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Autres / Récit de Yasmina Hanane

Kidnapping

80e partie

©Dessin/ALi Kebir

Résumé : Le vieux Kader se réveille aux aurores. Il était trop tôt pour réveiller Choukri. Alors il se prépare un café et se demande si la police allait le mettre en taule. À son âge, il aurait dû faire appel à sa sagacité au lieu de suivre son épouse.

Il soupire : trop tard, les dés sont jetés. Il ne pourra plus reculer. Ses regrets ne serviront à rien non plus. Il se lève. Il était temps de réveiller Choukri. Heu… plutôt Khadidja. A-t-elle bien dormi sur cette paillasse qui lui a servi de literie ? Il en doutait fort. D’ailleurs, il avait bien fait d’enfoncer un foulard dans la bouche de sa femme, sinon, ses cris auraient ameuté toute la région.
Encore mal dans sa peau, il s’avance d’un pas hésitant vers la pièce du fond, et l’ouvre. Les rayons du soleil pénétraient à peine par les étroites lucarnes, et dans un premier temps, ses yeux eurent du mal à percer l’obscurité de la chambre. Mais il put distinguer la forme du corps de son épouse. Elle était recroquevillée sur elle-même, et sa tête retombait sur sa poitrine. Dormait-elle encore ? Il s’approche d’elle :
-Khadidja. Khadidja. Réveille-toi. Il fait grand jour maintenant.
Comme elle ne faisait aucun geste, il met une main sur son épaule, puis recule en réprimant un cri. Le corps de Khadidja était aussi glacé qu’une pierre sous la neige… Il eut du mal à croire que sa femme avait trépassé. Mon Dieu, non. Non, mon Dieu… !
Il recule encore d’un pas, puis se rapproche davantage et lui relève la tête. Le visage de sa femme était congestionné. Il porte la main à sa bouche et se met à trembler de tout son corps. Son épouse était asthmatique. Elle prenait des médicaments depuis plusieurs années, et faisait de crises d’asthme chaque hiver. Mais, comme elle savait gérer sa maladie, jusque-là, rien de fâcheux ne s’était produit. Seulement… seulement cette fois-ci, elle avait dû avoir une crise provoquée par le contact du sol glacial et le foulard enfoui dans sa bouche par lui-même n’était pas un élément négligeable dans son décès. Éploré, Kader se laisse tomber sur le sol, se prend la tête entre les mains et se met à sangloter à fondre l’âme. Khadidja n’était plus là. Elle l’avait quitté, et pour de bon cette fois-ci.
Il ne la reverra plus jamais, et n’entendra plus sa voix haut perchée et autoritaire qu’il avait entendue un quart de siècle durant. Leur couple avait survécu à tous les naufrages que la vie leur avait imposés. Tant bien que mal, mais tout de même, ils s’étaient supportés, et avaient eu des moments heureux dans leur existence. Des moment qu’il n’était pas près d’oublier. Ses larmes coulaient maintenant le long de son visage, et mouillaient ses vêtements.
Il se penche et détache le corps de sa femme, avant de l’allonger plus correctement. Elle était déjà rigide, et ses membres refusaient de se détendre. Il doit user de patience pour l’orienter vers la Kaâba, puis ôte le foulard de sa bouche, et met une couverture en guise d’oreiller sous sa tête.
Il lui sembla, dans un brouillard, que Khadidja avait ébauché un sourire moqueur. Sa bouche demeure ouverte.
Fort heureusement, elle avait fermé les yeux. Il la contemple un moment puis se jette sur le sol près d’elle et se met à crier :
- Khadidja ! Khadidja ! Pourras-tu me pardonner un jour mes incartades. Satan s’est introduit entre nous. À l’heure qu’il est, tu serais vivante n’était cette folie qui nous avait pris tous les deux de kidnapper cet enfant !
Épuisé par son chagrin et sa frayeur, le vieil homme s’assoit auprès du corps de son épouse et se met à prier pour la paix de son âme. Il implore Dieu de lui pardonner et de la recevoir dans son paradis verdoyant. Lui-même lui avait pardonné, et de tout cœur. De longues heures durant, il ne cessa de prier. Soudain, il entend un bruit. Choukri s’était réveillé. Il se relève et court dans la chambre de l’enfant. Mais ce dernier n’était pas là. Kader panique.
Il venait de perdre son épouse, et ne voilà-t-il pas que le petit a pris la poudre d’escampette. Il ouvre la porte de la maison toute grande, et regarde dans tous les sens. Le jardin était vide. Un peu plus loin, les montagnes le narguaient par leur hauteur.
Il met une main devant sa bouche et se met à appeller  :
-Choukri ! Choukri ! Reviens-ici. Je… je vais t’emmener chez tes parents.

(À suivre) Y. H.


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