Enjeu du bras de fer salafistes/armée
L'Egypte post-Moubarak sur trois pieds, dans quel ordre ?
Par : Djamel BouattaL’Egypte risque de sombrer dans la violence, s'alarment les populations, notamment l’establishment qui cite des déclarations incendiaires de deux candidats islamistes à la présidentielle, lesquels réagissent à leur exclusion de la course présidentielle par la commission électorale, avec huit autres prétendants.
Le salafiste Hazem Abou Ismaïl, parce que sa mère aurait eu la double nationalité américaine, le candidat des Frères musulmans Khayrat Chater et le candidat libéral historique Ayman Nour, pour cause de casier judiciaire. Ce qui contrevient à la loi électorale. Et comme pour manifester sa désapprobation, l’Arabie Saoudite, qui a sponsorisé l’islamisme politique en Egypte comme dans le reste du monde, a rappelé le 28 avril son ambassadeur au Caire, au motif que de manifestations organisées pour dénoncer l’arrestation, dix jours avant d’un avocat égyptien sur le sol saoudien. Selon Riyad, l’avocat tentait d’introduire des drogues alors que ce défenseur des droits de l’homme avait violemment critiqué les conditions de détention des citoyens égyptiens dans les prisons saoudiennes.
L’Arabie Saoudite, qui a soutenu Hosni Moubarak jusqu’au bout, a pensé pouvoir reprendre en laisse l’Egypte à travers les Islamistes mais dont la conquête de la présidence est contrariée par l’exclusion de leurs candidats par l’armée. Aujourd’hui, sa tactique est d’isoler les militaires égyptiens sur la scène internationale, notamment au Moyen-Orient avec la complicité active du Qatar, fer de lance dans le soutien des régimes islamistes qui se sont accaparés par les urnes des révoltes arabes. Les Etats-Unis veulent voir la fin immédiate de ces violences, a déclaré le porte-parole adjoint du département d'Etat Mark Toner. Washington est un partenaire d’importance pour l’armée égyptienne. L’enjeu des présidentielles égyptiennes est pour cette dernière de circonscrire les islamistes de la confrérie des Frères et d’Ennour au Parlement.
Le blocage du processus de rédaction d'une nouvelle Constitution procède également de ce le bras-de-fer entre les islamistes qui dominent le Parlement et l'armée comme le remaniement du gouvernement nommé par les militaires qu’ils maintiennent malgré un climat politique difficile.
Les incidents de mercredi ayant fait brusquement monter la tension politique, jeudi et vendredi, de nouvelles manifestations appelant à la chute du pouvoir militaire ont eu lieu dans le centre du Caire et à Abbassiya, en présence d'un candidat à la présidentielle, l'islamiste modéré Abdel Moneim Aboul Foutouh. Dans un signe d'apaisement, l'armée, qui tient les rênes du pays depuis la chute de Hosni Moubarak l'an dernier, s'est dite prête à quitter le pouvoir en cas de victoire d'un des candidats dès le premier tour.
Son chef d'état-major, Sami Anan, membre du Conseil militaire au pouvoir, a affirmé que les militaires étudiaient une remise du pouvoir le 24 mai en cas de victoire d'un président au premier tour de l'élection alors que l'armée s'en tenait jusqu'à présent à une promesse de remettre le pouvoir aux civils fin juin, une fois le nouveau président élu. Les militaires souhaitent qu’Amr moussa, un des favoris à la présidentielle, remporte cette ultime élection devant assoir l’Egypte post-Moubarak. L’exclusion des figures de proue de l’islamisme égyptien a ouvert la voie à l’ancien ministre des AE égyptien et ancien secrétaire général de la Ligue arabe. Rien ne paraît, en effet, s’opposer à sa victoire lors de l’élection de l’été prochain.
En dehors d’un soulèvement populaire, les observateurs ont du mal à imaginer ce qui pourrait venir troubler le déroulement de ce scénario. Les chances de ses rivaux semblent faibles. En Briguant la présidence, Abdel Moneim Aboul Fotouh a été exclu du mouvement des Frères musulmans, qui, pour des raisons tactiques, ne souhaite pas présenter des candidats à ce scrutin. Le Pr Mohammed Salim Al-Awa, un autre islamiste, ne représente une menace que pour Abdel Moneim Aboul Fotouh, renforçant d’autant la position d’Amr Moussa. Quant aux autres candidats potentiels, ils ne représentent pratiquement aucun danger, les récents sondages le donnent en tête de tous les candidats. Il n’y a là rien d’étonnant, sachant que l'homme est connu dans tout le pays et que son style moderne séduit un large spectre d’électeurs au sein de la société égyptienne pour laquelle, sous Moubarak, Amr Moussa s’est employé à défendre le rôle international de l’Egypte et sa position de chef de file dans le monde arabe.
Avec lui, selon les politologues du Caire, la carte post-Moubarak serait comme suit : une armée se réservant le dernier mot en matière de défense et de sécurité nationale, un président s’occupant de politique étrangère mais arbitrant entre un exécutif et un Parlement aux couleurs islamistes qui eux ont du pain sur la planche dans la gestion de la scène intérieure. Les islamistes qui ont eu la baraka en cueillant le fruit de la révolte populaire qui a balayé Moubarak en février 2011, sans y avoir pris part, veulent inverser cet ordre en s’emparant de la présidence après le Parlement.
L'armée a promis une présidentielle transparente et s'est de nouveau engagée à rendre rapidement le pouvoir aux civils. Le Conseil suprême des forces armées, à qui Moubarak a remis les rênes du pays en démissionnant, a dans le même temps mis en garde contre toute menace contre le ministère de la Défense.
D. B.



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