Autres / Récit de Yasmina Hanane

Le vent de l’été

37e partie

Résumé : Nacéra apprécie les goûts culinaires de Djamel et lui demande si elle pouvait compter sur lui pour dénicher rapidement un appartement. Il y avait aussi ce défilé de mode qui la préoccupait. Djamel la rassure. Ils s’y mettraient tous les deux.

Tous les deux ! L’expression lui paraissait si lourde de sens. Tous les deux ! Cela voulait dire qu’elle n’était plus seule. Qu’il y avait dans sa vie un homme. Un bel homme, gentil, intelligent et attirant, qui allait l’épauler. C’était trop beau pour être vrai, se dit-elle.
- Tu ne refuseras pas mon aide, n’est-ce pas ?
- Non, pas du tout. Bien au contraire, j’apprécie tes initiatives.
- Alors pourquoi prends-tu cet air distant ?
Elle secoue la tête.
- Je me disais que la providence avait mis sur mon chemin un homme tel que toi, qui va m’aider et m’épauler.
- Et cela te paraît bien sûr incroyable.
- Oui. Je n’attendais plus rien de la vie.
- Quel pessimisme ! J’espère que ce n’est pas contagieux.
Elle rit.
- Je pense que tu es immunisé contre tout ce qui pourrait te porter préjudice dans ce monde.
- Oh ! il ne faut pas trop le croire. Nous sommes de simples mortels, exposés à tous les aléas de la vie.
Elle prend un air grave avant de
lancer :
- Mais je ne connais encore rien de toi. À peine avais-tu commencé à parler de ta carrière…
- Oui. Je vais continuer. En dehors de mes occupations professionnelles et de mes voyages, je suis un fanatique de la lecture. Je passe beaucoup de temps à lire et aussi à écrire.
- Qu’écris-tu donc ?
- Des poèmes. Des nouvelles… Enfin, des choses qui me passent comme ça par la tête.
- C’est très beau.
- Comme pour toi. Tu es une créatrice de mode. Tu innoves. Il faut avoir de l’imagination. Et c’est très beau, ça aussi.
- Oh ! c’était un concours de
circonstances.
- Tout n’est pas fortuit dans la vie. On finit toujours par accepter son destin pour se forger.
Elle se met à jouer avec sa fourchette avant de demander d’une petite voix :
- Tu ne me dis pas pourquoi un homme comme toi n’est pas encore marié ?
II garde le silence quelques secondes avant de répondre :
- C’est une question un peu hasardeuse.
Elle rougit encore et il s’empresse de poursuivre :
- Je n’ai pas jugé opportun de te poser la question à toi-même, car j’ai compris que tu as préféré le célibat à un mariage sans amour.
- C’est exact. Mais comment l’as-tu deviné ?
Il pousse un soupir.
- Lorsque nos regards s’étaient croisés la dernière fois dans ce même restaurant, j’ai senti tout de suite ta profonde solitude et surtout ta tristesse. Seules des femmes romantiques comme toi peuvent dégager cette impression. J’ai compris alors que, malgré tes réticences, tu cherchais encore cet amour qui te fuyait…
Nacéra est stupéfaite.
- Je ne sais pas comment tu fais, mais on dirait que tu lis dans mes pensées et dans les tréfonds de mon âme.
- Exact. Je suis un être tellement sensible, tout comme toi, et je sais que la vie ne fait de cadeau qu’aux êtres qui sont purs et qui croient aux sentiments. C’est pour cela que, tôt ou tard, ils retrouvent le bonheur et la joie de vivre.
Ils en étaient au dessert. Le maître d’hôtel venait de déposer une corbeille de fruits. La jeune femme, qui avait fait honneur au déjeuner, se contenta de la moitié d’une orange, avant de repousser son assiette.
- Tu prendras bien sûr un café.
Elle hoche la tête.
- Bien sûr, sinon je risque de m’endormir après un tel festin.


(À suivre)
Y. H.