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Autres / Récit de Yasmina Hanane

l’artiste

6e partie

Résumé : Tahar se lance dans des explications rationnelles pour démontrer que sa toile était une œuvre abstraite, qui reflète la personnalité d’un être aussi sensible que la femme. Mais son interlocutrice ne semble pas avoir saisi le fond de ses pensées.

Elle baisse la tête et regarde ses mains qui trituraient la bride de son sac :
-Ne vous moquez pas de moi. Il est vrai que je suis inculte en la matière, mais cette toile me plaît réellement. Elle est… Elle est très belle.
Tahar gratte encore sa joue droite. Un tic qu’il a dû contracter dans sa jeunesse :
-Bon ! Puisque vous reconnaissez votre inculture, et que nous avons déjà parcouru toute une conversation avant d’en arriver là, je vais faire en sorte de récompenser votre patience.
Il s’éloigne de quelques pas et décroche le tableau, puis revient vers la jeune femme :
-Je vous informe, cependant, que pour l’emballage, je ne dispose ni de sac ni de papier cadeau.
-Oh ! Cela ne fait rien. Je m’arrangerai.
Heu… Mais vous ne m’aviez pas encore donné le prix.
-Le prix ?
-Oui, je dois bien payer cette toile.
Il rit encore :
-Et si je vous disais qu’elle n’a pas de prix.
La jeune femme désenchante :
-Heu… Vous voulez-dire qu’elle est hors de prix ?
-C’est ça, ma bonne dame.
-Alors, vous allez fixer un tarif onéreux ?
Elle laisse tomber ses deux mains :
-C’est bien dommage, je me faisais déjà des illusions.
-Oui. Vous imaginiez déjà la tête de votre mari, et son plaisir à découvrir un tel cadeau. Et cela  vous réjouit. Mais votre porte-monnaie est troué.
Elle relève les yeux vers lui :
-Heu… Je ne suis pas très riche.
Elle se remet à regarder ses mains, puis reprend :
-Fixez toujours votre tarif. Je… Je verrai
ensuite.
Tahar l’interrompt :
-Quand les idées se suivent, le reste n’est plus qu’un jeu d’enfant. Madame, vous faites d’une œuvre longtemps taquinée par un pinceau, un simple cadeau d’anniversaire. Je ne vous en veux nullement d’ailleurs. Cependant, comme vous êtes une femme et que j’ai tendance à respecter toutes les femmes, parce que ma propre mère, qui était inculte, m’a appris le respect d’autrui, je vous offre cette œuvre et vous en feriez ce que vous voudrez.
Stupéfaite par tant de sincérité et de franchise, la dame demeure sans voix. Tahar lui tendit l’œuvre :
-Prenez La Femme qui dort ! Elle est si expressive dans son sommeil que parfois elle me semble éveillée. Comme je n’aime pas trop me tromper dans mes jugements, je préfère m’en départir. Prenez-en tout de même bien soin.
La jeune femme reprend son souffle avant de répondre :
-Mais… Mais monsieur, je dois tout de même vous donner quelque chose en échange.
Elle prend quelques billets dans son sac et les lui tendit. Il arrête son geste :
-Un sourire suffira.
Elle fronce les sourcils, et il rectifie :
-J’ai dit un sourire. Pas autre chose.
L’esquisse d’un sourire se dessine enfin :
-Voilà qui est mieux.


(À suivre)
Y. H.


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