Autres / Récit de Yasmina Hanane

Si ma vie m’était contée

57e partie

©Dessin/ALi Kebir

Résumé : Alors que Slimane ruminait des idées noires, Yamina était fort occupée au magasin. Une jeune mariée, qui avait déjà épuisé toutes les ressources, ne savait quoi choisir. La jeune femme lui proposera un beau tailleur saumon.

La cliente acquiesce.
-Je me fie à votre conseil, Madame Yamina, lance-elle enfin.
-Vous faites une bonne affaire, madame. Le choix est judicieux, et le prix est attractif.
-Ah ! Vous voulez dire que cet ensemble n’est pas exclusif ?
Yamina s’empresse de la rassurer.
-Il l’est bien sûr. Mais comme vous êtes une bonne cliente, je vous fais une bonne remise.
-Vous êtes bien aimable, madame. Je reviendrai sûrement dans le courant de la semaine pour l’achat de quelques lingeries.
-Nous nous faisons toujours un plaisir de vous recevoir chez nous, madame.
Yamina prend l’ensemble et demande à une des vendeuses de l’emballer. Quelques minutes plus tard, la jeune mariée sortait du magasin au bras de son jeune mari, avec un sourire qui renseignait sur le bonheur d’avoir pu enfin mettre la main sur une tenue neuve et exclusive.
Yamina s’installe à son comptoir. Elle avait les jambes en coton, et comme d’habitude lorsque le magasin ne désemplissait pas, elle avait sauté le déjeuner. Elle se rappelle soudain de son mari. Slimane avait dû l’appeler. Le numéro affiché sur son portable confirme ses suppositions. Sans plus attendre, elle le rappelle et se sent soulagée en apprenant que ses résultats d’analyses étaient pratiquement normaux.
Slimane lui demande si elle avait pensé à faire une pause au milieu de la journée.
Pour éviter ses remontrances, elle lui dit qu’elle était sortie pour marcher un peu, et qu’elle venait de s’acheter un sandwich. Il la rabroue, et lui reproche de ne pas l’avoir appelé plus tôt. Il aurait pu venir et l’emmener déjeuner au restaurant. Elle rétorque qu’elle n’en aurait pas eu le temps, mais qu’ils pourraient se rattraper ce soir. Il lui apprend alors qu’il devait recevoir Dr Ramadane, et qu’elle devrait rentrer un peu plus tôt pour préparer le dîner.
Elle promet d’être à l’heure, et lui recommande de se reposer. Elle venait de raccrocher lorsqu’une voix l’interpelle.
-Bonjour madame. Je vois que c’est vous qui êtes à la caisse aujourd’hui.
Elle relève la tête et reconnut Yacine, le client de la veille, qui lui souriait de toutes ses dents.
-Oui. Je suis à la caisse. Vous êtes là depuis longtemps ?
-Je viens d’arriver. J’aimerais vous transmettre les vifs remerciements de ma mère pour votre cadeau.
-Voyons ! Je n’ai absolument rien fait. Tant mieux si ces mocassins lui plaisent. Je lui souhaite de tout cœur un prompt rétablissement, ainsi elle pourra venir elle-même au magasin et choisir ses articles.
-Merci madame.
Il se tait et se met à la contempler. Un peu gênée, elle tente de fuir son regard, mais à sa grande surprise, elle ne le put. Il demande alors d’une petite voix :
-Qui était l’homme qui tenait la caisse hier ? Votre père ?
-Mon père ? (elle affiche une moue). Mais non ! C’est mon mari qui était là hier.
-Votre mari ? Le vieil homme était votre mari ? Je n’en reviens pas.
Elle tente d’afficher un visage indifférent.
-Vous semblez bien curieux, Yacine.
Il hausse les épaules.
-Je pensais... Vous paraissez si jeune et trop belle pour être la femme d’un homme aussi âgé.
Elle sentit la moutarde lui monter au nez. Sans trop réfléchir, elle réplique :
-Cela ne vous regarde pas, que je sache.

(À suivre) Y. H.