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L’Algérie profonde / Actualités

L’Algérie profonde

Bouchachi évoque les institutions de façade

Il a dressé un réquisitoire sévère et sans appel sur la situation des droits de l’homme  et des libertés en général, qui ont connu “une régression sans pareille  ces dernières années”.

Après la rencontre organisée jeudi passé à Alger, par le groupe parlementaire du FFS, autour de la question des droits de l’homme et de l’indépendance de la justice en Algérie, l’un de leurs députés, Mustapha Bouchachi, ancien président de la LADDH, se trouvait à Oran, samedi, pour porter ce débat devant un parterre de militants. Profitant ainsi de sa conférence intitulée “La problématique des droits de l’homme : entre universalité et contingence” et donnée à la salle de cinéma El-Feth, il a dressé un réquisitoire sévère et sans appel sur la situation des droits de l’homme et des libertés en général, qui ont connu “une régression sans pareille ces dernières années”. L’orateur s’appuiera pour ce faire sur nombre de faits attestant de ce retour en arrière et de cette reprise en main des espaces de libertés conquis au lendemain d’octobre 1988.
Pour le conférencier, cette régression des libertés et des droits de l’homme s’exprime quasi quotidiennement par le non-respect des lois, la non-application des conventions internationales ratifiées par l’Algérie que ce soit en matière de liberté d’expression, de liberté de pensée et des droits socioéconomiques.
Il évoquera ainsi l’interdiction des rassemblements pacifiques pourtant garantis par la Constitution, les arrestations arbitraires et les dépassements des forces de sécurité, l’interdiction de la libre circulation faite à des militants des droits de l’homme du mouvement associatif, des syndicalistes autonomes qui ont été empêchés, récemment, de se joindre à un Forum mondial social en Tunisie, ou encore le harcèlement exercé par l’administration qui refuse de respecter la loi, particulièrement dans le cadre de la délivrance d’agrément à des associations, notamment celles considérées comme ne faisant pas partie du giron du système.
Mustapha Bouchachi sera très critique à l’encontre du pouvoir et du système qui a fait de l’ensemble des institutions du pays des sortes de coquilles vides, “des institutions démocratiques de façade”, alors que le vrai exercice du pouvoir est entre les mains de détenteurs invisibles du pouvoir en Algérie, dira-t-il encore. Dans ce contexte, il évoquera longuement le système judiciaire algérien qui n’a jamais été indépendant, encore moins ces dernières années.
Et quelle meilleure preuve, expliquera-t-il, que celle de la composition du Conseil supérieur de la magistrature dont la majorité est nommée par le pouvoir exécutif. Dès lors, comment “un magistrat peut-il être indépendant et appliquer la loi et le droit en toute indépendance, alors que son rôle est de protéger le citoyen ?”, s’interroge encore le député. L’APN, dont il est issu, essuiera son lot de critiques la décrivant comme un simple bureau d’ordre. “Ces deux dernières années toutes les propositions de lois ont émané du pouvoir exécutif… Aucun haut fonctionnaire n’est indépendant, que ce soit les ministres, le directeur de la Banque centrale... Le pouvoir et le pays se gèrent en dehors des institutions”, lâchera-t-il.
Le débat qui s’en est suivi permettra surtout à des intervenants d’évoquer longuement les nombreuses atteintes à leurs droits et à leur dignité, comme pour témoigner de ce vécu en forme d'état des lieux des droits de l'homme en Algérie.


D. L