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Économie / Finances

Bachir Khodja, porte-parole de la fédération algérienne de l’olive à Liberté

“Une évolution inquiétante de la filiére oléicole”

Dans cet entretien, ce responsable de la Fédération des producteurs et transformateurs d’olive aborde l’état de la filière et suggère des pistes pour développer l’oléiculture dans le pays.


Liberté : Selon les prévisions de la direction des services agricoles de Béjaïa, la production oléicole avoisinerait cette année les 10 millions de litres. Si les chiffres se vérifient, on peut dire que ce n’est finalement pas une si mauvaise année. Tout le monde avait tablé sur une mauvaise récolte, qu’est-ce que vous en pensez ?

BACHIR KHODJA : Les services agricoles de la wilaya fournissent des chiffres sur la base des potentialités oléicoles de la région et ne tiennent pas compte des différents aléas lies à la campagne. En ce qui nous concerne, les chiffres avancés sont ceux fournis par les oléifacteurs (huileries) et ne concernent que les olives triturées destinées à la production d’huile. Les quelques unités de trituration, qui ont travaillé durant cette saison oléicoles, pendant une période très courte, ont fourni des chiffres en deçà de 5 millions de litres.  Si les statistiques concernant les surfaces cultivées et le nombre des arbres ne peuvent prétendre qu’à des approximations, il apparaît encore plus difficile d’apporter des précisions en ce qui concerne les rendements en olives et en huile.

La saison écoulée, la jauge d’huile, obtenue, était de 15,10 millions de litres, soit une baisse d’un tiers par rapport aux prévisions de la DSA. D’aucuns avaient affirmé, sur les colonnes d’un confrère, que la baisse est de 70%. Quelles sont les chiffres de la Fédération algérienne de l’olive ?

Même les chiffres de la saison dernière ne reflètent pas vraiment la réalité sur le terrain en ce qui concerne la wilaya de Béjaïa, première région oléicole d’Algérie. Cependant, nous avons constaté une production significative au niveau de certaines régions oléicoles d’Algérie situées au centre et à l’ouest du pays et qui ont un taux  de consommation local insignifiant en huile d’olive.

Quels sont les facteurs à l’origine de cette baisse ?
Les facteurs les plus importants sont liés à l’être humain. Non seulement l’Algérie n’a pas amélioré sa production, mais la baisse des rendements qu’elle enregistre ne manque pas d’être inquiétante : d’abord, par la perte de richesses qu’elle provoque, dans un pays où les ressources agricoles s’accroissent moins rapidement que le chiffre de la population. Ensuite, parce que le prix de revient au quintal devient vite prohibitif, lorsque la production par arbre diminue. La récolte, notamment, s’avère très onéreuse sur des arbres peu chargés. Avec la concurrence de l’huile de graines, notre oléiculture serait vite acculée à une situation critique si les mesures nécessaires n’étaient prises rapidement.
Dans de nombreuses régions de Kabylie, l’olive tend à devenir plutôt un produit de cueillette qu’une denrée culturale.
Toutes les parcelles de culture difficile, à rendements réduits, sont abandonnées car leur rentabilité n’est plus en rapport avec le niveau de vie actuel. Ce qui se passe en Kabylie est sans doute moins prononcé dans les autres régions, niais, là aussi, on constate une évolution inquiétante.

Tout cela va avoir bien sûr des répercussions sur les prix, voire même contraindre le gouvernement à recourir à l’importation. Qu’est-ce que vous en pensez ?
Ce n’est pas la simple comparaison des prix qui peut permettre de résoudre le problème. Il ne suffit pas, en effet, de vouloir acheter, encore faut-il disposer de moyens de paiement. Or, le souci de l’équilibre de la balance du commerce extérieur de notre pays va nous amener à faire un choix parmi les produits importés. Il est évident que nous ferons passer en priorité ceux dont nous ne pouvons pas nous passer et qu’il n’est pas possible d’obtenir sur place. Si nous descendons jusqu’à l’échelon individu, nous constatons que de nombreux habitants de l’Algérie ne disposent pas de moyens de paiement qui leur permettraient d’acheter clans le commerce.  
Si l’on ne peut acheter, il ne reste qu’une solution : produire. L’oléiculture, première richesse arboricole de l’Algérie, doit être maintenue à ce rang dans le cadre d’une sage et prévoyante politique d’accroissement des ressources vivrières du pays.

Les techniciens de la DSA insistent beaucoup sur le phénomène d’alternance. Ce qui explique, selon eux, que la filière oléicole ait enregistré en 14 ans : 4 excellentes campagnes, quatre moyennes et six mauvaises. Est-ce que le phénomène se pose par exemple en Grèce, en Espagne ou au Maroc ?
Il est intéressant de constater que l'alternance d'une année sur l'autre est très forte : signe du peu de soins de la majorité des oliviers. En Espagne, par exemple, la culture de l’olivier se traduit par une nette réduction de cette alternance : signe du meilleur entretien de la majorité des oliviers. Tout n'est bien sûr pas si simple, il faut tenir compte également de la climatologie, des nouvelles plantations qui entrent en production, mais tout ceci rejoint le proverbe qui fait parler ainsi l'olivier qui s'adresse à l'homme : “Appauvris-moi en bois et je t’enrichirai en huile”. Ici aussi l'inverse est vrai !!
D'une façon simple (mais vérifiée sur le terrain !) : moins l'olivier à de soins, plus il alterne. L'inverse est vrai : plus on entretient correctement l'olivier, moins il alterne.

 

Selon le chargé du FNRDA au niveau de la subdivision de Seddouk, M. Naït-Bouda “on devait avoir cette année dans la région un rendement moyen variant entre 30 et 35 litres par quintal.” Mais il s’est passé quelque chose qu’il n’arrive pas à expliquer. Le rendement est de 19 à 20 litres par quintal. Que s’est-il passé, selon vous ?
Le degré de maturité des olives au moment de la trituration affecte aussi bien la qualité que le rendement d'extraction des huiles qui en sont produites, comme suit :
- au stade de maturité précoce (stade vert), les olives sont peu riches en huile et donnent un produit fini très sensible à l'oxydation de par sa teneur exceptionnellement élevée en pigments chlorophylliens, favorisant l'oxydation en présence de lumière.
- à maturité complète (stade noir), il y a une influence négative sur le taux des composés mineurs responsables des attributs sensoriels de l’huile (composés aromatiques, polyphénols) et de sa stabilité à l’oxydation (polyphénols).
Aussi, pour assurer une production oléicole de qualité, il faut procéder à la récolte à un stade optimal de maturité.
La qualité de l’huile d’olive est mesurée par des caractéristiques physico-chimiques et organoleptiques. Elle dépend principalement de la matière première (olive) et du processus d’extraction.
Les huiles produites par les presses sont essentiellement de qualité moindre par rapport à celles produites par le système de centrifugation à deux phases. Elles ont des caractéristiques analytiques permettant de les classer dans la catégorie extra mais souffrent des défauts organoleptiques (défaut types “scourtin” et “margines”), ce qui les déclasse dans la catégorie “lampante”.
Les olives doivent être récoltées au juste degré de maturation. Le meilleur système de récolte est la méthode traditionnelle (cueillette à la main sur l’arbre) qui permet de cueillir le fruit au degré de maturation voulu, dans les meilleures conditions, intact et sans aucun contact avec la terre. Un autre système efficace de récolte est le batteur mécanique; ce qu’il faut absolument éviter est la récolte à terre. La formule pour obtenir une bonne huile extra vierge: olives saines, récolte sur l’arbre et broyage immédiat.
Par exemple, les conditions dans lesquelles est effectué le pressurage, ont une incidence sur le rendement des olives d’une part et, de l’autre sur la qualité de l’huile. La température maximale, pendant le pressurage doit être environ de 28°; l’augmenter permettrait d’obtenir un meilleur rendement d’huile extraite des olives, mais risquerait d’entraîner un abaissement substantiel de la qualité du produit.

Il s’agit, si je comprends bien, de professionnaliser la filière. La Fédération algérienne de l’olive a-t-elle des propositions concrètes ?

L’extension clé de la culture de l’olivier, pour si souhaitable qu’elle soit, ne peut pas être envisagée sans certaines précautions. S’il paraît chimérique d’entamer une lutte directe avec l’huile de graines, du moins devons-nous chercher à limiter l’écart qui sépare les prix de revient. En outre, l’olivier doit s’ajouter à nos richesses agricoles existantes, et non se substituer à elles, même si cela paraissait a priori, c’est-à-dire d’un point de vue étroitement financier, avantageux. Nous devons chercher à tirer parti de la rusticité (le l’arbre, de sa faculté d’adaptation aux climats secs, pour lui faire occuper des terrains où les plantes annuelles ne donneraient que des résultats médiocres. Sur un sol rendu trop exigu par l’accroissement des populations, nous devons, après avoir exploité à fond toutes les bonnes terres avec nos cultures les plus exigeantes, mettre en valeur par l’arbre les parcelles qui ne conviennent qu’à cette spéculation. Cela ne veut pas dire que l’olivier peut être installé sur des sols et sous des climats quelconques. Pour s’assurer des rendements acceptables tout en réduisant les frais de culture. La Tunisie a pu ainsi constituer une magnifique forêt d’oliviers sans empiéter sur ses terres à céréales et procurer à sa population une ration d’huile sensiblement triple de la consommation algérienne et entièrement tirée de son propre sol. C’est là un résultat des plus heureux pour l’économie nationale, sans parler des exportations qui permettent au pays de mener un train de vie analogue à celui des nations que la Nature a comblées.

À combien estimez-vous le chiffre d’affaires de la filière oléicole ?
Sous ces réserves, on compte, pour l'ensemble de l'Algérie, une superficie comprise entre 300 et 350 000 hectares. La superficie oléicole au niveau de la wilaya est estimée à environ 51 000 hectares et la production a varié considérablement d’une année à une autre (5 à 25 millions de litres). La production moyenne est estimée à 15 millions de litres. Le chiffre d’affaires est d’environ 60 millions de dollars.
Par rapport aux autres cultures fruitières algériennes, c'est beaucoup. L'olivier occupe, en effet, la première place avant le figuier, le dattier et les agrumes. En superficie, il s'étend sur le 1/3 de l'espace dévolu aux cultures fruitières arborescentes. En nombre, il compte pour 28 %, mais le tonnage des olives récoltées ne dépasse guère le quart de notre production fruitière.
Si nos oliviers détiennent une large part dans notre activité arboricole, ils pèsent bien peu dans l'oléiculture mondiale.
Par rapport à nos voisins immédiats, nous nous trouvons sensiblement à égalité avec le Maroc, mais nous possédons à peine la moitié des arbres qui font la richesse de la Tunisie, pays qui est sans doute, de toute l'Afrique du Nord, le plus petit, le plus déshérité, mais n'est pas le moins dynamique et devant lequel les oléiculteurs du monde entier doivent s'incliner, car il a su tirer un parti inespéré de conditions climatiques particulièrement rudes.


M. O.