L’Algérie profonde / Ouest

Recrudescence des tentatives d’émigration clandestine à partir d’Oran

Le littoral ouest pris d’assaut

Plus de cent harragas interceptés pour le seul mois de septembre. © D.R.

Pour le seul mois de septembre, on a dénombré plus d’une centaine de harragas, dont des femmes et des enfants.

L’actualité oranaise de ces dernières semaines est incontestablement marquée par une recrudescence des tentatives d’immigration clandestine en direction des côtes européennes. Tout le littoral ouest est concerné, et pour le seul mois de septembre on a dénombré plus de cent harraga interceptés dont des femmes et des enfants. Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent des harraga, fous de joie, accostant les côtes espagnoles. Pour beaucoup, ce phénomène prend de l’ampleur à la faveur certes du temps clément jusqu’ici, mais pas seulement. “Il y a un vrai désespoir qui traverse l’ensemble de la société, et le fait nouveau c’est que le sentiment d’impasse se retrouve également chez les couches moyennes. D’ailleurs, le profil du harrag traditionnel a évolué, vous trouvez des jeunes chômeurs, des diplômés, des retraités, des familles entières avec femme et enfants en bas âge”, explique un universitaire, sociologue de son état.
Mais pour d’autres interlocuteurs, la recrudescence du phénomène se mesure aussi par les dernières déclarations du Premier ministre, semant un mouvement de panique et poussant nombre d’Algériens à vouloir sauter le pas. Et si les harraga jouent encore longtemps avec leur vie pour mettre fin à “leur mort sociale ici”, d’autres, plus nantis, mus par le même sentiment de détresse et le même rêve, se ruent sur les programmes officiels d’immigration du Canada et d’autres pays d’accueil. C’est sur les réseaux sociaux encore que le phénomène peut se mesurer avec les dizaines de pages consacrées à l’immigration. Des pages dont certaines totalisent jusqu’à 85 000 adhérents récoltant des centaines de commentaires quotidiennement. Les Algériens représentent le plus gros contingent parmi les pays du Maghreb, candidats à une immigration légale, d’autant que, pour le seul Canada, plusieurs provinces ont manifesté des conditions spécifiques pour les francophones du Maghreb. Dans ces pages d’immigration, là aussi, les profils sont multiples et on y découvre entre autres des quinquagénaires dont certains sont en retraite, manifestant le désir d’immigrer. Médecins, enseignants, diplômés, techniciens supérieurs, électriciens, plombiers voire même maçons tentent le départ légal pour l’immigration. Tout un pays qui se vide peu à peu de sa force vive. Cela interpelle…


D. LOUKIL