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Autres / Récit de Yasmina Hanane

l’artiste

80e partie

Résumé : Tahar avait vécu tel un ermite au sein de sa famille. Sa femme le prenait pour un schizophrène et lui conseillait de voir un psy. Ses enfants étaient occupés par leurs études et leurs loisirs. Il était sur le point de se suicider lorsqu’il rencontra Kahina.

 

Il hausse les épaules.
-J’avais appris depuis longtemps à accepter ma solitude et mon
désarroi.
-Pourquoi donc cette idée de
suicide ?
-Pour mettre fin à une sensibilité à fleur de peau et à une émotivité qui me faisaient souffrir. C’est le lot de tous les artistes certes mais je suis un éternel sentimental qui rêve de mener une vie bien différente de celle que j’ai menée jusque-là.
-Tu pouvais changer cette vie. Quitter la maison, divorcer, te remarier.
Il lève une main suppliante.
-De grâce, cela suffit. Je ne suis pas du tout enclin à refaire la même bêtise. Le mariage évoquera toujours pour moi une mauvaise expérience.
-Une mauvaise expérience qu’on t’avait imposée. Tu aurais pu réorganiser ta vie et, pourquoi pas, rencontrer l’âme sœur.
-Oui. J’y avais pensé. Mais c’était peine perdue, puisque je n’avais plus la force de régenter mon existence. Je vivais au jour le jour, comme une âme en peine, qui tente de trouver remède à ses maux. Enfin, l’idée du suicide m’avait quitté. C’était le jour où nous nous sommes rencontrés. J’ai tout de suite été attiré par ta jeunesse et tes ambitions. Je me disais que si j’avais encore ton âge, je prendrais un tout autre chemin.
Il soupire...
-Tu respirais la joie de vivre, Kahina. Ton innocence me touchait. J’avais envie de te protéger, de t’orienter et de te montrer mes nombreuses blessures. Mais tu étais trop jeune pour comprendre. Je ne pouvais encore me confier à toi.
-Et après, on ne s’était pas revu durant de longues années.
-Eh oui ! Cependant, ton souvenir m’avait permis de résister à cette envie de me jeter du haut d’une falaise ou de me couper les veines.
Il rit.
-Je ne sais pas si j’en aurais eu le courage.
Je soupire.
-Je ne savais pas que tu souffrais autant, mon pauvre Tahar.
-Il faut que tu comprennes, ma petite, que ceux qui souffrent réellement ne le montrent jamais.
-Tes œuvres non plus ne reflètent pas tes déboires. Tu utilises plutôt des couleurs gaies, et tu abordes des thèmes qui font rêver.
-Tu viens de le dire. Je fais rêver. Je dirais plutôt que j’aime me réfugier dans le rêve. Je transmets ensuite tous mes rêves à mon public. Tu comprends maintenant pourquoi j’affectionne l’abstrait ?
Le silence tombe. Tahar remet sa main dans la poche de sa veste et prend son paquet de cigarettes. Je n’eus pas cette fois-ci le courage de lui interdire de fumer. Ses blessures internes saignaient encore, si bien que je ressentais sa douleur au fond de mon être.


(À suivre)
Y. H.


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