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Autres / Récit de Yasmina Hanane

l’artiste

73e partie

©Dessin/Mokrane Rahim

Résumé : L’oncle Slimane interprétera la vision de Tahar et de sa mère. Saïd était un martyr tombé au champ d’honneur, et était sûrement au Paradis, où l’a rejoint maintenant sa mère. Ces aveux soulagèrent Tahar. Les enfants reprirent le chemin de l’école, mais Fadhéla prolongera ses vacances.

Entre mon travail et les différentes tâches qui m’attendaient à la maison chaque soir, je n’arrivais plus à souffler. Pourtant, je ne faisais pas grand-chose. J’achetais toujours à manger dans des restaurants, mettais nos vêtements sales dans la machine, passais le balai dans les chambres et tentais de garder les lieux propres au maximum. Comment font donc les femmes qui bossent à l’extérieur pour joindre les bouts ? La mienne avait eu la vie bien simplifiée grâce à ma mère. Mais maintenant qu’elle n’est plus là...
Depuis notre retour du bled, Fadhéla se plaignait sans cesse. Elle avait pris en grippe notre oncle, et ne ratait aucune occasion pour l’exhorter à rentrer chez lui. Mais il tint bon et ne consentit à nous quitter que lorsque les siens le réclamèrent. Pour faire contre mauvaise fortune bon cœur, mon épouse préparait hâtivement les repas, puis sortait pour accompagner les enfants soit à la plage, soit dans des endroits publics. Elle disait que c’était pour leur faire oublier le malheur qui venait de les frapper, car ils étaient très attachés à leur grand-mère. C’était la vérité. Les enfants, encore jeunes à cette époque, ne cessaient de la réclamer. On avait beau leur expliquer qu’elle était partie pour un monde meilleur, ils n’en démordaient pas. Ce n’est que lorsqu’ils reprirent l’école qu’ils semblèrent un peu plus apaisés. À son retour, Fadhéla me demanda d’établir un planning. Elle voulait me coller certaines tâches ménagères qui la répugnaient. Comme laver le sol, la cuisinière, faire la vaisselle. À cette époque, je travaillais dur et j’avais un programme assez varié. Entre mes conférences, mes expositions, mes déplacements et mon boulot, je n’avais pratiquement pas une minute à moi. Je tente donc d’expliquer à ma femme que ces tâches lui reviennent maintenant que ma mère n’était plus là pour les faire. C’était elle qui tenait la maison propre et préparait les repas. Je pouvais peut-être m’occuper des enfants, les suivre dans leur scolarité, les faire sortir et, de temps à autre, faire la cuisine, repasser et plier le linge. Habituée à vivre comme une princesse, mon épouse voyait en moi plutôt l’homme à tout faire, et n’en avait cure de mes multiples corvées quotidiennes. Elle me lançait sans cesse au visage que je n’étais qu’un idiot de rêveur, qui passait son temps devant son chevalet et exposait des œuvres que seuls des demeurés comme moi pouvaient apprécier. Nos scènes de ménage devenaient régulières et nos enfants en pâtissaient. Malik, le plus jeune, faisait souvent des cauchemars et mouillait son lit chaque soir. Par contre, Saïd se réfugiait dans ses devoirs scolaires et ses lectures. Chaque soir, je tentais de me rapprocher d’eux. Je jouais avec eux, les aidais à faire leurs exercices, leur lisais des histoires.
Fadhéla voyait ce rapprochement d’un mauvais œil. Elle ne cessait de dire aux enfants que j’étais un père indigne et que, sans elle, la maison serait un véritable champ de bataille. Je faisais semblant de ne pas saisir ses remarques acerbes ni ses sous-entendus. Cela dura plusieurs mois. Mais un jour, n’en pouvant plus, j’explosai. Je me mis à tout casser autour de moi. Fadhéla prit peur et s’enfuit dans la chambre des enfants. Fort heureusement, ces derniers étaient à l’école. Je lui montrai alors le couloir, le salon et la cuisine, et la sommai de tout nettoyer et de tout remettre en ordre. Le champ de bataille était là, et elle aura réellement, cette fois-ci, du pain sur la planche. Tremblante, elle me supplia de ne pas la frapper et courba l’échine sous mes menaces pour prendre tout de suite un balai et se mettre à l’œuvre. Depuis ce jour, j’eus enfin la paix !

(À suivre) Y. H.


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