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Autres / Récit de Yasmina Hanane

Le mendiant de l’amour

33e partie

©Dessin/ALi Kebir

Résumé :  Lors d’une promenade dans la cour, Youcef ne pu supporter la vue des malades. Il revient dans sa cellule, où il rencontre une femme de ménage qui le prendra en compassion.

Elle se met à sangloter, puis se reprend et poursuit :
-C’est pour cela que je veux me racheter. Laisse-moi t’aider. Mais promets-moi de n’en parler à personne.
Ne croyant pas trop à sa proposition, je consentis tout de même à jurer sur tous les saints que je n’en soufflerais mot à qui que ce soit. Mais comment fera-t-elle donc pour me faire sortir de là, me demandais-je alors qu’elle s’éloignait.
La réponse me vint le soir même à l’heure du dîner où elle arrive avec un plat. Le gardien refusera de lui ouvrir la porte, arguant du fait que ce n’était pas à elle de servir les repas. Mais elle insiste tant et si bien qu’il finira par la laisser entrer dans ma cellule. Elle referma alors prestement la porte derrière elle, et me tendit deux clefs :
-Dans une petite heure tu pourras passer à l’action, me dit-elle. Cette petite clef c’est pour ouvrir ta cellule, et la plus grande te permettra d’ouvrir la porte de service des cuisines, qui donne directement sur l’extérieur. De là, tu n’auras qu’à profiter du passage des éboueurs pour t’esquiver. La ville est à quelques kilomètres. Fais surtout très attention. À cette heure-là, les gardiens piquent un somme, et le médecin et les quelques infirmiers qui sont de garde jouent aux échecs dans le bureau au fond du couloir. Les cuisines seront désertes. À toi alors de jouer.
Je n’espérais pas autant de la providence ! J’embrassais ma bienfaitrice sur le front, et me hasardais tout de même à poser une question qui me brûlait les lèvres :
-Je ne connais même pas ton nom…
-Peu importe, un jour tu seras heureux, et tu penseras peut-être à la vieille femme de ménage qui t’a aidé. Une seule pensée de toi suffira à apaiser la douleur d’une maman car j’aurais l’impression d’avoir aidé mon propre fils.
Des larmes coulaient sur ses joues, et je me levais pour la prendre dans mes bras :
-Que Dieu t’accorde une longue vie. Je n’oublierai jamais ton geste, maman. Elle s’approche de moi, et m’embrasse avant de quitter les lieux en essuyant ses larmes.
Ému, je regardais les clefs dans ma main. Les clefs de ma liberté ! Une heure plus tard, je passais à l’action. Le tout se déroula comme prévu. Et une fois à l’extérieur de la haute muraille de l’asile, je n’eus qu’à me cacher dans un buisson et à attendre le passage du camion des éboueurs. Je m’accrochais alors aux ridelles pour fuir au plus vite et au plus loin. Lorsque le véhicule se mobilise, j’entendis les voix des agents d’entretien qui s’interpellaient. Je n’eus alors que le temps de prendre les jambes à mon cou et de courir à travers les ruelles  jusqu'au petit matin. J’arrivai enfin en ville et fis le tour des quartiers. J’étais exténué et sale. Comme je ne savais pas encore où me rendre, je continuais de marcher sans but. J’avise enfin ce banc devant votre maison. Un peu rassuré par la sérénité que dégageait l’endroit, je n’hésite pas à m’y installer pour me reposer. Vous connaissez la suite.
Linda demeure un long moment interdite. L’histoire de Youcef la laisse perplexe.
-Vraiment, Youcef, finit-elle par dire. Vraiment, tu m’intrigues. Ton récit me semble si irréel. On dirait un de ces contes qu’on rapporte dans les anciens écrits. La cruauté de ton cousin, ta décadence, ton courage.
-Et peut-être aussi la chance. La providence a mis sur mon chemin tout de même des personnes qui m’ont aidé : la femme de ménage dans l’asile, puis vous.
-Moi ? Mais je n’ai encore rien fait.

(À suivre) Y. H.


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