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La nouvelle de Yasmina Hanane Dimanche, 15 Juillet 2012 09:50 Facebook Imprimer Envoyer Réagir

Louisa 72e partie

Par : Yasmine HANANE

RÉSUMÉ :  Éric dévoile à Louisa qu’il était amoureux d’elle. La jeune femme est perplexe. Elle le laisse partir et ne ressortit de la maison qu’une fois qu’il fut hors de vue. Tassadite ne revint à la maison qu’à la nuit tombée et les garçons, de leur côté, rentrèrent tard de l’école. Louisa tenait à ce que ses neveux fassent des études.

Belaïd arrête sa scolarité alors qu’il venait de décrocher son certificat d’études primaires, suivi une année après par Idir. Je ne pouvais faire mieux pour eux, étant donné que pour suivre d’autres cycles scolaires, il fallait partir en ville… Je ne voulais pas que mes neveux quittent le village et s’éloignent de nous. D’ailleurs, contrairement à Aïssa, leur père, ils aimaient tous les deux la terre et ne rechignaient pas à la travailler. À chaque fois que cela leur était permis, ils rejoignaient les paysans dans les champs, et apprenaient à labourer et à semer. Ils participaient aux vendanges, à la cueillette des olives, et aux différents travaux agricoles.  
La vie continuait. J’apprenais tous les jours quelque chose. J’apprenais à affronter avec beaucoup d’abnégation mes appréhensions quotidiennes, je faisais tout ce qui était en mon pouvoir pour rendre heureux les miens. Mais je n’avais jamais cessé mes activités auprès de mes frères.
J’ai été interpellée à maintes reprises, mais comme il n’y avait aucune preuve plausible, je m’en sortais à chaque fois à bon compte.
J’avais parlé cependant aux moudjahidine de ce traître dont Éric m’avait fait la description… Un homme grand de taille, à la moustache en guidon. La communication n’était pas tombée dans l’oreille d’un sourd… Aussitôt, on chargea quelqu’un de surveiller les va-et-vient de quelques villageois déjà suspectés de travailler avec les militaires français. Des jours durant, le forgeron du village épiera les gestes et les faits de ces hommes qui pouvaient, pour un simple verre de vin, vendre leurs frères.
Un soir, il remarque que Si Moh le charbonnier cachait des choses dans sa remise. Il alerta aussitôt les autres. Très tard, quelqu’un força le portillon du taudis et inspecta les lieux… Il découvre alors le pot aux roses : Si Moh gardait des bouteilles de vin ! Qui pourrait lui en donner en dehors des militaires ? Ce paysan, d’ailleurs, vivait comme un forçat. Son charbon ne se vendait pas trop. Les villageois ramassaient eux-mêmes le bois et en faisaient des réserves assez importantes. Ils fabriquaient eux-mêmes, aussi, leur charbon lorsque le besoin s’en faisait ressentir. Da Moh n’alimentait donc que le quartier général et quelques maisons de colons situées aux alentours. C’est pour cela, que les gens du village ne l’aimaient pas trop.  Et puis cet homme répondait bien au portrait qu’Éric en avait fait.
Sans perdre de temps, Si l’Hamid, le chef de camp, donna des instructions pour prendre les initiatives nécessaires en un temps très court. Sitôt dit, sitôt fait. On surveilla davantage Si Moh le charbonnier et on remarque tout de suite que ce dernier rentrait chez-lui chaque soir ivre mort… Souvent, c’était des militaires qui le déposaient à l’entrée du village. Il tentait de se faire très discret. Mais on était certains maintenant que cet homme était suspect… Même l’armée se méfiait de lui. Plusieurs fois, des paysans assistèrent à des scènes où il était ridiculisé ou rabroué par des soldats de service.
François, le capitaine, pouvait compter sur lui cependant dans certaines circonstances. Alors l’échange se faisait sans complexe : une bouteille de vin contre un renseignement. Et si l’on comptait le nombre de bouteilles retrouvées chez Si Moh, on n’aurait aucun mal à deviner le nombre de renseignements qu’il transmettait quotidiennement. Est-ce lui qui avait espionné et vendu tous ces braves qui avaient été arrêtés,  torturés et exécutés… ?
Des frissons secouèrent  mon corps ! Des hommes avaient souffert et étaient morts par sa faute ! Des hommes tels que notre pays n’enfantera jamais… ! Des hommes volontaires et courageux qui, malgré la torture, n’avaient pas lâchés. Le pays les avait perdus. Ils avaient donné leur vie par la faute d’un ignare qui faisait office de "hargui" !
On pose tout de suite un piège révélateur… Un villageois sera chargé de refiler une information à ce traître… La suite  confirmera nos soupçons… Si Moh ira tout droit transmettre cette information au quartier général. Il redescendra ensuite le sentier une bouteille de vin cachée sous son burnous.
La réaction des militaires ne se fera pas attendre… On persécute, on casse, on interroge : un fellaga avait déposé des armes dans une maison non loin du village. Une maison abandonnée. Qui des villageois avait vu cet homme ? Qui pourrait les renseigner… ?
Les pauvres paysans subirent l’affront, comme à leurs habitudes, sans broncher.  Mais cette fois-ci, cette intrusion militaire porta ses fruits. Si Moh sera arrêté aux premières lueurs de l’aube et exécuté… On laissera son corps exposé durant des jours à l’entrée du bois. Les animaux sauvages s’en  délectaient tous les jours … Aucun des villageois ne daigna s’approcher des restes de ce traître. Ce n’est qu’une fois que l’odeur pestilentiel de la décomposition incommoda tout le village qu’un militaire donna l’ordre aux soldats de le jeter dans une fosse.
La mort de Si Moh délivra le village de la traîtrise… Qui aimerait donc subir une fin telle que la sienne ?
Cela s’est passé un mois après le départ d’Éric en France…
Depuis son dernier passage à la maison, je me sentais un peu coupable. Éric était amoureux de moi dès le premier jour… Ça je le savais… L’homme m’avait tendu sa main pour la voyance, mais n’avait pas cessé de scruter mon visage. Cet officier m’a aidée… C’est grâce à lui qu’on m’avait laissée en paix par la suite… mais pas pour longtemps…..


(À suivre)
Y. H.

 

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