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Autres / Récit de Yasmina Hanane

l’artiste

48e partie

©Dessin/Mokrane Rahim

Résumé : Kahina consentira enfin à aller prendre quelques heures de repos. Le jour se lève. Mustapha sirotait son café dans la cuisine, alors qu’elle s’occupait de sa fille. Une autre longue journée l’attendait.

Je jette un coup d’œil à la pendule de la cuisine pour constater qu’il était aussi grand temps pour moi de me rendre au bureau, et avant cela de passer chez ma mère pour déposer Rym et faire un brin de causette – passage obligatoire, sinon ma vieille maman m’en voudra toute
la journée.
J’arrive au bureau avec une bonne demi-heure de retard. Un collègue m’en fera la remarque gentiment, en ajoutant que le “boss” était déjà passé deux fois et avait demandé après moi.
Je hausse les épaules. Une fois n’est pas coutume. Souvent je suis la première arrivée et la dernière partie.
J’ouvre mon tiroir pour retirer le dossier de la veille que je n’avais pas eu le temps de traiter. Un sujet classique : l’art au féminin. Je me mets à taper quelques lignes sur le clavier de mon ordinateur.
Une entrée en matière pour parler des femmes qui ont marqué le monde des arts et qui demeurent les gardiennes sacrées des cultures et des traditions.
Même dans une société aussi rigide que la nôtre et bardée de tabous, la femme avait su s’imposer par une créativité artistique qui puisait ses origines dans l’authenticité de nos traditions.
La porte de mon bureau s’ouvre toute grande et interrompt ma concentration. Je relève les yeux de mon ordinateur pour rencontrer le regard courroucé du rédacteur en chef. Une grimace déformait son visage alors qu’il me saluait, avant de me sermonner sur mon retard. Mes deux retards. L’article de la veille patinait encore, et je trouve le moyen de me ramener à une heure où la plupart de mes collaborateurs étaient déjà à leur poste. Et de ce fait, j’avais raté aussi le briefing.
Je tente de maîtriser mes nerfs pour répondre aussi calmement que possible. Je vais jusqu'à lui certifier que j’avais entamé un nouveau récit qui m’avait gardée éveillée une bonne partie de la nuit. Et pour l’article qui devait boucler la page culturelle, je promets qu’il sera prêt avant la fin de la matinée.
Mon supérieur pousse un long soupir avant de tourner les talons. Je me remets à mon travail et ne m’arrête que lorsque les muscles de mon cou et de mon dos commencent à crier gare.
Enfin ! Je peux compter sur ma bonne étoile et agrémenter mon article pour lequel tout une page sera consacrée. Le bouclage était prévu dans deux heures. Je peux donc disposer pour aller déjeuner et revenir.
Vers le milieu de l’après-midi, je repense à Tahar.
Il avait dit qu’il allait me raconter la suite du récit, mais il n’était pas revenu. Serait-il souffrant ? Je prends mon téléphone et forme son numéro. La sonnerie retentira, en vain. On était lundi. Il était peut-être à l’institut avec ses étudiants.
On était presque en fin de journée. Tahar n’allait donc pas passer. Je prends mon mal en patience et quitte la rédaction pour renouer avec mes obligations familiales. Mustapha ne rentre que vers le milieu de la nuit. Un fâcheux accident de la circulation en était la cause. Heureusement qu’il s’en était tiré avec quelques blessures légères. J’étais effarée à l’idée que j’aurais pu le perdre aussi brusquement que je l’avais connu. Il se met à rire et me taquine.
Un moyen comme un autre de me rassurer et de se rassurer, car je n’en doute pas qu’il avait eu la peur de sa vie, en voyant son véhicule déraper et ne s’arrêter qu’au moment où il allait heurter la barre de sécurité qui le séparait d’un précipice. Dieu avait été clément avec nous. Je serre ma fille dans mes bras, et il nous prend toutes les deux dans les siens. Des larmes inondèrent mon visage. Il les essuie et m’embrasse sur le front.
-Allons, c’est fini. Cesse de te tourmenter. Tu vois bien que je ne suis pas un fantôme.

(À suivre) Y. H.


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