À l’approche de la présidentielle
L’armée égyptienne rue dans les brancards israéliens
Par : Djamel Bouatta
Hormis la coopération sécuritaire, et quelques contrats tels que l'accord gazier, les deux pays n'ont jamais établi de réelles relations commerciales ou culturelles, car le traité de paix signé par Begin et Sadate en 1979 à la Maison-Blanche, n'a jamais été accepté par la population égyptienne.
Les relations se dégradent entre Israël et l'Égypte. Le ton avait été donné durant le printemps du Nil lorsqu’un incident frontalier entre soldats israéliens et égyptiens avait déclenché de violentes manifestations, qui avaient culminé par la mise à sac de l'ambassade israélienne au Caire en septembre 2010. Cette fois-ci, le maréchal Tantaoui, le chef de l’armée au pouvoir depuis la chute de Moubarak, se fait plus menaçant en répliquant indirectement aux manœuvres militaires israéliennes dans le Sinaï. “Si quelqu'un s'approche des frontières de l'Égypte, nous lui casserons la jambe”, a averti le chef suprême des armées et numéro un du Conseil supérieur de l’armée qui est resté aux commandes malgré l’élection d’un Parlement chargé de rédiger la Constitution post-Moubarak. L’armée, sous la pression de l’opinion égyptienne qui manifeste depuis la chute du “pharaon” son hostilité croissante aux accords de paix avec Israël s’est vu obligée de sortir de l’indifférence qu’elle avait observé jusqu’ici, malgré les pressions de Washington qui tient le Caire avec ses 3 MDS affectés chaque année pour contenir les ressentiments anti-israéliens des Égyptiens. La rupture du contrat gazier avec Israël constitue une nouvelle étape dans la dégradation progressive des relations entre les deux pays depuis la révolution égyptienne de février 2011. Un incident frontalier ayant occasionné la mort de plusieurs soldats égyptiens en août 2011, tués par l'armée israélienne lancée à la poursuite des auteurs d'un attentat terroriste sur une route du Sud d'Israël, avait déclenché de violentes manifestations, qui avaient culminé avec l’assaut de populations contre la représentation diplomatique israélienne au Caire. Depuis, les diplomates israéliens n'assurent plus qu'une présence symbolique de quatre jours par semaine dans la capitale égyptienne, où ils n'arrivent plus à trouver à louer de locaux. Hormis la coopération sécuritaire, et quelques contrats tels que l'accord gazier, les deux pays n'ont jamais établi de réelles relations commerciales ou culturelles, le traité de paix signé par Begin et Sadate en 1979 à la Maison-Blanche n'a jamais été accepté par la population égyptienne laquelle outre l’abandon de la question palestinienne n’a jamais vu d’avantages à cette paix virtuelle. Et si l'armée égyptienne défendait la capitulation de Camp David, parce que ce fut le choix délibéré de ses responsables et la contre-partie d’une colossale aide militaire américaine ainsi que la place fictive par ailleurs accordée à l’Égypte dans la gestion des affaires arabes.
La rétrocession du Sinaï par Israël n'a engendré des bénéfices que pour les puissants investisseurs, proches de Moubarak ou généraux à la retraite, qui ont depuis développé des stations balnéaires dans la péninsule. Les islamistes, opposants historiques aux régimes Sadat et Moubarak, n'ont cessé de dénoncer la normalisation des relations avec Israël comme une trahison de la cause arabe. Aujourd'hui majoritaires au Parlement égyptien et aux portes du pouvoir, les islamistes ont multiplié les assurances qu'ils ne remettraient pas en question la paix avec Israël, mais en les assortissant de déclarations ambiguës. En coulisse, les Américains tentent de sauvegarder un traité qui a longtemps constitué un élément essentiel de leur politique au Moyen-Orient. Tout récemment, le département d’État américain a déployé le tapis rouge sous les pieds dune délégation des Frères musulmans aux États-Unis. Le temps de l'étroite coopération entre le Mossad et les Moukhabarates (services de renseignements égyptiens) est révolu depuis le printemps du Nil et les deux voisins se regardent désormais en chiens de faïence. Israël a lancé au printemps dernier des travaux de construction d'une barrière de sécurité le long de sa frontière désertique avec le Sinaï. La région Sud, longtemps l'une des plus sûres d'Israël, connaît depuis plusieurs mois des états d'alerte réguliers. Les vacanciers israéliens, qui se rendaient régulièrement sur les plages du Sinaï égyptien, ont presque totalement déserté la péninsule, les autorités israéliennes déconseillant à présent formellement à leurs ressortissants de se rendre en Égypte. L'armée égyptienne a quant à elle considérablement renforcé son dispositif militaire dans le Sinaï, ce qu'interdisait expressément le traité de paix, qui prévoyait que seules des forces de police réduites soient stationnées dans cette région. Le ministre israélien des AE, Avigdor Lieberman, caricature de l’anti-Arabe, n’arrête plus d’alerter ses homologues occidentaux contre le danger que représente à présent l'Égypte. Le commandement sud de l'armée israélienne a été renforcé de trois divisions. Reste que, après un an d'instabilité chronique, l’Égypte est toujours plongée dans l'incertitude.
Depuis quelques semaines, les Frères musulmans et l'armée se livrent à un bras de fer pour le partage du pouvoir, rapport de forces qui conduit à la paralysie politique du pays et même l'écriture de la future Constitution est dans l'impasse. La présidentielle, dont le premier tour doit avoir lieu les 23 et 24 mai, font l’objet d’une âpre compétition entre militaires et islamistes.
D. B



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