Après le duel Djoudi - Laksaci sur la dépense publique
L’Algérie est-elle au bord d’un plan d’austérité ?
Par : Hassan HADDOUCHE
Cette fois, ça y est, le débat sur la croissance des dépenses publiques est bien lancé. Au cours des dernières semaines, c’est la Banque d’Algérie qui tirait la sonnette d’alarme avant que le ministère des Finances ne tente de calmer le jeu. Le débat est loin d’être clos et on parle déjà, pour 2013, d’un blocage des recrutements dans la Fonction publique. L’austérité frappe-t-elle à la porte de l’économie algérienne ?
La Banque d’Algérie, qui a déjà fort à faire avec entre autres la supervision du secteur bancaire, la gestion de la valeur du dinar et celle de l’inflation, ainsi que le suggère perfidement Karim Djoudi, est-elle bien dans son rôle en commentant l’évolution des finances publiques qui passent généralement pour le domaine réservé des locataires de Ben Aknoun ?
Pour un ancien haut responsable du secteur financier, la réponse ne fait pourtant aucun doute : “Le gouverneur de la Banque d’Algérie est tout à fait dans son rôle lorsqu’il dit attention, cela ne peut pas marcher avec un baril à 90 dollars. Mohamed Laksaci est un excellent économiste et il faut prendre très au sérieux ses avertissements sur la soutenabilité des finances publiques.
D’autant plus que ce ‘warning’ est mis en scène de façon solennelle à l’occasion de la présentation du rapport de conjoncture annuel de la Banque d’Algérie. L’idée est en fait de prévenir la Présidence de la République que l’ouverture des vannes budgétaires, décidée dans l’urgence du printemps 2011, doit être une mesure provisoire. L’avertissement de la Banque d’Algérie est clair, il faut stopper la dérive budgétaire.
Si cela est dit maintenant, ce n’est pas parce que les cours pétroliers ont fléchi dernièrement, c’est parce que la soutenabilité des finances publiques fait désormais partie du débat public.”
Querelle de chiffres
Le plus surprenant dans la mini-polémique des derniers jours, c’est que les chiffres mentionnés par les deux institutions en charge de la conduite des affaires économiques du pays sont en apparence extrêmement divergents. “Désormais, l’équilibre budgétaire requiert des niveaux de prix des hydrocarbures supérieurs à 112 dollars le baril, pendant que les recettes budgétaires totales restent fortement dépendantes de celles, très volatiles, des hydrocarbures”, indique de façon péremptoire le récent rapport de la Banque d’Algérie. Sur le même sujet, Karim Djoudi se voulait au contraire rassurant au début de la semaine dernière.
“La tendance baissière du prix du pétrole nous impose d’être prudents, mais nous ne devons pas perdre de vue deux éléments importants : nos dépenses effectives constatées en fin de l’exercice sont basées sur un baril à 75 dollars et nos capacités de financement, cumulées grâce au FRR, aux réserves de change et au remboursement de la dette, sont considérables”, a expliqué le ministre à la Radio nationale.
Qui a raison, qui a tort ? Apparemment tous les deux, si on en croit un spécialiste des finances publiques : “Le chiffre de 112 dollars calculé par la Banque d’Algérie repose sur le niveau de dépense autorisé par la loi de finances complémentaire pour 2011 qui entérine notamment les nombreuses augmentations de dépenses de salaires décidées le 22 février. Karim Djoudi mentionne de son côté, pour la première fois, des chiffres de dépenses effectives enregistrées à la fin de l’année 2011 qui indique que les dépenses réelles ont été sensiblement inférieures aux dépenses autorisées et prévues par la LFC 2011.” Le débat est loin d’être clos et devrait de nouveau rebondir dans les mois qui viennent, à propos cette fois des dépenses publiques au titre de l’année 2012 et de la préparation de la loi de finances pour 2013.
D’autant plus que le FMI dans son dernier rapport sur les perspectives de l’économie mondiale publié en avril dernier (voir encadré) souligne à son tour les risques liés à la croissance accélérée des dépenses publiques dans les pays exportateurs de pétrole et pointe pour l’Algérie un “prix d’équilibre budgétaire” du baril à près de... 105 dollars en 2012.
Un niveau de prix qui apparaît bien difficile à atteindre dans un contexte très chahuté pour les marchés pétroliers .
H. H.





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