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Économie / Finances

Séisme, répliques…

Un nouveau vocabulaire pour les gosses

"Je souhaite, plutôt, je prie Rabi, Dieu de ne pas donner d’autres séismes, pour que je puisse dormir tranquillement et me réveiller  tôt le matin pour jouer avec mes copains. Nous avons vécu les inondations et maintenant le tremblement de terre, on a toujours peur ", lâche d’un trait Samir, ce petit bout d’homme de dix ans à peine. Un état qui en dit long sur les perturbations psychologiques des enfants traumatisés par le séisme. Samir habite les Trois horloges, son regard espiègle d’un "Oulid Bab El Oued"  ne cache pas la peur que lui et sa famille vivent quotidiennement depuis le séisme du mercredi 21, bien que l’arrêt des cours ne lui déplaise pas.
Il y quelques jours, les rues d’Alger et  ses environs s’étaient vidées des petites silhouettes souriantes qui semaient la joie et l’espérance sur leur passage. Les longues nuits d’angoisses passées dans la rue, les vacances anticipées, ont fini par décourager et démoraliser les plus tenaces d’entre eux.
Pourtant, chaque matin leurs éclats de rire tiraient la ville de son sommeil. Dans le quartier populaire de Bab El Oued, l’atmosphère reste lourde d’une ambiance angoissante. Cette peur démesurée qui a succédé au séisme, empêche de penser  à des lendemains meilleurs et, à chaque fois que la terre affiche sa colère, les visages se referment plus, si ce ne sont les enfants  qui apportent une note d’optimisme avec leurs cris et jeux chapardeurs. Yacine, Fethi et Malek, copains de longue date s’investissent spécialistes et tentent de rassurer les autres en expliquant le séisme, les répliques, l’écorce terrestre.
Sabrina, Amina et Houda se retrouvent chaque fin d’après-midi dans les rues de Beau Fraisier qui porte toujours les traces des inondations du sinistre  novembre 2001, pour créer un semblant d’animation dans ce quartier paisible. Même si les frayeurs sont omniprésentes, elles tentent de les oublier dans une partie de marelle puis, ce que racontent les spécialistes, sont  leurs derniers soucis.
C’est, disent-elles, qu’elles regrettent l’école, mais l’été approche et elles sont pleines de " projets " en tête. Houda vit à Aïn Naâdja mais, depuis la terrible secousse, elle a peur de rentrer chez elle, elle veut rester plus longtemps chez ses grands-parents au Beau-Fraisier. Mais quant elle a vu les élans de solidarité, elle a dit à sa mère  “rentre à la maison et ramasse dans un sac mes habits pour les donner !" Une maturité bien précoce pour cette petite fille de sept ans. Mina, cinq ans, dort désormais avec ses chaussures bien lacées et sa veste ." Il fait trop froid dans la rue, la nuit ", nous dit-elle. Puis : " Nous avons une maison sismique " rit-elle sachant qu’elle a mal prononcé le mot savant. Les enfants algériens enrichissent leurs vocabulaires d’une bien singulière façon : avec tous les mots appris avec le terrorisme et les inondations, vient le séisme.

W. L.