Scroll To Top
FLASH
  • L'intégralité du contenu (articles) de la version papier de "Liberté" est disponible sur le site le jour même de l'édition, à partir de midi (GMT+1)
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version papier de "Liberté" écrire à : info@liberte-algerie.com
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version digitale de "Liberté" écrire à: redactiondigitale@liberte-algerie.com

Autres / Récit de Adila Katia

Seconde chance

8e partie

Résumé : Il en faudra du temps pour qu’il oublie Sonia et dix années pour avoir la force de revenir au village. De retour, il est surpris de n’avoir rien oublié. Il aime encore Sonia.

Omar a l’impression de revenir vingt ans en arrière. Ce petit garçon lui rappelle celui qu’il a été. Il se reconnaît dans son visage, dans ce sourire. Déjà l’enfant repartait, jouant avec son cartable, tout en riant avec ses camarades. Hallucination ? Omar se posait la question. Fasciné, il se met à le suivre. Pour en avoir le cœur net.
Plusieurs fois, il a eu envie de le rattraper et de lui demander qui était son père, mais une certaine pudeur l’en empêchait.
Le petit garçon n’empruntait pas le même chemin qu’autrefois. Pendant un moment, son cœur avant battu très fort, comme s’il allait découvrir que son rêve s’était réalisé à son insu. Omar est contraint à rebrousser chemin et à prendre le sien, celui qu’il avait parcouru des millions de fois. Sa mère est dans la cour lorsqu’il rentre. Le temps d’une fraction de seconde, elle semble hésiter.
Puis elle le reconnaît et, le visage éclairé par la joie, elle tend les bras vers lui.
- Wlidi, mon fils, tu es enfin revenu ! Dieu soit loué ! Mon fils est de retour ! Omar est ému lorsqu’elle lance un youyou pour que les autres apprennent qu’elle est heureuse, que son fils est enfin de retour !
- Mais où étais-tu passé pendant tout ce temps ? Comment as-tu pu vivre loin d’ici pendant tout ce temps ? Je me suis tellement faite des soucis pour toi ! Mais Dieu soit loué, tu es sain et sauf !
- Je croyais que vous ne vouliez plus me voir, murmure Omar. Surtout le vieux.
- Ton pauvre père...
Sa mère Aldjia s’essuie les yeux puis détourne le regard. Omar devine qu’il est arrivé malheur durant son exil et que son père est mort.
- Il y a longtemps ?
- Cinq ans. Tu ne peux pas savoir combien tu lui avais manqué.
- Est-ce qu’il m’en voulait toujours autant ? A-t-il au moins songé à me pardonner ? l’interroge Omar en s’asseyant sur la petite chaise d’où sa mère s’était levée à son arrivée.
- Bien sûr qu’il t’a pardonné, le rassure-t-elle. Avant de tomber malade, il était parti à ta recherche, mais tu semblais t’être envolé dans la nature ! Il ne cessait de demander aux jeunes du village s’ils te rencontraient de te dire de rentrer ! Ton père t’aimait Omar. N’aie aucun doute là-dessus !
- Pourtant il ne voulait plus de moi à la maison, répond son fils. Tu oublies qu’il m’avait menacé !
- Ce jour-là, il était juste en colère ! Je peux te jurer qu’il ne pensait pas un mot de ce qu’il t’avait dit. Il regrettait d’avoir laissé parler la colère ! Omar remarque la maison des parents de Sonia fermée.    
- Ils n’habitent plus ici ?
- Il y a longtemps qu’ils sont repartis au Sud, quelques mois après toi, lui apprend sa mère. Ils étaient très peinés pour vous deux !
- Ils n’auraient rien pu faire pour nous, dit Omar. Je n’ai eu que ce que je méritais. Tu ne sais pas ce qu’est devenue Sonia ?
- Non. Iras-tu au cimetière ? lui demande-t-elle, changeant brusquement de sujet, surprenant un peu son fils. Omar a une impression qu’elle lui cache quelque chose. Sa mère semble en vouloir à Sonia. Aurait-elle quelques raisons particulières de lui en vouloir ?
- Bien sûr ! Tu m’accompagneras ?
- Après le déjeuner. As-tu eu le temps de manger un peu ? l’interroge-t-elle, alors qu’ils entraient à l’intérieur de la maison. Omar est heureux de découvrir que le décor n’a pas changé, que ses souvenirs sont encore à leur place.
Assis à sa place habituelle, Omar remarque que sa mère a les gestes lents. Elle a beaucoup vieilli en dix ans. Les dernières épreuves ont eu raison de sa santé. Comme il regrette de les avoir quittés, de ne pas avoir eu le besoin de se réconcilier avec eux. Son père ne serait pas mort sans la présence de son unique fils. Sa mère s’était retrouvée seule. Il a le cœur plein de regrets.
Omar ferme les yeux. Il ne sent pas les larmes couler sur ses joues. Comme les regrets sont amers.


(À suivre)
A. K.


Publier votre réaction

Nos articles sont ouverts aux commentaires. Chaque abonné peut y participer dans tous nos contenus et dans l'espace réservé. Nous précisons à nos lecteurs que nous modérons les commentaires pour éviter certains abus et dérives et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à notre charte d'utilisation.

RÉAGIR AVEC MON COMPTE

Identifiant
Mot de passe
Mot de passe oublié ? VALIDER