Scroll To Top
FLASH
  • L'intégralité du contenu (articles) de la version papier de "Liberté" est disponible sur le site le jour même de l'édition, à partir de midi (GMT+1)
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version papier de "Liberté" écrire à : info@liberte-algerie.com
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version digitale de "Liberté" écrire à: redactiondigitale@liberte-algerie.com

A la une / Magazine

Virée dans les services publics à Bouira

À la merci des ronds-de-cuir

Malgré toutes les mesures pour éradiquer la bureaucratie, les files d’attente perdurent. ©D. R.

Un organisme consultatif, dont la mission première est de “permettre d'améliorer l'adhésion de la société aux mutations qui doivent être poursuivies par le service public”, selon le chef de l’État, M. Abdelaziz Bouteflika. Bien avant l’ONSP, les pouvoirs publics avaient entrepris une véritable “guerre” contre la bureaucratie.

Les amateurs de bande-dessinée, notamment des aventures d’Astérix et Obélix, se souviennent sûrement que dans l’album Les douze travaux d’Astérix, la seule épreuve où le petit Gaulois a failli échouer était celle où il fut confronté l’administration et sa bureaucratie. Il en était devenu fou… Ceci est pour l’anecdote. Plus sérieusement, en Algérie et dans le but de lutter contre la bureaucratie, laquelle gangrène la majorité de nos administrations, le gouvernement a mis en place, en mars dernier, l'Observatoire national du service public (ONSP). Un organisme consultatif dont la mission première est de “permettre d'améliorer l'adhésion de la société aux mutations qui doivent être poursuivies par le service public”, selon le chef de l’État, M. Abdelaziz Bouteflika. Bien avant l’Onsp, les pouvoirs publics avaient entrepris une véritable “guerre” contre la bureaucratie. Ainsi, l’ancien ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales, M. Tayeb Belaïz, avait affiché une certaine volonté à “éradiquer” ce qu’il avait qualifié de “bureaucratie insolente” à travers les diverses administrations du pays. Certes, l’action gouvernementale aura eu au moins le mérite de réduire de manière significative “la paperasse” inutile et décongestionner quelque peu les files d’attente au niveau des APC notamment. Toutefois, là où le constat d’échec est plus palpable, c’est au niveau de la formation des agents d’accueil et autres préposés aux guichets. Ces agents, dont le niveau d’instruction reste relativement discutable, sans parler de leur méconnaissance totale de la notion de service public, une fois derrière leurs guichets, font montre d’un mépris et d’une insolence despotiques à l’égard des citoyens. La wilaya de Bouira, et en dépit des efforts consentis par les autorités locales afin d’éradiquer ce mal pernicieux, n’échappe pas à cette “règle” qui voudrait que le citoyen, avant de récupérer un document administratif, doive au préalable subir des tracasseries inutiles. Aussi bien au service de l’état civil qu’aux bureaux de poste et autres administrations, les citoyens doivent se “shooter” pour ne pas “péter un plomb”. 

Ces “lampistes de service” à l’état civil
Les scènes qui suivent se passent au service de l’état civil de Bouira, pourtant moult fois épinglé pour les dépassements de ses agents. Dans une cohue indescriptible et une désorganisation totale, un monsieur d’un certain âge s’est présenté au guichet des légalisations de documents. Après quelques minutes d’attente, il voulait faire avancer la pile de documents vers les préposés de l’état civil… Ce geste, plein de bonnes intentions, s’est vite transformé en un véritable cauchemar pour lui. Un employé, qui ne manquait pas de toupet, a osé proférer des accusations de roublardise et de malhonnêteté à l’encontre de ce pauvre vieillard en des termes peu respectueux : “Hé, vous ! Qu’est-ce que vous faites ? Laissez ces papiers à leur place ! À votre âge vous osez griller la chaîne, mais pour qui vous prenez-vous ?”. Ce citoyen, estomaqué et choqué par de tels propos, ne savait plus quoi dire ni où se mettre. Il essaya d’expliquer son geste mais la rhétorique du guichetier, “El-chib w el-âibe” (les cheveux blancs et le vice), le laissa sans voix. Le comportement indélicat de ce “lampiste” soulèvera un tollé général parmi l’assistance. L’indignation et la colère des citoyens étaient à leur paroxysme. Et l’un d’eux s’exclamera à l’égard de cet agent discourtois : “Laissez ce pauvre homme tranquille ! Il n’a absolument rien fait de mal, on est tous témoins. Honte à vous de traiter les gens ainsi. Je me demande comment on peut recruter des gens tels que vous dans le service public. Allez refaire votre éducation !”. Par la suite, ce guichetier, culotté, poursuivra son service comme si de rien n’était, sous le regard méprisant des citoyens. Au guichet n°14, celui réservé à l’enregistrement des nouveau-nés, le préposé à ce service, stylo bille à la main (oui, on en est encore à ce stade dans ce service), voulait décider à tout prix de l’orthographe du prénom d’un nouveau-né. “Adam ou Adem, qu’est-ce que ça change ?”, lancera-t-il à un père de famille qui venait pour enregistrer son enfant qui venait de naître et qui avait, au préalable, insisté sur l’orthographe d’“Adam”. Malgré son insistance, l’agent de saisie avait inscrit, sur le livret de famille, le prénom Adem et l’a remis au père. Ce dernier, découvrant la grossière erreur (intentionnelle), s’est très vite emporté. Et là, que lui rétorque cet agent ?  “Vous me cassez les pieds pour un A (…) J’ai d’autres choses à faire que de m’occuper de vos caprices”. Finalement, et après que ce père de famille ait décidé de s’en remettre à son supérieur, cet agent “concèdera” d’inscrire l’enfant comme étant Adam. Une scène ubuesque, mais qui en dit long sur la gravité de la situation. 

Anarchie et copinage à la poste
Mais le service de l’état civil de Bouira ne détient pas le “monopole de l’absurde”, les bureaux de poste figurent également dans le palmarès de la bureaucratie qui rend dingue. Ainsi et dans les différents bureaux de poste visités, c’est encore et toujours les mêmes scènes qui se répètent : une anarchie criante, une bureaucratie effarante et le désarroi des usagers. Au niveau de la grande poste de Bouira, un constat saisissant frappe les esprits : c’est l’anarchie ! En effet, des clients assis à même le sol, des guichetiers qui ne se pressent pas trop afin d’effectuer les différentes opérations (paiement, envoi de mandat…,etc.). Pis encore, certaines employées, particulièrement zélées, se permettent même le luxe de se faire des séances de manucure… Face à ce laxisme ambiant, les citoyens restent bouche bée. “J’en suis consterné, tant d’anarchie, tant de désorganisation, c’est lamentable !”, s’indignera un usager. Avant d’ajouter : “À croire qu’on est en train de quémander… Pour retirer son argent, c’est la croix et la bannière”, a-t-il déploré. Autre exemple du manque d’organisation de ce service : la billetterie. Quoi de plus normal que de prendre son ticket et attendre son tour… Cependant, là où les choses se compliquent, c’est quand le ticket retiré est en déphasage complet avec le tableau d’affichage… Cela s’est passé à la poste du quartier de Farachati ; une citoyenne qui venait de retirer son ticket, a eu la désagréable surprise de voir son ticket révolu, il ne correspondait pas à l’ordre chronologique du tableau. “Je viens de retirer mon ticket de passage, je me suis retrouvée avec le numéro 89, alors que le tableau d’affichage indique 112… Je n’y comprends plus rien !”, dira-t-elle d’un air circonspect. Et le comble de l’absurde est que cette dame a dû refaire une queue interminable, car son ticket a été refusé par le guichetier.  “Votre ticket est dépassé, allez en cherchez un autre et attendez votre tour !”, lui intima l’agent du guichet. Du côté de la poste dite des 1100-Logements, c’est le copinage qui prime. Certains citoyens, en complicité avec les guichetiers, font passer le chèque en douce, en utilisant une technique dite du journal. Une technique très simple : un usager tend au guichet un journal, tout en prenant soin d’y glisser son chèque à l’intérieur. Dissimulé dans le journal, le proposé au guichet récupère le chèque sans que personne ne remarque quoi que ce soit. Même si le constat dressé est alarmant et consternant à la fois, il en demeure pas moins qu’au niveau de certaines institutions, à l’image de la SDC, l’ADE et Algérie Télécom de Bouira, les responsables ont procédé à un sérieux “recadrage” de leurs employés.
En effet, au niveau des agences commerciales de ces trois organismes, on observe une nette amélioration du service public, et ce, de l’avis général.

R. B.


Publier votre réaction

Nos articles sont ouverts aux commentaires. Chaque abonné peut y participer dans tous nos contenus et dans l'espace réservé. Nous précisons à nos lecteurs que nous modérons les commentaires pour éviter certains abus et dérives et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à notre charte d'utilisation.

RÉAGIR AVEC MON COMPTE

Identifiant
Mot de passe
Mot de passe oublié ? VALIDER