Autres / Récit de Adila Katia

Maria

31e partie

Résumé : Maria-Zakia tente de tenir tête à Fifi, mais celle-ci menace de la dénoncer à la police si elle n’obéit pas. Maria ne veut pas retourner au village et ni se retrouver en prison. Elle finit par se rendre à ses rendez-vous. Elle est très mal dans sa peau au point de ne plus dormir et de ne plus manger…

-Parle !, la prie Maria-Zakia. Qu’as-tu à m’apprendre sur lui ?
-Il est issu d’une famille noble ! Vous n’êtes pas du même milieu ! Le nôtre est pourri, et on est irrécupérables, poursuit Fifi sans joie. Sa famille est connue à travers tout le territoire national ! Ils ne voudront pas de toi ! Tu es maudite autant que je le suis ! Inutile de te faire des illusions ! Tu dois le savoir ! Ne pense plus à le revoir et n’espère rien de lui !
-Il m’avait dit que…
-Chut, écoute-moi jusqu’au bout ! Je les ai vus avant-hier ! Ils partaient en voyage en Espagne ! Sa femme est belle et elle est de son sang, sa cousine paternelle je crois ! Pour rien au monde ils ne se sépareront !
-Je n’espérais pas me marier avec lui ! Je n’y peux rien si je pense à lui ! C’est quelqu’un de bon, de prévenant… C’est étrange, ajoute Maria, les yeux larmoyants, mais je croyais qu’il tenait à me revoir ! Il se faisait du souci pour moi ! Il me disait la prochaine fois…
Elle se tait, n’osant pas lui confier qu’il avait fait des projets. Fifi allait se moquer d’elle.
-Zino est un beau parleur ! Mais il est dévoué à sa femme et à sa famille ! S’il osait s’afficher avec une fille de joie, il perdrait tout ce qu’il a acquis ! Il n’est pas assez fou pour te choisir toi et renoncer à la belle vie qu’il a !
Maria-Zakia ne le sait que trop. Elle a eu tellement envie de le revoir. “Ce que j’ai pu être naïve, pense-t-elle en ravalant ses larmes. La malchance m’accompagne partout !”
Ainsi, il l’avait vite oubliée. Elle est la femme d’un soir. Une femme destinée à donner du plaisir. Le cœur brisé, elle doit se résigner à sa destinée.
Même si Fifi insiste, elle ne quittera pas Alger. Elle restera dans son studio pendant une semaine avant d’accepter de reprendre le boulot. Fifi lui organisera d’autres rendez-vous.
Maria-Zakia s’est juré d’arrêter dès qu’elle aura assez d’argent. Tout ce qu’elle gagnait était épargné.
Même si elle donnait son corps, son cœur ne cessait de penser à Zino. Elle voudrait l’oublier comme il l’a fait si vite, mais dès qu’elle se retrouvait seule, elle pensait à ce qu’aurait été sa vie s’il avait cherché après elle.
Elle continue à travailler même si elle n’en a pas envie. Elle avait hâte d’en finir. Elle s’était fait piéger. Fifi la gardait à l’œil même si elle lui permettait de travailler uniquement le week-end.
Le reste du temps, Maria-Zakia apprenait à lire et à écrire. Elle prenait aussi des cours de couture. Dès qu’elle le pourra, elle s’en ira loin et recommencera sa vie.
Si avant Zakia elle avait été Maria, une jeune fille sans défense, maintenant elle avait changé. Les coups de la vie l’avaient endurcie. Le temps lui avait aussi ouvert les yeux. Elle payait cher sa liberté. Si on lui avait dit qu’en fuguant et mettant autant de distance entre elle et son beau-père elle se serait retrouvée à vendre son corps, elle ne l’aurait jamais cru. Elle avait cru que partir à la capitale la sauverait. En fait, dans le fond, une partie d’elle-même était morte.
Parfois, elle se surprend à penser à ses frères, à sa famille en général. Elle voudrait bien les revoir, mais elle n’ose pas s’aventurer hors de son quartier. Mais la peur de tomber sur des clients l’empêche de sortir.
Parfois quand elle sort faire des courses, elle espère tomber sur Zino. Son cœur continuait de battre pour lui alors qu’il avait choisi d’oublier ses promesses. Jamais il ne saura qu’elle n’a pas cessé de penser à lui. C’est ce qu’elle croit pendant des années.
Lorsque le destin décide de les remettre sur le même chemin, ils ont tous deux changé. Les années passées semblent les avoir marqués…


 (À suivre)
 A. K.