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Le parti chiite multiplie les attaques contre les manifestants

Le Hezbollah mène la contre-révolution au Liban

Des partisans du Hezbollah et d'Amal face à des soldats de l'armée libanaise à Beyrouth, le 25 novembre 2019. © D.R

Le Premier ministre sortant Saad Hariri a exhorté hier le président Michel Aoun à former en urgence un gouvernement pour éviter au pays les pires scénarios. 

La situation au Liban glisse dangereusement vers l’affrontement après les violentes attaques menées par les partisans du puissant mouvement chiite Hezbollah et son allié, le parti Amal, contre les manifestants antigouvernementaux. 

La presse libanaise a décrit hier des scènes d’horreur survenues dans la nuit de lundi, quand des partisans de ces deux mouvements s’en sont pris violemment aux protestataires. Selon L’Orient Le Jour, dans son édition d’hier, et citant des témoins, des militants du Hezbollah et d’Amal ont jeté, lundi tard dans la nuit, de l’essence sur les tentes des manifestants installées sur la place Alam à Tyr, avant d’y mettre le feu. Des tirs nourris ont été entendus sur la place, et l'armée est intervenue. Plusieurs manifestants se sont retrouvés, selon le même journal, piégés sur la place alors que des sources locales ont fait état de plusieurs blessés par inhalation de fumée. 

Les actes d’intimidation perpétrés par le Hezbollah contre les protestataires ne sont pas nouveaux. Depuis le début de la contestation au Liban, le 17 octobre, la direction de ce parti n’a jamais caché son hostilité au mouvement populaire qui rejette indistinctement et la classe politique dirigeante et les figures des partis politiques, confessionnels notamment, accusés de corruption et d’incompétence. 

Menacé par l’ampleur de la contestation, le parti chiite de Hassan Nasrallah redouble de violence et menace indirectement de jeter le chaos dans la rue. Depuis dimanche, les partisans de ce mouvement et de son allié Amal multiplient les provocations contre les manifestants antigouvernementaux à Beyrouth et dans plusieurs villes du pays. Des accrochages violents ont également éclaté lundi sous le pont de Cola, à Beyrouth, entre partisans du Courant du Futur, de Saad Hariri d'une part, et partisans du Hezbollah et du mouvement Amal de l'autre. Là aussi des coups de feu ont été entendus. Craignant que la situation dégénère, "le Courant du Futur appelle ses partisans à ne participer à aucun mouvement de protestation, à se retirer de tout rassemblement populaire”, pouvait-on lire dans un communiqué diffusé hier à l’aube. 

Hier, à la mi-journée, le Premier ministre sortant Saad Hariri a diffusé un deuxième communiqué, après une réunion tenue avec le président du Liban, Michel Aoun. Le Premier ministre libanais a exhorté le président Michel Aoun à tenir des consultations afin de nommer en urgence un Premier ministre et de former un nouveau gouvernement au risque de voir “la situation déjà grave que traverse le pays empirer davantage” et ouvrir ainsi le champ aux scénarios les plus improbables. Hariri a appelé à la formation d’un gouvernement techno-politique pour le traitement urgent des graves problèmes politiques et économiques que traverse le pays. 

 


Karim Benamar