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Autres / Récit de Adila Katia

Chaos

10e partie et fin

Résumé : L’inconnu était un gardien à l’hôpital où était hospitalisé Mostafa. Il leur proposa de les y emmener. Kamélia ne refusa pas. Quelques heures après, ils parviennent à destination. Sauf que Mostafa les avait quittés. L’infirmière qui ignorait tout de son cas les orienta vers le chirurgien qui l’avait opéré…

- Ce n’est pas possible ! Il allait bien ! Il n’avait aucun problème de santé !, s’écria-t-elle lorsque le chirurgien lui parla de l’intervention.
- Il avait un cancer colorectal, leur apprit-il. Son état était avancé. Avant l’intervention, il avait subi la chimiothérapie, mais à l’opération, il y a eu des complications… Le traitement n’avait rien donné et nous avions décidé d’intervenir et de retirer la tumeur, mais…
Il eut un geste d’impuissance qui mit Kamélia hors d’elle.
- Comment ça ? Vous êtes chirurgien, vous deviez savoir comment procéder ! Vous deviez le sauver, pas le tuer !
-Hélas, ça arrive qu’on échoue malgré toute notre bonne volonté à vouloir le sauver et le maintenir en vie, reconnut-il, le visage grave.
- Mais qu’est-ce que vous avez fait ?
Kamélia se mit à frapper le chirurgien. Les cris attirèrent le personnel, et il leur a fallu du temps pour la maîtriser. On lui injecta un calmant, car une fois le chirurgien hors d’atteinte, elle s’en prit à ses joues, se griffant jusqu’au sang quand elle ne se donnait pas des coups à la poitrine.
Zaher pleurait à chaudes larmes. Une infirmière tenta de le rassurer et de le réconforter.
- Sois courageux petit ! Ta maman va avoir besoin de toi !
- Qu’il soit maudit ! Qu’il finisse en enfer !
- Non maman, je t’en prie, ne dis pas ça, la prie Zaher. Il ne mérite pas…
-Si ! Il n’aurait pas trouvé mieux pour me torturer ! Il m’a toujours mené la vie dure ! Qu’il brûle en enfer !
-Tu le croyais avec une autre femme ! Tu disais même qu’il avait d’autres enfants, lui rappela Zaher. Mais quand il s’absentait, c’était pour se soigner ! Mon pauvre papa…
-Mais pourquoi ne nous a-t-il rien dit ? À toi, il n’a jamais rien dit ?, l’interrogea-t-elle d’un air menaçant avant de l’empoigner par les bras et de se mettre à le secouer pour qu’il dise la vérité. Vous étiez toujours ensemble ! Qu’est-ce qu’il te racontait ?
-Il… Il me disait de prendre soin de toi, que tu m’aimais malgré tout…
Kamélia tomba à genoux, comme si elle avait reçu un coup. Les conseils de son défunt mari à leur unique enfant la laissèrent sans voix. Elle ne parvenait pas à y croire. Les larmes coulaient sur ses joues et se rejoignaient sous son menton. Combien elle regrettait. Elle porta la main à son cœur plein de remords. Sa jalousie maladive l’avait rendue insupportable, n’hésitant pas à frapper ou à casser ce qui était à portée de main. Elle l’avait souvent imaginé avec d’autres femmes, avec d’autres enfants alors qu’il n’en était rien. Loin d’être un soutien pour lui, elle avait fait de sa vie un enfer lors des derniers mois.
Il avait gardé au secret sa maladie en se sachant condamné. Il avait souffert seul.
- Aâlech ? Pourquoi ?, cria-t-elle avant de s’effondrer.
Les infirmiers aidèrent le chirurgien à la porter sur la table d’examen. Zaher se tenait près d’eux, les regardant la réanimer. Il entendit le chirurgien soupirer de soulagement.
- Hamdoullah, elle n’est pas morte !
- Qu’est-ce qu’elle a ?, demandait un infirmier.
- Maman ! Je veux voir maman !, se plaignit Zaher en se rapprochant de la table pour lui prendre la main. Maman, ça va ?
Comme elle ne répondit pas, le chirurgien s’efforça de le rassurer.
- Doucement petit, elle a perdu connaissance et il lui faut un moment pour retrouver ses esprits ! C’est dû au choc. Mais le plus important, elle est en vie !
Mais lorsqu’elle ouvrit les yeux et se tourna vers eux, Zaher vit son regard vide. Quelque chose avait changé. Il était comme éteint.
-Maman ?
-Il ne m’a jamais trompée… Il est parti tout seul, murmurait-elle. On était sa seule famille…
Elle ne cessait de répéter ces phrases. On la confia au service psychiatrique. Le spécialiste lui administra des calmants. Les villageois, très touchés par le décès de Mostafa, firent le nécessaire pour qu’il ait une veillée, et ils furent présents pour sa veuve et son fils, durant l’enterrement et bien longtemps après, car personne ne connaissait la famille du défunt.
Enterré non loin de la maison, Kamélia se recueillait souvent sur sa tombe pour demander pardon, et parfois pour arracher les fleurs lui reprochant son silence et sa mort.
Zaher lui donnait ces médicaments, ne tenant pas à ce qu’elle redevienne brutale comme avant. Ils vivaient de la générosité des villageois jusqu’à ce qu’il fut en âge de se prendre en charge. Bon élève, il ne tarda pas à rejoindre les bancs de la fac de médecine. Il partait rassuré, car il avait recueilli une vieille mendiante qui errait au village. Celle-ci gardait un œil sur sa mère lorsqu’il était à la fac.
Il rentrait chaque week-end, travaillant au café du village, pour être avec elles. Zaher devint psychologue et ouvrit un cabinet en ville. Tous ceux qui connaissaient son histoire comprirent son choix.
Il aimait aider tous ceux qui venaient à lui, dans son cabinet ou ailleurs, à retrouver un équilibre, les encourageant à exprimer leurs sentiments afin d’éviter des problèmes pouvant mener à la folie.
Cette même folie qui avait mis le chaos dans sa vie d’enfant et familiale. Même si cela remontait à trente ans, il en était encore marqué…


FIN
ADILA K.


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Commentaires
1 réactions
Elodorah le 08/05/2016 à 10h23

Pourquoi avoir tant de haine en soi La vie est tellement courte aujourd'hui présent et demain absent pour l'éternité Il faut profiter un max de cette vie si courte :-) Merci Chère Adila J'espère que certaine personne ouvriront les yeux mais pas trop tard Continuez Ma Chère Adila Merci vraiment votre talent est important pour moi

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