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Sauvée d'un mariage forcé à 14 ans, une jeune Bangladaise se bat “pour toutes les filles”

Radha Rani Sarker, promise à un mariage forcé, a fait semblant de dormir pour pouvoir “s'enfuir par la porte de derrière”. Depuis, la jeune Bangladaise se bat pour que “toutes les filles du monde” échappent à ce sort. “Mon père venait de mourir quand on a voulu me marier. Nous étions cinq soeurs, personne ne pouvait subvenir à mes besoins”, raconte la jeune fille aux longs cheveux bruns de passage à Paris à l'occasion de la 5e Journée internationale des droits de la Fille mardi. Séquestrée dans la maison de son beau-frère en attendant d'épouser l'un de ses amis, âgé de 21 ans, Radha parvient à s'enfuir et trouve refuge chez sa mère, son “ange”, elle-même mariée à 12 ans et qui l'a protégée malgré les critiques. “Mariée, je savais que je perdais tout. Ma liberté, mes études, ma vie”, poursuit Radha Rani, aujourd'hui étudiante de 21 ans, devenue porte-parole de la campagne contre les mariages forcés lancée par l'ONG Plan international. Parrainée par cette association depuis l'âge de trois ans, Radha, née en 1995, se familiarise très tôt avec les droits de l'enfant et le risque de mariage forcé. “Enfermée chez mon beau-frère, je me disais comment moi qui suis sensibilisée, qui vois la souffrance de mes sœurs, je peux subir ça ?”, poursuit la benjamine de la fratrie, dont trois soeurs sur quatre ont été mariées de force. Dans le monde, 15 millions de filles seront mariées cette année avant leurs 18 ans, soit une toutes les deux secondes, selon l'Unicef.  Au Niger, en Centrafrique, en Guinée, au Tchad et au Bangladesh, les cinq pays où le mariage précoce est le plus répandu, 60% des femmes ont été mariées avant leur majorité, souvent pour des raisons financières. Sans éducation, une fille ne peut aider financièrement sa famille, et plus les conditions de vie sont difficiles, plus la tentation est grande pour les parents de les marier.
    
Se “débarrasser” des filles

Conséquence: les filles souffrent davantage de déscolarisation, d'isolement, connaissent plus de risques de mortalité infantile ou maternelle et sont plus exposées aux violences, souligne Plan international. “Les parents ne sont pas assez sensibilisés”, poursuit Radha, aujourd'hui militante dans une association locale qui défend les droits des femmes et des enfants. “Les filles ont des rêves, des envies, elles sont l'avenir et personne n'y fait attention. Dans mon pays, dès qu'on a une fille, on pense à s'en débarrasser par le biais du mariage”. Au Bangladesh, la loi interdit le mariage des mineurs et pourtant 73% des filles sont mariées avant 18 ans et plus d'une sur quatre l'est entre 12 et 14 ans. “La loi n'est pas appliquée”, dénonce la militante, rappelant que son pays est dirigé par une femme depuis 2009, Sheikh Hasina. “En plus, la peine est minime, un mois d'emprisonnement et une amende de 1 000 taka (environ 11 euros)”, fait-elle valoir. Selon Yvan Savy, directeur de Plan international France, 144 pays (sur 193) n'ont aucune loi interdisant le mariage des enfants. L'ONG milite pour que tous adoptent un même texte affirmant “qu'avant 18 ans on ne se marie pas, ce qui éviterait également que des filles soient ramenées dans le pays d'origine de leurs parents pour être mariées”, précise-t-il. Pour promouvoir cette campagne et partager son histoire, Radha a quitté son pays pour la première fois. Des étoiles plein les yeux, elle a fait “un beau voyage” pour rejoindre Paris où elle a rencontré lundi la ministre des Droits des Femmes, Laurence Rossignol. Mercredi, elle se rendra à Bruxelles avant d'y prononcer un discours devant des responsables européens, “une occasion d'être connue dans les pays développés et de demander de l'aide à tous”. Devenue une icône nationale, la jeune femme a reçu sept demandes en mariage. Mais elle n'est pas certaine d'accepter un jour: “Je suis une femme libre, je peux prendre mes décisions. Mon combat, je le fais pour le monde entier”.


Jessica LOPEZ


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