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La nouvelle de Yasmina Hanane Mardi, 03 Juillet 2012 09:50 Facebook Imprimer Envoyer Réagir

Louisa 64e partie

Par : Yasmine HANANE

RÉSUMÉ :  Louisa devint une jeune veuve convoitée. Des prétendants se bousculèrent à son portail. Mais elle tint bon et repoussa toutes les propositions. Pour faire taire les mauvaises langues, elle reprend la voyance. Elle est vite sollicitée. On dirait aussi qu’elle retrouvait un peu de sérénité dans les malheurs d’autrui.

Je faisais de mon mieux pour reprendre pied. Cinq années passèrent. Mes parents quittèrent ce monde l’un derrière l’autre, me laissant plus seule que jamais. Mes beaux-parents les suivirent de près. Comme la mort rapprochait les humains, on les avait tous enterrés côte à côte dans le vieux cimetière du village.
Aïssa revint le temps d’un éclair. Pour mon père d’abord, puis pour ma mère. Il était père d’un troisième enfant qu’il n’avait jamais vu : Lounès.
Ce dernier vint au monde neuf mois après le décès de ma mère. Malgré nos télégrammes et nos supplications, Aïssa ne daigna même pas donner de ses nouvelles ou demander des nôtres.
Tassadite versa des larmes amères. Elle ne manquait de rien certes, mais se désolait pour ses petits qui grandissaient comme des orphelins alors que leur père était vivant.
J’écrivais à Malek pour lui demander d’intervenir auprès de mon frère. Au moins qu’il nous donne signe de vie, nous étions si inquiets pour lui.
Au bout de quelques jours, Malek m’écrira pour m’annoncer que Aïssa ne vivait plus à Paris. Il avait vendu son appartement et était parti vivre dans une ville du Nord. Malgré ses investigations, mon beau-frère ne put tomber sur son adresse. Je compris donc que Aïssa nous ignorait… Il avait préféré s’enfuir loin de nous… Partir dans une autre ville, peut-être un autre pays pour que nous ne puissions plus retrouver sa trace.
Je n’avais plus de frère !
J’interdis à Tassadite de pleurer. Aïssa ne méritait pas ses larmes… Aïssa n’était plus lui-même. Il avait abandonné sa famille et ses enfants pour partir avec Monique.
Je racontais tout à ma pauvre belle-sœur… Je lui racontais le concubinage de Aïssa, son incrédulité face à une femme bien plus âgée que lui, qui le manipulait comme une marionnette entre ses mains. Je lui rapportais mot à mot la scène que j’avais eue avec Monique, qui se rappellera longtemps de la correction qu’elle avait reçue.
Tassadite m’écouta jusqu’au bout. Elle resta bouche bée à la fin de mon récit. Bien qu’elle ait eu écho de la relation de Aïssa, elle ne pensait pas que les choses étaient allées aussi loin.
Maintenant elle savait tout. Je ne pouvais lui raconter des balivernes. Tassadite le savait. Nous étions si proches l’une de l’autre dans nos malheurs !
Résignée, ma belle-sœur décida d’oublier Aïssa qu’elle avait pourtant profondément aimé.
Elle ne voulait plus rien savoir de lui… Pour elle, il était mort, et elle était veuve tout comme moi…
Et les enfants ?
Nous eûmes la même pensée. Comment faire croire à ces innocents que leur père ne les aimait pas et qu’il ne cherchait plus après eux ? Devrions-nous leur dire qu’il était parti pour ne plus revenir ?
Nous décidions en fin de compte de ne rien leur dire. Après tout, ils ont toujours vécu ainsi… Lui vivait loin d’eux, et eux loin de ses pensées… Lounès, le bébé, était sa dernière victime… Il avait ouvert les yeux un matin d’hiver, alors que son père ignorait jusqu'à son existence. Au fur et à mesure que le temps passait, Aïssa s’éloignait de nos cœurs et de nos pensées… Pour lui, nous étions déjà un vieux souvenir…
D’autres années passèrent. Les enfants grandirent. La guerre de libération battait son plein. Nous étions déjà en 1958, et d’aucuns voyaient déjà les prémices d’une indépendance très proche.
Fidèle au serment de Kamel (dont je me rappelais les paroles) qui voulait participer à cette révolution par tous les moyens, je ne lésinais sur aucun effort pour aider nos frères combattants.
Malek m’ayant laissé le libre choix de m’installer dans la maison de mes beaux-parents, je n’hésitais pas un moment à transformer le sous-sol en un  hôpital. Tous les jours, des blessés arrivaient par dizaines. Je recevais aussi des moudjahidine qui venaient  pour se réunir, se reposer, manger et faire leur bilan. Plusieurs de ces frères que j’ai connus et côtoyés sont tombés au champ d’honneur les armes à la main.
Moi j’étais cette canne sur laquelle on s’appuyait sans crainte. On pouvait compter sur moi. J’étais la voyante du village, et celle qui assistait les femmes dans leurs accouchements, ou celle qui assistait les blessés et les malades dans leurs derniers moments.
Plusieurs fois, l’armée française vint perquisitionner nos maisons et saccager nos biens. Mais jamais, au grand jamais elle ne se douta de la présence des combattants dans le sous-sol de la maison de mes beaux-parents. Rien ne révélait les activités qui s’y déroulaient quotidiennement, et personne ne soupçonnait l’existence de cet espace sous la maison, car l’entrée était camouflée par un arbre centenaire qui tendait ses branches dans tous les côtés. Nous avions alors eu l’idée de creuser au bas du tronc, afin de dégager un espace qui permettait d’accéder à ce sous-sol sans attirer l’attention.

 



(À suivre)
Y. H.

 
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