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Manifestations au Chili

Une élite qui domine la politique et l'économie

© D. R.

Omniprésente dans la politique et l'économie, jouissant de nombreux privilèges et apparemment intouchable malgré de nombreux scandales de corruption : l'élite chilienne est au cœur des  dénonciations de manifestants qui défilent depuis trois semaines dans ce pays. De gauche ou de droite, ils étudient dans les mêmes établissements et universités privés, se marient entre eux et passent leurs vacances dans les même stations balnéaires du centre du Chili ou dans la région des Lacs, plus au sud.

Leurs noms de famille se répètent sur les bancs du Parlement, du gouvernement et dans l'organigramme des principales entreprises. Leur déconnexion avec le reste de la population sont un des détonateurs de cette crise sociale sans précédent dans ce pays qui faisait figure jusqu'ici de modèle de stabilité politique et économique en Amérique latine. 
    
“Dédaigneuse”  
Au Chili, “nous avons une grande concentration de pouvoir économique, et une élite politique et économique qui est terriblement hermétique et endogame, car elle est composée de quelques familles qui sont liées entre elles”, déclare à l'AFP le journaliste Daniel Matamala, auteur d'un livre sur le sujet. Depuis des décennies, des noms de famille comme Larrain, Walker, Edwards, Zaldivar ou Chadwick se répètent dans la politique chilienne. L'actuel président, le chef d'entreprise de droite Sebastian Piñera est un des hommes les plus riches du Chili.

Sa fortune est estimée à 2,7 milliards de dollars, selon le magazine Forbes. Une fourchette basse, aime-t-il à souligner. “Il existe une déconnexion terriblement forte entre eux et le reste des citoyens”, ajoute M. Matamala.  À cela, s'ajoute “une attitude très dédaigneuse vis-à-vis de la société”,  ajoute Claudio Fuentes, chercheur à l'université Diego Portales, à Santiago.

Certaines déclarations de ministres de Piñera au début de la crise, comme celle appelant les citoyens à se lever plus tôt pour éviter les tarifs plus élevés aux heures de pointe dumétro, ont été très mal perçues par les Chiliens. Les manifestations, qui ont commencé le 18 octobre avec l'annonce d'une hausse du prix du ticket de métro, annulée par la suite, ont fait 20 morts. 

“La sensation est qu'ils ont des privilèges, beaucoup de ressources et qu'ils ne les partagent pas”, renforçant cet entre-soi, ces cercles de pouvoir où les postes se répartissent entre familles, associés et amis, poursuit Fuentes. Jusqu'au remaniement annoncé par le chef de l'État, il y a une dizaine de  jours, pour tenter de faire redescendre la tension, les deux tiers des  ministres étaient passés par les mêmes établissements huppés, selon M. Matamala. Malgré un rajeunissement de quelques ministres, la tendance reste la même avec le nouveau gouvernement. 
    
Impunité 
Signe de cette méfiance grandissante de la population envers ses élites, le Thermomètre social, un indicateur de l'Université publique du Chili. En  octobre, l'indice de confiance des partis politiques, des parlementaires, des ministres et du président était inférieur à 3 sur 10 tandis que les chefs d'entreprise récoltaient un maigre 3,2. 

À l'autre bout du spectre, des institutions comme les pompiers, qui sont volontaires au Chili, étaient gratifiés d'un 9,3 sur 10. Dans une société qui s'est longtemps glorifiée de la transparence de sa vie publique, il y a cette “sensation généralisée que les élites ont de nombreux privilèges, notamment dans l'accès à la justice”, décrypte Sofia Donoso, sociologue de l'Université du Chili. 

À ce propos, la sensation “d'impunité liée aux scandales de corruption de ces dernières années” arrive en première position, ajoute-t-elle. Des affaires de financement illégal de partis de droite comme de gauche qui débouchent sur des accords avec le parquet ou des chefs d'entreprise proches du Président, reconnus coupables d'avoir versé des pots-de-vin et condamnés à  suivre de simples cours d'éthique sans passer par la case prison, autant d'exemples qui ont renforcé cette sensation.

De grandes entreprises sont également concernées, à l'image du papetier CMPC qui a accepté de verser une très importante amende après avoir reconnu s'être entendu avec d'autres entreprises pour augmenter le prix du papier toilette. Aucun de ses dirigeants n'a été condamné. “Les normes qui régissent l'influence de l'argent dans le domaine politique sont assez laxistes et ne sont pas très bien respectées”, conclut Daniel Matamala. 
 

AFP 



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