Autres / Récit de Yasmina Hanane

Le vent de l’été

35e partie

©Dessin/Mokrane Rahim

Résumé : Nacéra demande à Djamel de lui raconter sa vie. Ce dernier lui dévoile que jusque-là il était satisfait de ce qu’il avait entrepris. Il ne regrettait qu’une chose : n’avoir rencontré la femme de ses rêves que tardivement.

Nacéra se met à jouer nerveusement avec le bout d’une serviette. Va-t-elle lui avouer qu’elle aussi, elle n’était pas indifférente à sa présence ? Ou bien va-t-elle avant tout lui demander de l’aider à acquérir un appartement afin que sa sœur puisse se marier rapidement ?
Djamel lui retire la serviette des mains.
-Pourquoi es-tu si nerveuse ? Tu ne te sens pas à l’aise ?
Elle relève la tête promptement.
-Je suis très à l’aise. Seulement, il y a un petit problème qui me préoccupe ces derniers temps.
Il ouvre les mains.
-Pourrais-je faire quelque chose ?
Elle le regarde dans les yeux.
-M’orienter pour la location d’un appartement dans les meilleurs délais possibles.
Il fronce les sourcils.
-C’est très urgent ?
-Oui. Ma sœur doit se marier, et son mari ne veut absolument pas vivre avec sa famille. Un conflit de générations. Tu comprends ?
Il hoche la tête.
-Parfaitement. Nous vivons dans une société tiraillée entre les traditions et le modernisme.
Il lui prend la main.
-Que préfères-tu ? Un appartement spacieux, un studio au centre-ville, en banlieue ou...
Elle l’interrompt.
-Peu importe le lieu et l’espace. Je suppose qu’un deux-pièces suffirait amplement pour un jeune couple.
-Bien. Tu peux d’ores et déjà considérer que ce problème est réglé.
Il lui relève le menton.
-Je n’aimerais plus voir cette tristesse sur ton visage.
Nacéra sentit son cœur s’emballer.
-Je ne sais comment te remercier.
-En gardant ton beau sourire.
Elle sourit, mais en même temps ses yeux s’humidifient. Djamel lui serre la main.
-Je sens que tu traverses une période délicate. Tu peux te confier à moi si cela peut te soulager.
Nacéra prend un mouchoir et s’essuie les yeux avant de lancer d’une voix émue :
-Tu es quelqu’un d’exceptionnel, Djamel.
-Mais non, je ne suis qu’un homme comme les autres.
Il rit.
-Un homme qui te fait la cour tout en espérant te conquérir un jour.
Elle affiche une moue.
-Me conquérir ? C’est trop avancé.
-Pourquoi ?
-Je ne suis plus toute jeune, Djamel. Ce n’est pas la peine de me bercer d’illusions.
Il secoue la tête.
- Nous sommes pratiquement de la même génération, Nacéra. Et puis, dis-toi bien que, dans une relation sentimentale, l’âge n’a aucune importance.
Elle soupire.
-C’est pour cela que les hommes d’âge mûr épousent des minettes deux fois plus jeunes qu’eux ?
Il rit.
-À chacun sa vie. Et puis ces hommes d’âge mûr n’en ont que pour leurs frais. Et celles qui acceptent de partager leur vie lorgnent plus du côté de leur portefeuille. Là, les jeux sont totalement faussés. Par contre pour nous...
Elle lève la main et l’interrompt.
-Je suis une femme qui a déjà souffert énormément dans son existence. Je n’attends absolument rien de la vie. J’aimerais que Dieu m’accorde seulement une bonne santé.
-Je l’espère pour nous deux. Mais je crois que tu penses plus aux autres qu’à ta petite personne. C’est l’unique raison qui explique un peu ton désarroi.
Elle hausse les épaules.
-Je n’ai que ma famille. À qui pourrais-je penser d’autre ?
-À toi. À ton avenir. Tu devrais sortir un peu plus fréquemment, t’amuser, faire d’autres rencontres. Si tu t’obstines à te terrer dans ta coquille, personne ne pourra rien faire pour toi. Il faut te secouer un peu, Nacéra. La vie est belle pour ceux qui savent l’apprécier à sa juste valeur.

(À suivre) Y. H.