Autres / Récit de Yasmina Hanane

Si ma vie m’était contée

59e partie

Résumé : Lorsque Yamina rentre chez elle en fin de journée, Dr Ramdane était déjà au salon et discutait avec son mari. Elle aura juste le temps de le saluer. Slimane se confie à son ami. En épousant Yamina, il voulait fuir sa solitude.

 

Ramdane ébauche un sourire triste.
-Tu as réussi à mettre fin à ta solitude. Mais pas à te faire aimer. N’est-ce pas ?
Il soupire.
-Hélas ! C’est le cas.
Le médecin soupire.
-Au moins tu as gagné sur un front.
-Mais l’autre est bien plus important.
-On ne peut pas gagner à tous les coups, mon ami. Et puis, à ton âge, on peut dire que tu es vraiment chanceux d’être tombé sur une telle perle.
-Oui, mais je ne pourrai jamais la rendre heureuse.
-Qu’en sais-tu ?
Slimane hésite une seconde, puis répond :
-Elle voulait un enfant.
-Ah ! Cela va de soi. Comme toutes les femmes, elle est dotée d’un instinct maternel qui doit la torturer.
-Oui. Je le sais. Mais tu es au courant de tout, mon ami. Tu es au courant de ma triste situation.
Ramdane soupire.
-Oui. Heureux encore que tu aies rencontré cette femme et qu’elle ait accepté de t’épouser.
La porte du salon s’ouvre. Yamina interrompt leur conversation en leur proposant de se mettre à table. Les deux hommes se lèvent en même temps et se dirigent vers la salle à manger.
La soirée se terminera agréablement. Avant de quitter ses amis, le médecin réitère ses recommandations à Slimane qui devrait, en parallèle à son traitement, suivre un régime alimentaire et observer une bonne hygiène de vie.
Deux jours plus tard, Ramdane passera au magasin pour s’entretenir avec Yamina. Slimane n’était pas en aussi bonne santé qu’on le croyait. Le traitement qu’il avait pris a, certes, fait pratiquement disparaître ses quintes de toux, mais ces dernières risquent de revenir... Quand ? On ne saurait encore le dire, mais ce dont on était certain par contre, c’était que ses poumons n’étaient plus que deux feuilles de carbone. Slimane avait trop fumé et affectionnait encore la cigarette. Dans sa jeunesse, son corps avait pu résister aux méfaits de la nicotine, mais avec l’âge, les conséquences ne pouvaient qu’être terribles. La main devant sa bouche, Yamina avait laissé parler le médecin. Elle n’en croyait pas ses oreilles. Slimane lui avait paru bien portant ces derniers temps, et ses crises s’étaient estompées. Mais elle se rappelle aussi que, parfois, il toussait à s’étrangler et sortait souvent le soir sur le balcon pour prendre l’air.


(À suivre)
Y. H.