-il précisément ?

En 2004, à l'occasion d'une mission à l'Université de Blida pour y donner des conférences, J'ai été reçu par la Rectrice de cette Université, Mme MIMOUNE. Je lui ai soumis l'idée d'une formation en Journalisme Scientifique qui serait d'abord locale puis nationale puis régionale (Maghreb et Afrique subsaharienne) et à laquelle participerait le Centre d'Histoire des Sciences et d’Épistémologie de l'Université de Lille 1 où j'enseignais. Ce centre avait déjà (et a toujours) une longue expérience de formation en Journalisme Scientifique, en collaboration avec l’École Supérieure de Journalisme de Lille. Mme la Rectrice avait adhéré à cette idée et avait souhaité établir une coopération avec ces deux établissements.

C'est ainsi que la Faculté des Sciences de l'Université de Blida a mis sur pieds cette formation, en collaboration avec des membres du C.H.S.E. de Lille et avec les meilleurs professeurs du Département "Journalisme et Communication" de l'Université d'Alger.

La formation a commencé par une année de préfiguration au cours de laquelle des journalistes ont été initiés au traitement des informations scientifiques (collecte, rédaction d'article, réalisation d'émissions audiovisuelles, etc.). Elle a été suivie par un concours national puis par une année de formation proprement dite dont le niveau était celui d'un Master II. L’expérience a duré trois ans puis, après le départ de Mme la Rectrice, tout s’est arrêté, sans aucune raison apparente. L’administration de l’Université a même « oublié » de payer les enseignants qui devaient, selon les textes du Ministère, prétendre à des honoraires.

Quel est l’avis du spécialiste de l'histoire des sciences du monde arabo-musulman que vous êtes sur l’année 2011 et le « printemps arabe » ?

Ce n'est pas en tant que spécialiste de l'histoire des sciences que je répondrai à cette question mais en tant que simple citoyen qui observe les évènements du monde. Je vous dirai que, quelle que soit l'issue et les conséquences proches ou lointaines des évènements politiques qui se sont déroulés en 2011, cette année sera importante dans l'histoire moderne des pays arabes, et cela pour plusieurs raisons. Elle a d'abord montré que le changement est possible et qu'il peut être préparé ou provoqué par les sociétés mécontentes de la gouvernance qui leur est imposée. Elle a aussi révélé l'incapacité de la plupart des dirigeants à faire des analyses prospectives ou à prendre en considération les signaux que leur envoient différentes catégories de leur population aspirant au changement. Elle a montré le rôle des médias étrangers et, plus particulièrement d'Internet, dans la circulation de l'information et l'incapacité des pouvoirs, des différents pays qui ont connu des mouvements de contestation, d'empêcher cette circulation. Au niveau international, l'année 2011 a confirmé la position stratégique des pays arabes et les appétits que peuvent susciter leurs richesses et leurs marchés intérieurs. Ce qui pourrait entraîner, soit une consolidation du statut quo politique dans certains pays soit, au contraire, des interventions plus ou moins directes pour accélérer le changement au sommet de tel ou tel Etat arabe.

Revenons à votre activité en Algérie. Vous avez animé une émission quotidienne tout au long du mois de Ramadhan précédent, sur les quatre chaînes télé, l’ENTV, Canal Algérie, la Chaine tv3, et la Chaine tv4, ainsi que sur la radio nationale. Quels sont les échos qui vous sont parvenus ?

J'ai reçu beaucoup de mails. Tous étaient favorables et, souvent, enthousiastes, sauf un ! Son auteur, un universitaire de formation scientifique, n'a pas du tout apprécié. Cela dit, au-delà de leur divergence, ces opinions sont peu nombreuses pour être significatives. Il faudrait plutôt interroger l'ENTV qui doit pratiquer des sondages sur l'impact de ses émissions.

Il y a eu aussi des réactions que j'ai observées sur le vif, celles de citoyens qui m'ont intercepté dans la rue, dans les transports en commun ou dans des aéroports, et qui me disaient des choses très aimables sur les émissions, certains me demandant même de leur vendre des copies DVD!

C’est la première fois qu’on vous revoit au devant de la scène médiatique depuis votre départ du gouvernement en 1994. Comment s’est fait ce retour ?

Ce sera un "retour", comme vous dites, lorsque vous me verrez dans une émission politique diffusée par un média algérien. Pour le moment, il s'agit d'une activité culturelle parmi d'autres. Mais vous avez raison de parler de "retour" à la télévision nationale parce que c'est la première fois que je parle d'histoire des sciences aux téléspectateurs, en arabe. Pour le tamazight, c'était un doublage parce que, malheureusement, je n'ai jamais eu l'occasion d'apprendre à le parler. Mais, il n'est jamais trop tard pour bien faire !

Comment mon passage à l'ENTV a été rendu possible ? En fait, avant ces émissions, des journalistes, comme vous, se sont intéressés à mes activités universitaires et ils m'ont ouvert les colonnes de leurs journaux. En 2007, une journaliste de la radio, Mme Dalila SMAÏL, une grande professionnelle de la chaîne III, m'a invité à son émission "V.I.P." puis elle m'a proposé de parler, chaque vendredi à 18h, de ce que je savais sur les sciences en pays d'Islam. Comme je suis un grand bavard, j'ai accepté sans trop réfléchir. Ce qui était un peu téméraire de ma part parce que je n'avais aucune expérience dans le domaine de la vulgarisation radiophonique. Ces émissions n'ont pas eu beaucoup de publicité mais le "bouche à oreille" a fonctionné.

Puis, un jour, une autre professionnelle algérienne, Mme Narimane BENAMER m'a contacté pour réaliser des émissions de télévision sur des thèmes semblables. Après plusieurs entretiens, elle a opté pour des émissions très courtes. Je me suis donc mis au travail et, après une période d'investigation, je lui ai proposé de raconter la vie et les activités d'une trentaine de scientifiques des pays d'Islam que j'avais choisis en essayant de respecter un certain équilibre entre les différentes régions de l'empire musulman, entre les différentes phases de son histoire et entre les disciplines scientifiques les plus importantes qui y ont été pratiquées.

Malgré cela, certains de vos lecteurs pourraient s'étonner que des savants importants n'aient pas eu droit à une émission. La raison est très simple : il y a en fait des dizaines de scientifiques dont on connaît les contributions, souvent importantes, mais dont on ne sait rien ou presque rien sur leurs activités professionnelles et encore moins sur leurs vies privées. Parler, même pendant six minutes, uniquement du contenu de leurs travaux, aurait été très ennuyeux pour les téléspectateurs. J'ai donc décidé de les mettre provisoirement de côté.

En juin 2009, vous aviez animé une conférence à Alger dans laquelle vous parliez de l’astrolabe de la Grande mosquée d’Alger qui avait disparu en 1830 et dont vous aviez retrouvé les traces.  Vous aviez alors souhaité que l'instrument puisse être acheté par l'Algérie. Y a-t-il eu du nouveau depuis ?

 

Après ma conférence, et surtout après l'article que vous avez consacré à ce superbe instrument dans "Liberté" (http://www.liberte-algerie.com/actualite/l-astrolabe-de-la-grande-mosquee-d-alger-retrouve-en-france-il-date-du-debut-du-xviiie-siecle-et-a-disparu-apres-1830, ndlr), je pensais que des initiatives allaient être prises, à un niveau ou à un autre, pour acheter l'astrolabe. Vous savez, dans ce domaine, l'information circule vite et il faut réagir "au quart de tour". Quelques jours après ma conférence, j'ai appris que l'instrument avait été vendu à une personne dont on ne m'a pas révélé le nom. Mais votre question m'offre l'occasion de tirer, une nouvelle fois, la sonnette d'alarme à propos d'autres instruments que possèdent nos musées et, surtout, à propos des milliers de manuscrits qui sont dans des bibliothèques privées, en particulier dans les villes et les zaouïas du Sud algérien. Des efforts sont faits, depuis quelques années, pour les répertorier et les restaurer. Il faudrait accroître ces efforts et faire participer les chercheurs à la fois dans le travail de préservation et dans celui de la valorisation des contenus. Ce que je viens de dire est bien sûr valable pour notre patrimoine archéologique qui témoigne des différentes périodes de notre histoire. Sa situation n’est pas meilleure. Ce que j’ai appris au cours du colloque qui a été organisé à Tlemcen, du 17 au 19 octobre dernier, et auquel j’ai participé, me rend à la fois optimiste et inquiet : optimiste parce que des initiatives de plus en plus nombreuses sont prises pour exhumer ce patrimoine, le restaurer et le valoriser. Mais ce qui m’inquiète (et là je ne fais que reprendre les constatations de spécialistes du domaine), c’est la manière dont l’exhumation et la restauration sont faites.

En plus d’être professeur à l’université de Lille, en quoi consiste votre travail actuellement ? et quels sont vos activités en Algérie ?

Je poursuis mes recherches sur l'histoire des activités mathématiques en Andalus et au Maghreb, je dirige des Magisters et des Thèses, j'écris des livres de vulgarisation, je participe à des colloques internationaux et je fais de nombreuses conférences pour mettre les résultats de la recherche à la portée du grand public. Une partie de ces activités, je les ai menées en Algérie, depuis 25 ans, et je continue à les mener. A titre d'exemples, deux de mes étudiants vont soutenir leur Doctorat, à Annaba et à Sétif, au cours de cette année universitaire. Il y a quelques jours, j’ai présenté, au Qatar, la version anglaise (publié à Kuala Lumpur), d’un nouveau livre, intitulé « Les découvertes en pays d’Islam » destiné aux élèves des collèges et visant à les aider à mieux assimiler les matières scientifiques de leurs programmes tout en se cultivant. Enfin, dans quelques jours, je publie à Alger, et en arabe, un nouveau livre intitulé "Les savants de la civilisation arabo-musulmane et leurs contributions".

S.K

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« IL Y A MATIERE AUX ECHANGES… » http://www.liberte-algerie.com/entretiens/il-y-a-matiere-aux-echanges-hawa-djabali-directrice-du-centre-culturel-arabe-de-bruxelles-164082 http://www.liberte-algerie.com/entretiens/il-y-a-matiere-aux-echanges-hawa-djabali-directrice-du-centre-culturel-arabe-de-bruxelles-164082 2011-10-10 11:05:56 Entretiens Rédaction de Liberté  



-Liberté : Hawa Djabali,  avant de créer le Centre Culturel arabe de Bruxelles, vous collaboriez à la radio algérienne. Que retenez-vous de cette période en Algérie ?

-HD : Une période dense et de lutte constante. Dense, parce qu’à la chaîne III les expériences, les enquêtes, les mises en forme, tout était permis et c’était passionnant. De lutte, parce que chaque interwiew de Kateb Yacine, ou autre homme de culture mal rangé, recevait soit une interdiction de passage, soit un PV et une punition si le forfait était déjà commis. Il y avait, jusqu’en 1988, une équipe qui travaillait  vraiment mais qui s’est laissé dominée par la peur de l’influence dite « intégriste ». C’était probablement un prétexte cet « intégrisme » pour nous faire taire. Un peu de courage n’aurait pas nui. C’est à force de lâcheté qu’on les a laissés prendre de la force, ces « intégristes » avec les conséquences que nous connaissons. On m’a dit « Tu prêtes le flan aux intégristes » et on a commencé à m’enlever mes émissions une par une. Je suis partie en février 1989. J’avais commencé à travailler à la chaîne III en 1965.

-A Bruxelles, dans cette petite localité multiculturelle de Saint-Josse-Ten-Noode, vous avez décidé d’implanter votre centre qui se caractérise par son indépendance financière et son option laïque…

HD :  Je crois que la Commune de Saint-Josse-ten-Noode, au cœur de Bruxelles, nous a adoptés. Son Bourgmestre (le maire, en Belgique), Jean Demannez, comprend notre démarche. Des échevins aussi nous soutiennent.  Nous ne voulons dépendre politiquement d’aucun parti, d’aucune ambassade. Si nous prenons le subside de la Communauté Française c’est parce que les personnes d’origine arabe paient leurs impôts et ont droit à avoir leur « Maison arabe » d’une part et d’autre part, parce que nous travaillons depuis 23 ans à faire circuler une compréhension mutuelle entre Occidentaux et Arabes. Donc la collaboration est juste par l’échange de services. Voici comment le Centre se présente : « organisme essentiellement culturel, laïque, indépendant de tous pouvoirs ou représentations ethniques, politiques ou cultuelles (de culte), de toute pression au niveau des pouvoirs des pays arabes, pratiquant le libre examen et attentif à toute expression de pensée, accueillant les représentants de tous les rites, de toutes les religions et de tous les courants philosophiques se mouvant dans le respect absolu de l’être humain et de ses droits, le Centre Culturel arabe (Institut  Européen de la Culture Arabe) situe son action comme « l’expression arabe des cultures de Belgique »

-Vous avez connu pas mal de vicissitudes au cours de ces années d’activités en songeant même à délocaliser votre entreprise à Bruxelles ville…

-HD : Oui, un ministre avait fait un plan de financement pour les travaux d’une maison achetée par des administrateurs eux-mêmes. Un groupe sioniste est venu pour lui faire signer une lettre de dédit, on nous a convoqués pour révoquer le contrat.

-Il semble que le  département des Finances et l’Administration de la Culture aient préconisé la cessation de vos activités. Pour quelles raisons ? Comment pourriez-vous qualifier cette attitude des autorités belges vis-à-vis de vos activités ?

-HD : Non, nous ne pouvons pas dire de façon certaine que cela vienne de l’Inspection des Finances comme le Cabinet de la Ministre de la Culture veut nous le faire croire. Si ce rapport existe, pourquoi ne pouvons-nous pas le voir ? Le pire qu’on ait pu nous reprocher c’est, dans un budget prévisionnel, de ne pas avoir suffisamment détaillé la rubrique « salaire » de sorte que le « pécule de vacances » ne ressortait pas clairement. Cela a été réparé en dix minutes. Nous ne pouvons pas croire qu’on projette de fermer une association pour cela…Cela ferait rire un âne… Non, il s’agit peut-être, sans confirmation, d’une tentative de rapt pour donner les postes de travail (soutenus par la Région Bruxelloise), les subsides, les locaux (nous en sommes propriétaires) à des immigrés marocains qui veulent se faire valoir auprès du pouvoir de leur pays d’origine. Rien ne tient debout, c’est juste insultant et très agressif. Oui, il s’agit d’une agression. C’est vrai que le Centre reçoit tous les opposants de tous les pays arabes pourvu qu’il ne soit pas question de violence (pas les mouvements religieux, évidemment, le Centre Arabe est vraiment laïque). Il reçoit évidemment les associations palestiniennes. C’est peut-être aussi un élément déclencheur de cette agression.

-La ministre de la Culture Fadila Laanan s’apprêterait néanmoins à liquider la subvention 2011 en accompagnant ce geste de l’élaboration d’un nouveau contrat-programme…

HD : On peut faire des vœux, elle annonce par voie de presse à toute la Belgique qu’elle va verser cette subvention mais, à ce jour, le Centre Arabe n’a pas reçu le moindre signe, pas la moindre nouvelle. Nous sommes toujours en attente. Le subside de la Culture représente à peu près 35% de notre budget. Mais ce qui est plus grave c’est le processus employé pour décider sans la moindre retenue, sans la moindre réflexion démocratique, sans un seul prétexte qui tiendrait debout, sans nous rencontrer, sans écrit durant 9 mois, sans relations, de supprimer cette association. Au Cabinet, on nous a servi de quoi nous faire patienter en guise d’arguments en mettant tout sur la responsabilité de l’administration qui renvoie, par écrit, la responsabilité vers le Cabinet de la Ministre.  Cela pose un vrai problème : que l’administration vérifie si l’argent a été dépensé comme prévu dans le contrat programme, c’est normal et indispensable mais que le politique ou l’administratif écrase la société civile, veuille se mêler des programmes, du choix des publics, du choix des présidents et directeurs d’associations, c’est indécent. Ce genre de pouvoir seigneurial se remet à ramper en Europe, il faut être vigilant.

-Quelles sont les activités déployées dans votre Centre qui emploie 11 personnes et anime 900m2 d’auditoriums, salles de cours et locaux d’exposition ?

-HD : Des cours de langue arabe, d’intégration culturelle, de musique, de chant, de calligraphie, des conférences, des rencontres, des expositions, des concerts, de la poésie, du théâtre, des salons littéraires, du cinéma, des festivals, de l’art populaire…

-Bien que vous dirigiez le Centre Culturel arabe Wallonie Bruxelles , des manifestations ayant trait à la culture amazighe sont-elles imaginables –ou ont-elles été organisées- dans vos locaux à Bruxelles ?

-HD : Mais évidemment ! Moult fois en 23 ans ! Et les cultures,  kurde, syriaque, copte, africaines, qui utilisent aussi la langue arabe sont aussi mises régulièrement à l’honneur. Il n’y a plus que des pouvoirs arriérés pour ne pas savoir qu’historiquement ce qu’on appelle « culture arabe » est constituée de toutes ces influences. Ces cultures sont constituantes, nous nous en faisons les défenseurs. Si le peuple savait ce que « arabe » signifie, les querelles linguistiques, religieuses, de clans, mises en place et alimentées par un Occident à qui le désordre profite, s’éteindraient d’elles-mêmes. Parler d’Europe, c’est parler de l’unité des différents et des divergents, pourquoi est-ce que parler du Monde arabe devrait obligatoirement évoquer le semblable et l’insécable ? A qui profite tant d’ignorance ?

-Souhaitez-vous que des synergies s’établissent entre votre Centre et d’autres centres culturels du Maghreb et du Machrek ?

HD : Dans la mesure où des pouvoirs obscurantistes, absolutistes et quelque peu fascisants (au sens des pratiques et non historique) ne viendraient pas s’en mêler, au cas où la liberté d’expression serait respectée, et l’écoute de l’autre, ce serait un grand bonheur !  Et il y a matière aux échanges.

-Quel a été l’impact du « Printemps arabe » sur vos programmes et vos futures activités ?

-HD : Dans nos écrits, nos conférences et nos programmes, nous l’avons précédé de bien des années, ce Printemps, nous continuons, c’est tout. Ce qui a changé c’est le nombre d’associations arabes qui se rencontrent dans nos locaux. Là il y a une très nette augmentation. Les gens ont besoin de parler, de se parler. Il y a même une rencontre entre des associations de pays arabes différents qui éprouvent le besoin de se rencontrer en relativisant les frontières. (Ils arrivent à ne même pas se battre). Qui sait, peut-être l’ébauche de ce que nous attendons tous, un grand ensemble au sein duquel chacun pourrait être ce qu’il est, ce qu’il veut être ?

-La communauté algérienne vivant en Belgique et au Luxembourg s’est fixée notamment pour objectif de créer un centre culturel distinct du vôtre à Bruxelles. Que pensez-vous de cette proposition ?

-HD : Bravo ! Mieux vaut tard que jamais ! Ceci dit, heureusement que les femmes algériennes font le travail depuis belle lurette ! Je pense à l’association « Algériennes solidaires » qui ont de belles initiatives, qui sont pleines de vie, à leur présidente Latifa Gadouche ; je pense à Nabila Belkacem qui fait régulièrement des activités culturelles algériennes dans de grandes salles, des choses vraiment intéressantes. Il serait souhaitable qu’un centre culturel soit entre les mains de gens de cette valeur. Cela ne gêne en rien notre activité, au contraire, les publics se renforcent, grandissent. Et puis, le Centre Culturel Arabe n’est représentatif de personne, il offre ce qu’il peut toucher de la culture arabe à qui le veut. Vraiment, nous ne pensons pas que les cultures puissent se faire ombrage, à l’intérieur d’une grande culture ou même dans le monde, ce ne sont pas nos cultures qui se cognent et se heurtent, ce ne sont pas les œuvres, le travail de la pensée, non, ce sont nos incultures, nos intérêts matériels, nos ignorances, en un mot, ce sont nos imbécillités qui se heurtent ! Faites ! Mais faites, qui que vous soyez, si vous voulez créer, dites-vous que c’est un devoir ! Mais c’est aussi une responsabilité, beaucoup de labeur, un exercice qui ne supporte ni les rivalités internes, ni l’appât du gain, ni la gloire, ni le besoin de reconnaissance, c’est, l’expérience me le confirme, un exercice d’humilité pour des gens qui aiment leurs semblables.

 

Propos recueillis à Bruxelles par Arezki MOKRANE

5 octobre 2011

Hawa Djabali a été pendant vingt ans réalisatrice et animatrice d’émissions radio pour la Chaîne III  de la RTA à Alger.

Elle écrit pour la presse dans les rubriques culturelles ou socio-culturelles. 
Auteur de nombreux textes littéraires(contes, théâtre, romans), dont certains restent inédits, elle est actuellement responsable au Centre culturel arabe de Bruxelles, et comédienne.

Pièces de théâtre:  
La dernière des îles
Orphée, notes de voyage
Sa naqba imourou (celui qui a vu et touché le fond des choses) éditée et jouée
Cinq mille ans de la vie d’une femme       éditée et jouée
Le zajel maure du désir       éditée et jouée
Le huitième voyage de Sindabad de la mer
La Palestinienne   (en phase de mise en scène)

En écriture : Petits secrets conjugaux dans l’histoire des sept Dormants

Romans :

Agave (Paris/Algr Publisud 1983)
Les dits de la vingt septième nuit (détruit à Alger, en punition d’oser écrire)
Glaise rouge, boléro pour un pays détruit
Les matins de Jasmin

En écriture : le silence de Dhaïa Barza (d’après le scénario conçu pour filmer)


Nouvelles, poèmes, articles, conférences.

 

 

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“27 milliards de dollars d’investissements dans l’amont” http://www.liberte-algerie.com/entretiens/27-milliards-de-dollars-d-investissements-dans-l-amont-sid-ali-betata-president-d-alnaft-a-liberte-163728 http://www.liberte-algerie.com/entretiens/27-milliards-de-dollars-d-investissements-dans-l-amont-sid-ali-betata-president-d-alnaft-a-liberte-163728 2011-10-05 09:48:52 Entretiens Khaled R. Dans cet entretien, le premier responsable de l’Agence nationale de valorisation des hydrocarbures présente ses réalisations et ses principaux chantiers en vue de renforcer et moderniser l’agence afin qu’elle relève les défis du secteur. Il indique que l’Algérie va enregistrer  à moyen terme une montée significative de sa production de pétrole et de gaz

Liberté : Quels sont les chantiers achevés par Alnaft au cours de   l'année 2010 et le premier semestre 2011 ?
sid ali betata Je vous exprime mes remerciements pour l’intérêt que vous accordez à Alnaft et vous remercie également pour cette opportunité qui nous est offerte d’informer les lecteurs des réalisations du secteur de l’énergie et des mines en matière d’hydrocarbures.
Durant l’année 2010 et jusqu’à la fin du 1er semestre 2011, plusieurs chantiers ont été achevés, pendant que d’autres sont entamés. Dans ce cadre et en plus des activités récurrentes, je vous citerai essentiellement : le lancement et l’organisation du 3e appel à la concurrence pour les opportunités de recherche et d’exploitation des hydrocarbures qui, comme vous devez le savoir, a abouti à la conclusion de deux nouveaux contrats R&E.
Suivi des projets octroyés à la suite des 1er, 2e et 3e appels à la concurrence, notamment les aspects liés au respect des programmes de travaux, objet des engagements contractuels des compagnies opératrices ainsi qu’au respect des règles de conservation des gisements.
Etude, examen et approbation de pas moins de 90 plans de développement.
Lancement de la mise en place d’une structure d’audit qui aura pour mission d’auditer les budgets d’investissements des contractants (investissements de recherche, de développement et d’exploitation).
Poursuite de la mise en œuvre du projet “Banque de données nationale (BDN)” qui s’étale sur une durée de cinq années.
Achèvement des travaux de mise en ligne du site web d’Alnaft, dont certaines rubriques ne sont pas encore activées et qui devront l’être avant la fin de l’année en cours. Lancement de deux appels à candidatures pour renforcer les effectifs permettant la prise en charge des missions et prérogatives dévolues à Alnaft.
Lancement d’actions de formation du personnel, soit dans le cadre des contrats de recherche et d’exploitation, soit dans le cadre du contrat Banque de données nationale ou encore des formations initiées et prises en charge totalement par Alnaft.
Elaboration et exécution d’un plan de formation et de perfectionnement continus du personnel, aussi bien technique qu’administratif, sur des thèmes sélectionnés en fonction des tâches à accomplir par chacun. Ainsi, plusieurs actions de formation du personnel ont été réalisées, soit dans le cadre des contrats de recherche et d’exploitation, soit dans le cadre des contrats BDN.

Quels sont les plans de développement de gisements qui ont obtenu le feu vert d’Alnaft au cours de l'année 2010 et le premier semestre 2011 ?
Comme vous le savez, l’approbation des plans de développement, ou bien le “feu vert” pour reprendre votre expression, constitue une mission importante d’Alnaft, et aucun contractant ne peut mettre en production un gisement de pétrole ou de gaz sans l’aval préalable d’Alnaft.
Pour ce qui est des plans de développement, on distingue ceux réexaminés dans le cadre de leur mise en conformité avec la loi 05-07 et les nouveaux plans de développement introduits dans la perspective de développer de nouveaux gisements.
Il y en a aussi ceux qui ont été examinés dans le cadre d’une révision du plan de développement initial à la lumière des nouvelles informations acquises au fur et à mesure de la production. Il faut savoir que la loi et les dispositions contractuelles permettent la révision d’un plan de développement approuvé par Alnaft pour adapter le mode d’exploitation, compte tenu d’une meilleure connaissance du gisement et de ses différents paramètres. A défaut de nommer gisement par gisement tous les projets concernés étant donné leur nombre élevé, je vous suggère une récapitulation globale de la situation des plans de développement approuvés durant la période évoquée dans votre question. En ce sens, nous avons donc eu à examiner et approuver 90 plans de développement durant l’année 2010 et le 1er semestre 2011, soit 71 introduits par Sonatrach dans le cadre des projets qu’elle mène en effort propre, dont 19 en association dans le cadre des projets développés avec des partenaires étrangers.

Quel est le montant d'investissement global qui sera engagé par les consortiums ou Sonatrach pour développer ces gisements ? Quelle est la production attendue de pétrole et/ou de gaz pour chaque plan approuvé ?
Le développement des gisements concernés par les plans de développement ci-dessus évoqués mobiliseront des investissements d’un montant global avoisinant les 27 milliards de dollars US sur la période 2010/2015. La plus grande partie de ces investissements sera engagée par Sonatrach seule. En effet, plus de 20 milliards US $ seront engagés par Sonatrach pour les projets développés en effort propre, ceci représente environ 75% du montant global mentionné précédemment. Quant aux contrats en association, le montant des investissements correspondant est d’environ 6,5 milliards de dollars US, soit environ 25% du montant global des investissements que j’ai mentionné précédemment.
La 2e partie de votre question concerne la production attendue de pétrole et/ou de gaz pour chaque plan approuvé.
Comme je vous l’ai déjà signalé plus haut, on ne peut pas citer ici, un à un, les niveaux de production pour 90 gisements. En revanche, je peux vous donner la production globale pour chaque type d’effluent (pétrole, gaz, condensat, GPL).
Ainsi, la production annuelle attendue des projets correspondant à l’ensemble de ces plans de développement est de 45 millions de tonnes de pétrole, dont 13,5 millions de tonnes en association avec des partenaires étrangers ; de 80 milliards m3 de gaz, dont près de 4,5 milliards en association ; de 12 millions de tonnes de condensat, dont 700.000 t en association, et de 8 millions de tonnes de GPL dont 100.000 t environ en association.

Comment Alnaft compte rendre plus attractifs les périmètres proposés lors des prochains appels d'offres en matière d'exploration ?
Ce que je peux vous dire, c’est qu’une réflexion est engagée en vue d’identifier les mesures et actions à entreprendre permettant (i) d’intensifier l’effort d’exploration, notamment dans les zones sous-explorées, le nord de l’Algérie et l’offshore, (ii) d’évaluer le potentiel en hydrocarbures non conventionnels notamment et les possibilités de leur exploitation.
Par ailleurs, je voudrais aussi informer les lecteurs qu’un contact régulier a été instauré avec tous les opérateurs avant le lancement de chaque appel à la concurrence, pendant le déroulement des data rooms et à la suite des résultats de chaque appel d’offres.
Ces rencontres visent à expliquer à nos partenaires davantage nos attentes et demeurer à l’écoute de leurs préoccupations. En ce sens, le dialogue avec les compagnies pétrolières internationales désirant investir en Algérie est ainsi quasi permanent.

Que reste-t-il à faire pour moderniser Alnaft, la doter de ressources humaines qualifiées ?
L’étendue de notre territoire, dont la superficie de son domaine minier avoisine 1,5 million km2, et les ressources énergétiques autant importantes que diversifiées qu’il recèle exigent un effort qualitatif en vue de leur amélioration et de leur développement ; ceci implique un nombre d’opérateurs de plus en plus croissant, induisant un apport technologique conséquent avec davantage d’échanges d’expériences entre les entreprises nationales et les compagnies internationales.
Vous avez donc raison d’évoquer cette question, car nous considérons effectivement que beaucoup reste encore à faire sur ce plan et nous ne comptons pas nous soustraire à la voie de modernisation de l’agence Alnaft. Pour ce faire, nous envisageons d’orienter nos efforts selon plusieurs axes dont, essentiellement : Dotation en ressources humaines qualifiées par : l’amélioration du niveau des capacités techniques du personnel déjà en place par l’organisation de formations bien ciblées, effectuées aussi bien en Algérie qu’à l’étranger. Cette action qui dure déjà depuis au moins 2 ans continuera de se dérouler les prochaines années, selon les besoins exigés par l’exercice de chaque tâche. 
Lancement d’une campagne de recrutement (en complément à ce qui a déjà été fait jusqu’à présent), visant à renforcer les équipes existantes, d’une part par des cadres expérimentés dont la compétence aurait été prouvée dans les domaines liés aux activités d’Alnaft et, d’autre part, par une autre catégorie de cadres n’ayant pas forcément une longue expérience mais dont les résultats obtenus le long de leurs études encouragent à faire subir aux candidats concernés des formations complémentaires appropriées, selon les tâches qu’ils seront amenés à effectuer.
Pour cette dernière catégorie, nous envisageons de coopérer avec les institutions algériennes de formation (universités et instituts) dans le cadre d’accords et de conventions que nous aurons à conclure conjointement. Meilleure prise en charge des aspects liés aux analyses économiques et à l’audit des coûts par la mise en place de la structure d’audit qui sera étoffée en personnel  qualifié.

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