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Autres / Récit de Adila Katia

34e partie

Les regrets ne changent rien

©Dessin/Mokrane Rahim

Résumé : Ibtissem apprend que son oncle est un homme qui répand le bien, en donnant des cours aux démunis. Il tient un jardin afin d’offrir des fruits et légumes. Il lui dit qu’il n’est pas trop tard pour se corriger et tirer les leçons de ses erreurs. Dans un tapis de prière, elle trouve un foulard de sa défunte mère. Elle hume son parfum. Plus que jamais, elle lui manque…

Les premiers jours, Ibtissem continue de pleurer la mort de sa mère et de son mari quand son oncle est absent. Le soir, elle dort mal. Elle a des cernes et le teint gris.
- Tu dois mieux te nourrir, lui conseille son oncle. J’ai apporté des fruits et de la viande… Il faut que tu vois un médecin ou un spécialiste pour t’assurer que vous allez bien !
la jeune femme manque de fondre en larmes.
- T’inquiète khali. Un jour, j’irai mieux !
- Tu ne dois pas rester enfermée ! Sors un peu… Appelle tes amies, propose-t-il. Fais quelque chose avec elles… Mais ne reste pas seule !
- Je ne me sens pas d’humeur à sortir, répond-elle franchement. Mais dès que j’irais mieux, wellah que je le ferais !
Elle n’a pas appelé Fella. Elle ne voulait pas la déconcentrer de son travail. Elle sait que si elle l’appelait, elle viendrait sur-le-champ, mais que pourrait-elle faire pour elle ?
Elle voudrait retrouver son père, celui qu’elle a toujours connu. Elle l’appelle souvent, mais il raccroche dès qu’il reconnaît sa voix. Ensuite, il laisse le combiné décroché pour ne pas être dérangé par la sonnerie. Il refuse de lui parler. Il n’est pas près de lui pardonner. Ibtissem se sent seule et mal en réalisant que ses erreurs l’ont privée de tous les êtres chers.
Elle se tourne vers la prière et prie pour qu’Allah lui pardonne. Le fait de porter le foulard de sa mère l’apaise tout autant que son parfum lui rappelle que c’est tout ce qui lui reste d’elle.
Un jour, en l’absence de son oncle, elle se permet de fouiller dans l’album de famille. Elle remarque qu’il n’y a pas beaucoup de photos. Juste quelques unes lors des fêtes de l’Aïd. Elles datent d’avant sa naissance. Elle se rend compte qu’elle n’apparaît dans aucune d’elles. Le soir, elle prépare un dîner avec les légumes pris dans le jardin.
Son oncle est surpris et apprécie le dîner, heureux de la voir s’occuper. Elle a aussi préparé une tisane qu’ils prennent sur la terrasse. Elle n’a pas envie d’aller dormir.
- Avant la mort de mes grands-parents, on venait rarement, remarque-t-elle. Est-ce qu’il y a une raison cachée ?
- Oui, reconnaît-il. C’est lié au mariage de tes parents… Ta mère avait connu ton père alors qu’il passait son service national dans la région. Fils de bonne famille, il avait tout de suite voulu la demander en mariage, mais personne ne savait que nos parents voulaient la marier à un cousin ! Ta mère, Allah yarhamha, était prête à fuguer ! Alors, après plusieurs mois de guerre psychologique, nos parents avaient fini par céder !
- Maman et papa avaient fait un mariage d’amour ! s’écrie-t-elle. Je ne le savais pas !
- Oui, ils s’aimaient beaucoup ! Ils t’avaient eue tardivement ! Tu sais, baba el hadj leur avait souhaité d’avoir une fille aussi têtue et imprévisible !
 - Mais c’est ce que je suis ! Il ne les avait pas ratés !
- Oui, tu sais, ajoute-t-il en riant doucement. Tu as donné des sueurs froides à tes parents dès que tu es venue au monde ! Tu passais ton temps à pleurer, à refuser le biberon ! Tu ne dormais pas ! Je n’étais pas là, à ces moments-là, mais d’après ce qu’on racontait, ils t’appelaient “waa waa” ! Ma pauvre sœur… On peut dire, ajoute-t-il affectueusement, que tu n’as pas été un cadeau !
Des larmes brillent dans les yeux d’Ibtissem. L’oncle sourit.
- Espérons seulement que ton bébé ne te ressemblera pas et qu’il ne te donnera pas du fil à retordre ! Dommage que le père n’est plus là pour t’aider…
- Oui, dommage ! Je vais le regretter…
Ce soir-là, elle pense à Madjid. Elle voudrait lui apprendre sa grossesse et voir sa réaction. Pour l’instant, elle ne peut pas savoir, mais si l’enfant est de lui, voudra-t-il qu’ils fondent un foyer ?
Ibtissem ne se voit pas en train d’élever un enfant seule.
Elle est encore jeune et elle peut refaire sa vie. Le lendemain, elle appelle Fella, prend de ses nouvelles et lui propose de se voir. Elles se fixent rendez-vous à midi. Le matin, elle se lève en même temps que son oncle et le prévient.
- Je vais à Alger tenter de discuter avec papa, ment-elle. Il ne prend pas mes appels. Cela fait plusieurs jours que je suis ici, peut-être qu’en me voyant il changera ? J’en profiterai pour passer à mon travail !
- Vas-y, mais appelle-moi pour me tenir au courant !
Il lui donne des clefs pour pouvoir rentrer à la maison s’il est encore dehors. Ibtissem refuse l’argent qu’il lui propose.
- Merci khali…
Elle l’embrasse puis se dirige vers la porte.
- Ibtissem ! Ne fais pas de conneries !
Elle sourit, surprise par son conseil. Elle part sans répondre. Dans le fond, il a des doutes.
“Ah si tu savais khali…”

(À suivre) A. K.


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