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Autres / Récit de Yasmina Hanane

l’artiste

79e partie

Résumé : Kahina presse Tahar de lui narrer la dernière tranche de son récit. Il s’était arrêté à la scène où il avait tout cassé chez lui. Et depuis Fadhéla l’avait laissé en paix. L’artiste se rappelle bien ce passage dans son couple.

 

Il rit.
-Elle avait pris tellement peur qu’elle avait appris à appréhender mes colères. J’étais un peu libéré de son emprise.
Il rit encore.
-Et puis, tu vois, comme elle n’avait jamais cru à l’histoire de mon frère Saïd, elle pensait que j’étais devenu schizophrène et ne ratait aucune occasion pour me demander de consulter un psychiatre. Mais comme la plupart du temps je me réfugiais dans mon atelier ou me rendais à l’École des beaux-arts, elle me laissait en paix. Elle était elle-même bien occupée depuis le décès de ma pauvre mère, et avait appris à gérer son temps et à planifier ses tâches afin de concilier son travail et ses obligations familiales. Les années passèrent, plus mornes les unes que les autres. Les enfants grandissaient, et moi je vieillissais, sans pour autant ressentir la plénitude tant recherchée et vantée par les parents. Je m’isolais de plus en plus de ma famille. Chaque soir, à mon retour, je me réfugiais au salon pour lire ou regarder la télé. Fadhéla ne m’adressait la parole que pour me critiquer ou lancer une méchanceté. Mais dès qu’elle constatait que la colère commençait à gronder en moi, elle s’empressait de s’enfermer dans sa chambre. Les garçons occupaient leur temps entre leurs études et les clubs sportifs. Aucun des deux n’était intéressé par une activité artistique. Saïd Lyès tentait parfois de lancer une discussion entre nous. Il aimait la lecture et souvent me demandait de l’orienter. Nous échangions des banalités sur certains thèmes qui l’intéressaient, mais sans plus. La plupart du temps, il était à l’extérieur ou tenait compagnie à sa mère dans la cuisine. Malik se confinait souvent dans sa chambre pour écouter de la musique ou regarder un film. Entre l’université et les loisirs, il avait des amis à rencontrer et des modules à préparer. Voilà comment j’ai vécu jusqu'à ces dernières années. Je menais une vie d’ermite dans ma propre maison. Fort heureusement, j’avais mon travail, et mes élèves m’adoraient. Il y avait aussi ces expositions, ces rencontres entre artistes, ces conférences que je donnais et qui me permettaient de tester le taux de ma popularité auprès de mon public. Je ne cherchais pas la notoriété, mais plutôt un réconfort. J’aimais voir les gens contempler mes œuvres, les décortiquer, les critiquer. Cela me permettait de tenir... je veux dire de résister aux élans émotionnels de mon cœur, qui se trouvait ballotté entre chagrin et détresse, entre espoir et désappointement. Enfin, je t’ai rencontrée Kahina, et j’ai compris à l’étincelle qui brillait dans tes yeux que la vie valait la peine d’être vécue. Tu ne sais pas quel baume tu a mis sur mes plaies !
-Moi !
-Oui, toi.
-Comment cela ?
Il se frotte la joue et relève la tête pour me regarder en face.
-Lorsque nous nous sommes connus, j’étais sur le point de me suicider.
-Non. Je n’en crois pas un mot.
-Mais si, ma petite. Je n’avais plus envie de vivre. Rien ne comptait plus pour moi.
-Et pourtant, ta famille était encore là.


(À suivre)
Y. H.


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