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Autres / Récit de Adila Katia

Entre le marteauet l’enclume

1re partie

Il faisait nuit noire, et la pluie torrentielle qui n’avait pas cessé de s’abattre sur le village depuis la matinée avait rendu les ruelles boueuses et glissantes. Des flaques d’eau s’étaient aussi formées çà et là, ce qui ne permettait pas de marcher sans se faire éclabousser, surtout dans certains endroits où l’éclairage faisait défaut. Meriem frissonne et serre davantage son petit manteau contre son corps. Elle avait quitté la maison en hâte sous les menaces de sa marâtre, et se dirigeait vers la pharmacie du village qui se trouvait à l’orée d’une clairière. Il n’était pas évident qu’elle soit encore ouverte à cette heure de la nuit et par ce temps pluvieux, alors qu’on ne croisait même pas un chat dehors. Mais la jeune fille n’avait pas pu faire entendre raison à Houria, sa belle-mère, qui lui avait d’office glissé l’ordonnance et un billet de banque dans la poche, en lui intimant l’ordre d’aller acheter les médicaments prescrits par le médecin à son jeune frère malade. Meriem avait dû courber l’échine et passer sous le joug de sa marâtre. Avait-elle le choix d’ailleurs ? Son père Amar était en France ne rentrait à la ferme qu’une fois par an, en été ou durant le mois sacré du ramadhan. Lorsqu’il est parmi eux, Houria devenait tout sucre, tout miel avec tout son entourage. Mais dès qu’il plie bagage, elle reprend ses habitudes et redevient “l’ogresse qui a mangé sa fille”, comme on dit au village, lorsqu’on veut désigner une méchante personne. Si Meriem s’abstenait de raconter ses malheurs à son père, c’était par compassion envers lui. Amar avait beaucoup souffert dans sa vie. Il avait perdu ses deux parents l’un après l’autre alors qu’il venait à peine d’être scolarisé. C’était sa grand-mère, la vieille Malha, qui l’avait repris et s’était occupée de son éducation. Mais cette dernière n’était plus de prime jeunesse. Elle était déjà à moitié aveugle, et parfois ne reconnaissait même pas le chemin de la maison. Elle quitta ce bas-monde par un matin pluvieux, alors que Amar bouclait ses 7 ans. Les malheurs s’abattirent alors sur lui. Ses oncles accaparèrent les biens laissés pas ses parents et se partagèrent l’héritage de la vieille grand-mère, avant de le mettre à la porte. Il eut alors la présence d’esprit de changer de village dans un premier temps pour chercher du travail. Quelqu’un le prit en pitié et lui offrit du boulot dans sa ferme. Il pouvait dormir dans l’écurie et manger un bout de galette chaque soir. Parfois, lorsqu’on fêtait quelques évènements heureux, on lui offrait une part de couscous et un morceau de viande. Amar se contenta de cette vie des années durant. Il avait abandonné bien sûr ses études et oublia même le chemin qui menait à la grande ville. Il se levait aux aurores et ne se couchait que très tard, alors que tous les animaux étaient déjà revenus des pâturages, après s’être abreuvés au ruisseau avant de rentrer pour la nuit. Les longues nuits d’hiver devenaient un vrai calvaire pour le petit garçon qui tentait de réchauffer ses os auprès de ces bêtes qu’il connaissait bien et qu’il affectionnait. Il remerciait cependant la providence de lui avoir permis de trouver ce gîte de fortune et d’avoir sa ration quotidienne de nourriture.

Parfois, il repensait à sa famille. Ses oncles avaient exploité les terres qui lui revenaient de droit. Ils l’avaient intimidé et humilié. À mesure que les années passaient, il prenait de l’assurance. La confiance revient en lui, et lorsqu’il atteint ses 25 ans, il décide de retourner chez lui et de réclamer son dû. Bien sûr, ce ne fut pas de gaieté de cœur que les siens le reçurent. Mais la lueur de vengeance qui brillait dans ses yeux les dissuadèrent de résister. Ils acceptèrent alors de négocier et proposèrent à Amar quelques lopins de terres non exploités et quelques oliviers centenaires. Il dut reconnaitre qu’il n’espérait pas tant, mais a eu la présence d’esprit de réclamer dans le lot d’autres terres plus fertiles et la vieille maison de ses parents. Elle tombait en ruine certes, mais il voulait avoir son propre toit. Quelques travaux d’aménagement auront vite fait de la remettre en état. Il sera alors chez lui, à l’abri de tout danger, et oubliera cette écurie où il avait grelotté les nuits d’hiver et sué l’été. Les oncles échangèrent des regards interrogateurs, puis le plus âgé lève la main pour donner son accord. Ce jeune homme robuste au port altier et à l’air décidé, qui était leur neveu, les intimidait et il aurait juré qu’un refus de leur part l’aurait fait sortir de ses gonds. Peut-être qu’il aurait même pensé à se venger d’eux.


Fin
Y. H.

 


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