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Économie / Finances

Le drame des mariages mixtes

Quand le rapt d’enfants devient une solution de facilité

Il y a certaines histoires qui ne laissent point indifférent ; celle que nous a racontée cette mère courage, trompée, désabusée, nous a laissés perplexes tant par le déroulement que par la complexité de ses relations conjugales. Faut-il pour autant incriminer les mariages mixtes (de deux cultures ou de deux religions) ? Faut-il permettre que des enfants soient otages des adultes ? Faut-il que des enfants soient enlevés par l’un des parents pour assouvir un bien égoïste caprice ? La justice reste-t-elle si impuissante devant les agissements de certains parents qui privent leurs enfants, parfois en bas âge, d’un parent, que ce soit la mère ou le père ?

L’histoire somme toute ordinaire, ou de ce qui semble l’être, est celle de Michèle Makki que nous avons rencontrée le mois passé à Genève. C’est une femme très gentille, à la voix douce, au visage expressif dont les yeux reflètent cette souffrance muette qui va la pousser à se confier, à dire tous ces mots restés jusque-là emprisonnés entre ses lèvres minces.
Michèle, instruite et cultivée, a le verbe facile, le contact aisé, héritage de son passé d’enseignante, femme de lettres aussi, elle écrit de la poésie, des textes que nous avons retrouvés dans des revues spécialisées. Pour le bien de sa fille, “ce bien” trop précieux à ses yeux, sa chair et son sang qu’elle décide de se confier, de raconter son histoire, pour que justice lui soit rendue, nous dit-elle, et pour que sa fille Nora, celle qu’elle chérit par-dessus tout ne l’oublie pas et qu’elle sache qu’elle l’aime tant. Michèle Makki a épousé A. à Genève le 28 août 1981 alors étudiant. Le couple a vécu ensemble plus de vingt ans, donnant naissance à deux enfants à Genève, Mounir, né en 1983, et Nora, en 1990. Michèle se rappelle de ces moments vécus avec un mari difficile, au chômage la plupart du temps et c’est à elle qu’incombait la tâche de faire tourner la maisonnée, son mari a toujours travaillé de façon intermittente, sept ou neuf ans en vingt ans de mariage.
Par ailleurs, son mari a contracté des dettes qu’aujourd’hui elle paie malgré elle. Le drame est que le couple ne va plus, plus d’entente, Michèle se dit fatiguée de servir d’alibi à son mari qui ne veut pas travailler, fatiguée d’assumer seule la tâche de parent et fatiguée de tenter des réconciliations sans lendemain. Michèle craque et entre dans un centre de repos pour récupérer. À sa sortie, elle va chez des parents à elle. Puis décide d’aller voir un juge pour expliquer sa situation et ses conflits conjugaux qui se détériorent. Le juge convoque le mari pour tenter de comprendre, tenter de se réconcilier avant tout. A ce rendez-vous, le mari n’est jamais allé. Pour cause, il a préféré quitter rapidement Genève. “Mon mari n’a pas attendu, n’a rien voulu savoir. Même si nous avons engagé une procédure de divorce, étant au chômage, il serait resté chez nous et aurait bénéficié d’une pension alimentaire. Cela il le savait, mais il a préféré voler notre fille et quitter rapidement la Suisse, arrachant ma fille à sa mère, à son environnement, à son école, laissant la moitié de ses affaires, de ses livres, de ses jouets.” Alerté par une amie qui ne voyait plus Nora aller à l’école, Michèle se rendit chez elle et, à son grand effarement, son mari a disparu emmenant avec lui leur fille. Une folle incertitude et l’angoisse la tiraille ; elle téléphone partout : famille, amis, beaux-parents, belle-sœur. Des mois passent et elle arrive à localiser son mari à Alger. “Ma fille comme mon fils sont atteints d’une grave maladie : la phénylcétonurie, qui se soigne à vie, d’après mes informations. Cette maladie n’est pas soignée en Algérie. Je m’inquiète, car ma fille Nora est soumise à un régime strict, quelques fruits et légumes, des farines et pâtes diététiques obtenus uniquement sur ordonnance, ainsi qu’un médicament nommé P.A.M. Toute son alimentation doit être pesée et calculée de manière à ne pas dépasser une certaine dose de protéines dans le sang, d’où la nécessité d’une prise de sang régulière.” Cela inquiète énormément Michèle, car en Suisse, c’est elle qui soignait sa fille. “J’envoie régulièrement des médicaments à ma fille à l’adresse de sa tante, gynécologue, à Alger, sans plus.”  A. rentre en Algérie avec sa fille le 6 mai 2002 et interdit formellement à Michèle de la revoir. À cette date-là, le divorce n’est pas encore prononcé. Michèle consulte des avocats, des juges en Suisse, la garde lui revient, mais en Algérie on reste sourd à ces supplications, à sa douleur. “Je ne désire rien d’autre que revoir que ma fille, l’embrasser, lui dire que je l’aime”, nous dit Michèle, la voix étranglée par les larmes qu’elle retient par pudeur. Voilà un peu plus d’un an que sa fille a été “enlevée” par son père. Michèle a déjà fait deux voyages en Algérie, le divorce a été prononcé entre-temps et le père refuse avec la complicité d’une loi injuste (existe-elle, du moins chez nous, cette loi qui refuse à une mère de prendre dans ses bras sa fille). Michèle a vu en Algérie le juge, des avocats aussi, elle a écrit au ministre de la Justice, le 5 octobre 2002, puis une autre lettre au président de la république, le 6 juillet 2002, sollicitant leur aide. Michèle n’arrive pas à voir sa fille, ni à lui parler au téléphone, le père refuse net de lui donner des nouvelles d’elle. Au fait, y a-t-il des dispositifs en cas de conflits dans un mariage mixte ? Un parent peut-il enlever son enfant en toute impunité ? Peut-on interdire à une mère de voir son enfant ? Que disent les conventions internationales ? Que dit la loi algérienne en pareil cas ? Voilà bien des questions et une conscience aussi, car le juge a l’autorité d’exiger du père de ramener dans son cabinet sa fille afin que sa mère puisse la voir, juste la voir et c’est déjà un premier pas et c’est ce que demande Michèle rongée par l’absence. Juste voir sa fille et que celle-ci sache qu’elle l’aime toujours.

N. B.