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Autres / Histoire

Le 4 février 1958, les soldats de l’ALN déciment le camp d’El-Horane

Il y a 62 ans eut lieu la grande prise d’armes de la Wilaya III historique

© D.R.

Le 4 février 1958, 33 combattants de l’ALN font irruption dans campement de l’armée coloniale situé à Hammam Dhalâa, dans l’actuelle wilaya de M’sila. En plus de 25 militaires pris comme prisonniers, l’opération a permis de récupérer un important arsenal de guerre. C’est la plus impressionnante opération du genre pour la Wilaya III historique.

La guerre d’indépendance regorge de batailles, de faits d’armes et d’actes de bravoure. Beaucoup de ces faits ont été portés par les historiens, chercheurs et même des acteurs de cette épopée révolutionnaire. 
C’est le cas de l’opération “El-Horane”, durant laquelle des unités de l’ALN de la Wilaya III historique ont attaqué et rayé de la carte un campement de l’armée coloniale pour récupérer un des butins les plus impressionnants de la guerre. En début de soirée du 4 février 1958, quelques combattants de l’ALN ont réussi à mettre la main sur un véritable arsenal de guerre composé de 2 canons 82 mm, 2 autres canons Hown de 60 mm, 7 mortiers de 12/7, des fusils-mitrailleurs, du matériel de télécommunication, des fusils de tous types et des milliers d’autres munitions de guerre. Pis, les moudjahidine se sont même permis le luxe de détruire 7 chars et de faire une vingtaine de prisonniers. Si cette histoire est méconnue du grand public, ceux qui l’ont vécue veulent que ce fait d’armes soit connu des nouvelles générations. Mais pour raconter les détails de cette opération, qui de mieux que celui qui l’a menée ? Le commandant Saïd Saayoud est l’homme qui a eu la lourde charge d’être à la tête des trois bataillons qui ont pénétré, au soir du 4 février 1958, dans le camp militaire d’El-Horane, à Hammam Dhalâa (aujourd’hui dans la wilaya de M’sila), dans le seul but de prendre des armes et des munitions. À bientôt 90 ans, celui que les moudjahidine appelaient Loutchkis a accepté de venir de la ville d’El-Yachir (w. de Bordj-Bou-Arréridj) où il vit désormais jusqu’à notre rédaction – l’entretien a eu lieu en janvier 2019. Malgré le poids des ans, l’homme, un regard perçant, n’a rien oublié de cette journée “bénie”, lorsque Rabah Beldjariou, chef de la zone de M’sila, lui annonce que c’est lui qui était choisi pour conduire cette opération commando à l’issue incertaine. “J’étais secoué par l’annonce. Non pas que j’avais peur, mais parce que je ne m’attendais pas à ce que ce soit moi qui devait conduire l’une des opérations les plus dangereuses, pas seulement au sein de la Wilaya 3, mais sans doute à l’échelle nationale”, se souvient l’ancien combattant. Il se rappelle de l’homme par qui l’opération n’aurait jamais pu avoir lieu. Originaire d’Aflou, dans l’actuelle wilaya de Laghouat, Mohamed Zernouh était sergent-chef. Il travaillait dans le service des moyens généraux du campement. Une situation socio-professionnelle plutôt confortable qui n’empêche pas le jeune homme de s’intéresser à la lutte pour la libération du pays. 

Zernouh : un “moudjahid” infiltré
Au fil des jours, Zernouh “devient populaire” auprès de la population de Hammam Dhalâa, se souvient encore Saïd Saayoud. Une proximité qui permettra vite au militaire de se rapprocher des responsables locaux de l’OCFLN, l’Organisation civile du FLN, puis de l’ALN. Au début, le rôle de Zernouh se limite à fournir aux combattants des tenues et quelques munitions. Puis, les chefs locaux de l’ALN demandent à leur agent des renseignements plus précis sur le camp. Et ils se rendent compte qu’il y a là un coup à jouer. Le casernement était en effet isolé et situé dans une zone stratégique, à mi-chemin entre M’sila, Sidi Aïssa, Beni Ilmane, Mellouza, Mansoura et d’autres zones. En plus de surveiller les déplacements des éléments de l’ALN, la mission du camp était de servir du centre logistique en fournissant les casernes de la région en produits alimentaires, armes et munitions. Cette situation et les descriptions données par Mohamed Zernouh donnent des idées aux responsables de l’ALN. 
Ils demandent alors au sergent-chef de les aider à attaquer le campement pour y prendre des armes et des munitions. L’homme accepte sans hésiter, et Rabah Beldjariou, enthousiaste, va expliquer le plan au chef de la Wilaya, le colonel Amirouche. “Durant trois jours, Beldjariou explique à Amirouche le plan de l’opération dans le détail”, apprendra plus tard Saayoud, affecté à d’autres opérations à ce moment-là. Le chef adopte le projet et il ne reste donc que les détails. Saïd Saayoud apprend les détails de l’opération à quelques heures de ses débuts. Jusqu’au 2 février, celui qui devra conduire l’opération ne se doutait de rien. Mais en ces temps de guerre, on ne discute pas les ordresn, et la responsabilité est plutôt un “fardeau qu’un honneur”. “J’ai accepté la responsabilité sans rechigner. De toute façon, je ne pouvais pas refuser. Par contre, j’ai demandé des renforts”, se rappelle le commandant de l’ALN. “J’avais choisi trois bataillons, composés en tout de 33 hommes, commandés par 3 sous-officiers, à savoir Belkacem Cherfaoui, Moh-Ouali Oukhlaed et Brahim Benaouf…”, relate encore l’ancien combattant qui, par intermittence, s’arrête brusquement de réciter les faits. Il est souvent envahi par l’émotion, mais évite de pleurer. “Beaucoup de choses se sont passées”, se justifie-t-il, soupirant. “Ces trois bataillons devaient s’occuper chacun d’une mission précise : l’un devait s’attaquer aux blindés, l’autre du dépôt d’armement et le troisième des hommes”, poursuit-il.

Un campement rayé de la carte…
Le 4 février 1958, fin d’après-midi. Les 33 soldats de l’ALN sortent d’un refuge pour se diriger, avec beaucoup de précautions, vers le campement militaire de Horane, à 30 km au sud de M’sila.  Le soleil est au crépuscule. Les hommes de Saïd Saayoud vont à la rencontre de leur destin. “Nous avancions la peur au ventre”, se souvient-il encore. La peur était surtout due au risque de l’échec qu’à celui de mourir. Arrivés vers 19 h aux alentours de la caserne, les moudjahidine se mettent en embuscade en attendant la tombée de la nuit. 
Ils savent qu’en ce début de soirée, les militaires devaient être en train de manger. Il ne restait donc que les hommes qui montaient la garde. Et exceptionnellement, Mohamed Zernouh a montré un zèle inhabituel à monter dans une de ces guérites. Comme convenu, le sergent-chef presse le soldat de garde d’aller dîner. L’homme ne se doutait de rien. Il laisse l’Algérien le remplacer. Zernouh est à présent seul. Il peut allumer la lampe électrique manuelle, le signe qui devait permettre aux moudjahidine d’entamer l’opération. Une dizaine d’hommes se ruent vers l’endroit où sont stationnés les chars et les blindés. Un autre groupe se dirige vers le dépôt des armes tandis que le dernier bataillon dans lequel se trouvait Saayoud, entre dans le messe où les soldats et officiers viennent de finir de souper. Saïd Saayoud ordonne aux militaires de lever les mains. Ils refusent. Il répète son ordre. Il essuie un tir. “Je suis blessé à l’épaule, mais j’ai riposté”. 
Il tue un premier soldat et les autres comprennent désormais que l’affaire est sérieuse. Le coup est dur. “J’ai encore des balles dans mon corps”, indique, timide, le vieux militant. Mais pas question de faire marche arrière. Sept soldats s’enfuient dans les sous-sols. Cinq seront blessés et mourront plus tard. 25 militaires sont désormais faits prisonniers. Le groupe chargé de s’attaquer au dépôt des armes réussit son coup. Le champ est libre. Ils peuvent se servir. Mais que faire des chars et blindés ? “J’ai ordonné qu’on les brûle”, avoue Saayoud. 

La joie du colonel Amirouche…
De fait de l’isolement du campement, les hommes de l’ALN ont pris leur temps. De 19 h à 22h30, ils ont accompli leur opération avec un succès éclatant. Aucun décès parmi eux. Seuls deux blessés. Mais la moisson est légendaire : il a fallu 63 mulets pour transporter armes et munitions. Mais une fois les emplettes faites, la population des villages environnants arrive. Les villageois se ravitaillent en produits alimentaires. Les hommes de Saayoud doivent maintenant partir très loin pour éviter des représailles. Ils parcourront 30 km de nuit avec le poids des marchandises et des 25 soldats capturés. “Malgré ma blessure, je n’avais pas quitté de l’œil les prisonniers”, se souvient notre interlocuteur. 
La cargaison est conduite, dans une marche qui durera trois jours, jusqu’à Akfadou, au Quartier général de la Wilaya III. Le colonel Amirouche, fier du travail accompli par ses hommes, distribue lui-même les armes. Il demande à “bien traiter” les prisonniers. Un d’entre eux servira à venger un officier de la Wilaya III historique. Les autres captifs seront tous libérés en 1959 sur ordre de Abderrahmane Mira, qui assurera l’intérim du commandement de la Wilaya au moment où le Colonel Amirouche entamait son voyage en Tunisie. Des hommes qui ont conduit cette opération, rares sont ceux qui ont survécu. Malgré les graves séquelles, Saïd Saayoud en fait partie. Il a eu le temps de raconter son combat dans un livre-mémoires simplement intitulé “Les mémoires du commandant Saïd Saayoud”.  
 

Par : Ali Boukhlef


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