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A la une / Magazine

Une œuvre à la vocation pacifiste reconnue

“Guernica” de Picasso, 80 ans de plaidoyer contre la guerre

“Guernica”, l’une des œuvres de Picasso. © D.R.

Sur sa toile de plus de 7 mètres de long — en noir, blanc et gris — des figures déformées de femmes et d'enfants se tordent dans une ville en flammes. Un combattant gît, une épée brisée en main. Un taureau impassible voisine avec une colombe blessée et un cheval agonisant.

Il y a 80 ans, par une après-midi de printemps, Guernica brûlait sous les bombes, se souvient un Espagnol centenaire. Bouleversé, Picasso allait peindre à Paris son Guernica, devenu le plaidoyer anti-guerre universel, de l'Espagne de 1937 à la Syrie de 2017. La petite ville basque de Guernica : “J'y étais, ce 26 avril 1937, à ramasser les morts et les blessés”, a raconté à l'AFP Luis Ortiz Alfau, 100 ans. “Vers 16h, des avions allemands et italiens ont commencé à arriver par vagues de trois, tous les quarts d'heure”, témoigne cet ancien soldat républicain. “Ils ont largué des bombes explosives, puis des incendiaires, et la ville s'est mise à brûler.” La guerre civile en Espagne a débuté neuf mois plus tôt, quand des militaires “nationalistes” ont tenté de renverser le gouvernement de gauche de la République. À leur tête, un général soutenu par l'Allemagne nazie et l'Italie fasciste, Francisco Franco. L'attaque de Guernica — qui tua 150 à 300 personnes selon les derniers bilans d'historiens — inaugure l'ère des raids aériens massifs sur des civils. À Paris, le peintre espagnol Pablo Picasso découvre dans la presse les premiers reportages photos du drame. Le 1er mai, il commence les dessins préparatoires de son Guernica.  

Taureau impassible   
Sur sa toile de plus de 7 mètres de long — en noir, blanc et gris — des figures déformées de femmes et d'enfants se tordent dans une ville en flammes. Un combattant gît, une épée brisée en main. Un taureau impassible voisine avec une colombe blessée et un cheval agonisant. “Je suis frappé par la grandeur (du tableau) et je peux imaginer ce qu'a été le conflit espagnol”, dit aujourd'hui Takahiro Yoshino, un Japonais de 20 ans, en contemplant la toile où “on dirait que les personnages hurlent”. L'œuvre attire chaque année une bonne part des 3,6 millions de visiteurs du Musée national d'art moderne et contemporain Reina Sofia à Madrid, où elle trône depuis 1992.
À partir du 4 avril, une grande exposition y célébrera les huit décennies d'un des tableaux les plus célèbres au monde.

De Guernica à Alep
“L'importance qu'a le Guernica de Picasso dans l'inconscient collectif est telle que je le définis comme une œuvre spirituelle, ayant toujours vocation à promouvoir la paix”, commente un petit-fils du peintre, le Français Bernard Ruiz-Picasso, rencontré par l'AFP. À l'ONU, les quartiers d'Alep quasiment rasés par les bombardements ont été comparés, à l'automne dernier, à un “Guernica du XXIe siècle”.  Et “il y a eu des images de ce tableau dans les manifestations de Syriens essayant de dire : cette guerre en Syrie, ça suffit”, relève gravement la directrice des collections du musée Reina Sofia, Rosario Peiro. Le Guernica de Picasso a été étudié par des générations d'élèves. “Pourquoi ils sont si tristes dedans ?”, demande un des petits Espagnols de trois ans assis face à la toile. “Parce que Picasso aussi était très triste”, répond son institutrice, Sonia Seco Cacaso. De sa naissance à Paris à son arrivée à Madrid, l'œuvre elle-même aura eu “une vie d'exilé”, rappelle Mme Peiro. Lorsqu'il crée Guernica, Picasso, installé en France depuis 1904, est déjà un monstre sacré de la peinture et un artiste engagé dans le camp de la République espagnole, qui lui a commandé une œuvre pour l'Exposition universelle de Paris de mai 1937. À l'écart des gigantesques pavillons de l'Allemagne hitlérienne et de l'Union soviétique stalinienne, sa toile monumentale est présentée dans le pavillon “de lutte” de la République espagnole menacée. Elle essuie des commentaires négatifs. Le poète français Michel Leiris, lui, est au contraire bouleversé par “quelque chose d'inoubliablement beau” : “Picasso nous envoie notre lettre de deuil : tout ce que nous aimons va mourir”, écrit-il. La Seconde Guerre mondiale se prépare et en Espagne, au printemps 1939, le “generalisimo” Franco s'installe au pouvoir pour 36 ans de dictature et de propagande. En 1950, il soutiendra encore que “les malheureux marxistes” avaient incendié Guernica...

En poster sous la dictature
Le tableau est promené dès 1937 à travers l'Europe et l'Amérique, afin de récolter des fonds pour les réfugiés espagnols, puis confié en 1939 au Museum of Modern Art de New York (MoMA), où il restera plus de 40 ans. Picasso — qui adhère en 1944 au Parti communiste — a donné une consigne claire : Guernica appartient au peuple espagnol, auquel il ne sera rendu que quand celui-ci “aura récupéré les libertés qui lui ont été arrachées”.
En Espagne, “on peut alors connaître l'opinion de chacun parce que les gens de gauche, les antifranquistes, accrochent souvent sur leurs murs le poster de Guernica”, rapporte l'actuel directeur du musée Picasso de Barcelone, Emmanuel Guigon. En 1981, la toile arrive enfin dans l'Espagne en “transition démocratique”. Mais elle est exposée dans une annexe du musée du Prado, protégée des éventuelles agressions par “un verre anti-explosions et anti-balles”, car la mémoire est alors “loin d'être pacifiée”, selon l'écrivain et futur ministre de la Culture, Jorge Semprun (1923-2011).
Guernica est “l'un des derniers grands tableaux d'histoire — dans la  tradition de Courbet ou Delacroix — qui permet de nous remémorer un fait historique très difficile”, dit aujourd'hui le directeur artistique du musée Picasso de Malaga, José Lebrero. Et il nous touche particulièrement “dans la situation politique étrange et inquiétante que nous vivons”.     


Laurence BOUTREUX (AFP)

 


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