Autres / Récit de Yasmina Hanane

Le vent de l’été

36e partie

©Dessin/Mokrane Rahim

Résumé : Nacéra rapporte ses déboires à Djamel. Ce dernier lui promet de l’aider à dénicher un appartement pour sa sœur. Il la trouve trop attachée à sa famille et lui conseille de penser à elle-même et de profiter de la vie.

On vient les servir, et Nacéra remarque que Djamel avait commandé une soupe de poisson, des hors-d’œuvre variés et un lapin rôti accompagné de légumes.
-Tu es un fin gourmet. Je découvre une autre facette de toi.
-Tu ne connais encore rien. Je vais devoir déployer des trésors de patience avec toi pour t’inciter à aimer la vie. En dehors de mes goûts pour la bonne nourriture, j’ai un côté artistique qui ne trompe pas. J’aime tout ce qui est beau et attirant.
Elle rougit et il se met à rire.
-Je tombe aussi sur des femmes très intelligentes. Là aussi, mon flair me trompe rarement. Nacéra relève les yeux et demande :
-Tu dois connaître beaucoup de femmes.
Il affiche un air important.
-J’ai un agenda assez étoffé.
Il se met à rire avant de
poursuivre :
-Entre mes sœurs, mes cousines, il y a mes collègues, les amies, les voisines, etc.
Elle lui donne une tape sur
la main.
-Tu te moques de moi, Djamel ?
-Je n’en ai vraiment pas
l’intention.
Il la contemple un moment avant de poursuivre :
-Tu devrais manger. Cette soupe est délicieuse et la suite n’est pas
en reste.
Nacéra prend sa cuillère et se met à manger. Un silence s’établit entre eux, puis Djamel le rompt.
-Tu devrais goûter à ce hors-d’œuvre au saumon. C’est léger et succulent.
Il prend sa fourchette et pique dans un morceau de saumon, puis le tend à Nacéra.
-Allez, ouvre la bouche.
Elle s’exécute et comme un enfant, se met à mâcher tout doucement. Le saumon emplit ses papilles. Le goût relevé par une sauce savamment préparée à base d’herbes, d’huile d’olive et de citron n’était pas pour lui déplaire.
Elle regarde Djamel qui lui sourit gentiment et lance :
-À aucun moment de ma vie, je ne me suis sentie aussi sereine, surtout près d’un homme que je viens à peine de connaître.
-Un étranger.
-Tu ne l’es plus totalement. Disons que nous sommes déjà amis.
-Voilà qui est bien dit.
-Quand aurais-je une réponse pour l’appartement à louer ?
Il se met à réfléchir.
- Dès ce soir, je vais contacter un ami promoteur. Si tout va bien, d’ici demain tu auras une réponse.
-Je compte sur toi, Djamel. Sinon...
Elle repense à Maissa et au scandale qui risquait d’éclater.
-Sinon je pourrais toujours aller me renseigner dans des agences immobilières.
-Tu n’en auras pas besoin. Et puis ces agences te feront payer les yeux de la tête. Si je peux me permettre une petite remarque, je pense que ton futur beau-frère est le premier concerné dans cet affaire. C’est lui qui devrait régler ce problème.
Pas toi.
-Oui. C’est ce que je lui ai répondu. Mais comme le temps presse, j’ai pris les devants.
-N’y pense plus. Allez, mange et détends-toi.
Tu es avec Djamel. Tente d’apprécier ces quelques heures qu’on passe ensemble. Nacéra ferme les yeux. Rêvait-elle ? Va-t-elle se réveiller sur le cauchemar de sa vie réelle, et tomber du ciel sur un champ d’épines ?
Ce qu’elle était en train de vivre lui paraissait fictif.
Elle était assise à une table, dans un beau restaurant, avec un homme qu’elle n’imaginait même pas dans ses fantasmes les
plus fous.
-Hé. Tu es là ? Elle rouvre les yeux.
-Oui. Je suis là. Je me suis laissée emporter par mes idées. Je prépare le mariage de Maissa, et puis juste après j’ai ce défilé de mode qui va occuper tout mon temps.
-Qu’à cela ne tienne. Nous allons nous y mettre tous les deux.

(À suivre) Y. H.