Autres / Récit de Yasmina Hanane

Si ma vie m’était contée

56e partie

©Dessin/ALi Kebir

Résumé : Le médecin suggère à Slimane de suivre une hygiène de vie plus saine. Ce dernier l’invite à dîner le soir même à la maison. Le médecin accepte et raccroche. Slimane se retrouve seul et repense encore à Yamina. Son épouse avait des qualités fort louables.

Il se redresse et allume une cigarette. Et lui ? Que lui avait-il apporté ?
Hormis qu’elle vivait peut-être plus confortablement, il ne lui avait rien donné. Même pas cet enfant qu’elle souhaitait de tout son cœur !
Il soupire. Il lui avait menti en lui disant qu’il était stérile !
Il se mord les lèvres et se lève d’un bond pour faire de grands pas. La vie lui paraît triste et monotone. Il n’était pas l’homme qui pouvait rendre Yamina heureuse. Non. Encore plus, il n’était qu’un type sans aucun scrupule, qui avait abusé de son incrédulité.
Il se rappelle qu’il devait l’appeler pour lui communiquer les résultats de ses analyses. Les mains tremblantes, il reprend son portable et l’appelle. Elle ne répond pas. Une autre tentative s’avère encore vaine. Il comprend qu’elle était occupée, mais qu’elle allait le rappeler dès qu’elle le pourra. Il se rappelle aussi qu’il n’avait pas terminé l’arrosage de ses plantes sur le balcon. Sans plus attendre, il reprend son arrosoir et se remet à l’œuvre.
Comme à ses habitudes, dès son arrivée au magasin, Yamina passait d’une cliente à l’autre. Elle avait le mot juste pour chacune d’elles, et ne se plaignait jamais des exigences des unes ou des autres. Les femmes sont tellement complexes dans leur quotidien, et elle en connaissait un bon bout. Elle-même trouvait souvent du mal à s’habiller chaque matin et passait de longues minutes devant son dressing, pourtant bien garni, avant d’opter pour la tenue du jour.
Elle soupire en passant devant une jeune mariée qui cherchait un ensemble assez coquet pour se rendre chez sa belle-mère. Pourtant, elle avait déjà épuisé toutes les ressources du magasin, avant de convoler en justes noces, et n’avait pas hésité à ouvrir son porte-monnaie pour avoir l’exclusivité. Pour cela, Yamina avait dû faire des commandes express auprès de ses fournisseurs, les plus en vue, afin de satisfaire tous ses caprices. Cette fois-ci, la jeune femme était accompagnée de son mari. Un beau jeune homme à l’allure princière, qui ne cessait de lui sourire et de s’extasier devant ses choix vestimentaires. Elle avait déjà essayé une bonne dizaine de tenues, sans pouvoir se décider. Yamina vint à son secours.
-Si madame veut une tenue classique, je trouve que le tailleur saumon qu’elle vient d’essayer lui va à ravir.
La jeune femme fait une moue, puis ébauche un sourire.
-Vous trouvez ?
Yamina hoche la tête.
-Cette tenue ne fait que rehausser votre élégance, madame. Elle vous met en valeur, et met en évidence votre beauté. Et puis, le modèle est unique en son genre.
-Ah ! Si vous le dites.
-Je ne pourrais que vous conforter dans votre choix, madame.
La jeune femme hésite une minute, puis lance un regard interrogateur à son mari, qui vraisemblablement commençait à s’ennuyer sans trop le montrer.
Il s’était retiré dans un coin et avait allumé une cigarette tout en suivant la scène. C’est donc avec un soulagement non feint qu’il approuve le choix fait par sa femme tout en levant les yeux au ciel. Yamina lui fait un sourire de connivence.
Elle comprenait amplement ses petites lassitudes, et se demandait comment il allait passer sa vie avec une femme aussi dépensière.

(À suivre) Y. H.