Autres / Récit de Yasmina Hanane

Le vent de l’été

38e partie

Résumé : Rassurée par la présence de Djamel, Nacéra se détendit. Mais au fond, elle refusait encore de croire à cette rencontre providentielle. L’homme par contre paraissait sûr de lui. Ils venaient de terminer de déjeuner.

 

Il hèle un serveur et demande deux cafés. Nacéra jette un coup d’œil à sa montre-bracelet et constate que c’était déjà le milieu de l’après-midi.
-Tu as des rendez-vous avec tes clientes ?, demande Djamel en remarquant son geste.
-Non. Pas aujourd’hui. Mais je dois rentrer. J’ai des commandes. Des trousseaux de mariées et d’autres
bricoles.
Il lui tapote la main.
-Ne t’inquiète donc pas. Tu seras bientôt chez toi. Je t’y déposerai. Si bien sûr tu n’y vois pas d’inconvénient.
-Je n’aimerais pas te déranger davantage. Tu dois avoir du boulot, toi
aussi.
Il lève la main.
-Même si c’était le cas, je ne laisserais pas mon boulot accaparer tout mon temps. Ne soyons donc pas les esclaves de nous-mêmes.
Il remarque son air indécis.
-Je te déposerai à l’orée de ton quartier, si tu crains les regards indiscrets.
Elle ébauche un sourire.
-D’accord. Je ne vois pas comment refuser devant autant d’amabilité.
-À la bonne heure.
Ils quittèrent le restaurant, et Nacéra se retrouva assise à côté de Djamel dans son luxueux véhicule. Il met le contact et se met à manœuvrer pour quitter le parking. Elle le regarde faire avant de lancer :
-J’ai passé mon permis voici une dizaine d’années. Chaque fois que je fais des économies pour l’acquisition d’un véhicule, je me vois contrainte de contribuer financièrement aux projets de ma famille. À la dernière tentative, alors que j’étais sur le point d’atteindre mon objectif, mon défunt père était tombé malade et a dû être hospitalisé dans une clinique privée durant de longues semaines. J’ai dû puiser dans ma tirelire bien sûr pour payer la facture et ensuite les frais de son transfert à la maison et de son enterrement.
-Mais... Et tes frères ?
-Mes frères, quand ils daignent se montrer, c’est toujours pour réclamer quelque chose. Ils sont mariés, et chacun est parti de son côté. On les voit juste lors de certaines circonstances.
Nacéra se mordit les lèvres. Pourquoi mettait-elle sa vie à nu devant cet étranger ? Elle ne connaissait Djamel que depuis peu, et c’était la première fois qu’ils sortaient ensemble.
Comme s’il avait encore lu dans ses pensées, il pose sa main sur la sienne avant de dire :
-Si cela peut te soulager, je serai toujours d’une oreille attentive.
-Merci. Je dois t’embêter avec mes histoires de famille.
-Pas du tout. Je suis heureux que tu te confies à moi en toute liberté. C’est un peu comme si on était des amis de longue date.
-C’est justement ce que je ressens.
-Alors faisons comme si cela était réellement.
Le portable de Nacéra se met à vibrer et elle s’empresse de décrocher en reconnaissant le numéro de sa jeune sœur.
-Oui, Allô. Tout va bien Maissa ?
Elle entendit un sanglot, puis la voix étouffée de sa sœur.
-Lyès m’a appelé pour m’apprendre qu’il voulait reporter le mariage à une date ultérieure, car il n’a pas encore trouvé un appartement à louer. C’est insensé. Je ne sais plus quoi faire. Le temps presse et...
-Calme-toi Maissa. J’ai déjà discuté avec Lyès. Je vais l’appeler pour lui dire que j’ai déjà pris ce problème en
charge.
-Ah ! C’est vrai ?
Nacéra lance un regard interrogateur à Djamel. Ce dernier lui presse la main en hochant la tête. Elle lance alors à sa sœur.
-Oui. Bien sûr que c’est vrai. Dès demain je serai fixée sur l’appartement en question. Patiente encore quelques heures. Maissa, maman ne doit se douter de rien. Compris ? Si tu continues à te conduire comme une idiote et à t’alarmer au moindre aléa, les choses vont se gâter.


(À suivre)
Y. H.